‹ La science des espritsChapitre 23 sur 84 · HT · texte numérisé non relu

HT

cendre dans Tenfer, pour en délivrer les pauvres âmesy fallût-il ensuite y rester seul à leur place et en fermer à jamais les portes sur lui. Concevezvous un ciel superposé à un enfer ? un banquet étemel en face d*un étemel bûcher, une maison de paix et de prières sur une cave pleine de sanglots et de tortures ? Un seul rêve doit remplir le sonuneil étemel de chaque juste: la délivrance d'un réprouvé; et si ce rêve était sans espérance, il deviendrait un cauchemar, plus terrible que les supplices mêmes de l'enfer.

C'est ainsi que les gnostiques, c'est-à-dire ceux qui savaimty en d'autres termes, les initiés du christianisme primitif, interprétaient les oracles rendus par lesprit de Jésus-Christ; ils furent suivis par les disciples d'Origène , mais l'Eglise les condamna, et eut raison de les condamner, car ils divulguaient les doctrines secrètes et profanaient les mystères du Maître.

Il ne faut pas, en exagérant l'espérance du vulgaire, ôter à la loi sa sanction terrible, et le dogme de l'étemité de Tenfer n'exprime , après tout, que le divorce étemel entre le bien et le mal.

Les apocryphes, c'est le côté révolutionnaire de l'esprit de Jésus ; son côté hiérarchique, édifiant

et conititoant, a][^irtieiit de droit à rÉglise wsdgnante, dont il ne nous appartient pas d'usurper les fonctions.

A la suite de ces l^endes si naïvement orientales, nous pourrions ranger les récits, évidemment symboliques, de la l^ende dorée, les actes apocryphes des apôtres, l'histoire du géant Ghristo^phore plié en deux sous le poids mystérieux d'un enfant, le martyre de sainte Foi, de sainte Espérance et de sainte Charité, et tant d'autres inspirées par le même esprit et toutes brillantes des mêmes merveilleuses couleurs. Un soufflé d'inspiration nouvelle avait passé sur le monde, et ce souffle était celui de Jésus-Christ. Ce qui distingue les évangiles apocryphes des évangiles canoni** ques, c'est peut-être plus d'audace dans les fictions et moins de prudence dans l'indication des tendances révolutionnaires et radicales ; mais c'est partout le même génie émancipateur du pauvre, protecteur du faible, la mêmetendresse maternelle pour les orphelins de la société, la même foi, humaine parce qu'elle est divine , et divine parce qu'elle est humaine. Les histoires merveilleuses varient, parce que la forme de la parabole

est arbitraire. C'est Tesprit seul qui vivifie. Ces histoires, d'ailleurs, sont essentiellement] uives, et on peut les comparer avec les apologues du Talmud ; onpeutlestaxer d un mysticisme et d'un idéalisme exagérés ; mais quels rêves magnifiques, si on les prend seulement pour des rêves ! Ce sont des photographies d'aspirations collectives; ce sont les paraboles posthumes de Jésus, revivant tout entier dans ses disciples; ce sont les oracles, non pas des tables tournantes, mais des tables eucharistiques, et voilà comment les esprits divins parlent après leur mort, si tant est qu'ils puissent mourir. Mais non, les grandes pensées ne meurent pas et n'ont pas besoin, pour se transmettre, de coups frappés contre les murs. Elles remuent les âmes et non les meubles, elles frappent les cœurs et non les pierres ou les planches ; elles sont comme des arbres qui jettent leur semence et reproduisent des forêts. En vain, on veut les captiver et les circonscrire, elles ont une sève qui fait éclater les barrières et qui renverse les prisons ; elles courent comme l'incendie dans les bois morts. Ne cherchez plus Jésus dans le tombeau où les prêtres l'avaient mis, il est ressuscité; il n'est plus ici, ne cherchez pas le vivant parmi les morts !

Que nous veulent donc ces larves et ces vampires qui, dans des cercles de prétendus spirites, essaient d'amoindrir THomme-Dieu ! Qu'avonsnous à faire d'un Jésus sans divinité et sans miracles ? Ses plus grands miracles ne sont-ils pas ceux de son esprit ? Voulez-vous écrire son histoire ? Écrivez l'histoire du monde transfiguré par son génie. Sa vie, c'est sa doctrine, et sa doctrine vit encore. Je vous donne un Jésus de marbre, a dit Renan. Eh! qu'avons-nous affaire de votre marbre? nous avons un Jésus d'esprit et de chair , son esprit est partout. Sa chair palpite dans la poitrine innocente de nos enfants, son sang réchauffe et rajeunit le cœur de nos vieillards. Philosophe de marbre , gardez votre statue sans âme, et laissez-nous notre Homme-Dieu !

Alfred de Vigny a écrit que la légende est souvent plus vraie que l'histoire, parce que la légende raconte, non les actes souvent incomplets et avortés, mais le génie même des grands hommes et des nations. C'est à l'Evangile surtout qu'il faut rapporter cette belle pensée. L'Evangile n'est pas simplement le récit de ce qui a été, c'est la révélation sublime de ce qui est et de ce qui sera tou-

jours. Toujours le Sauveur du moude sera adoré par les rois de Fintelligence , figurés par les mages ; toujours il multipliera le pain eucharistique, pour nourrir et consoler les âmes; toujours, quand nous l'invoquerons dans la nuit et dans la tempête, il viendra à nous en marchant sur les flots, il nous tendra la main et il nous sauvera en nous faisant passer sur la tête des vagues; toujours il guérira nos langueurs et rendra la lumière à nos yeux ; toujours il apparaîtra à ses croyants lumineux et transfiguré sur le Thabor, expliquant la loi de Moïse et réglant le zèle d'ÉUe.

Les miracles de FÉternel sont étemels. Admettre le symbolisme des merveilles de l'Evangile, c'est en agrandir la lumière, c'est en proclamer l'universalité et la durée. Non, ces choses ne se sont point passées telles qu'on les raconte, elles ne se passeront jamais, elles restent éternellement. Les choses qui se passent sont des accidents qui passent, les choses que le génie divin révèle par le symbolisme sont d'immuables vérités.

Lisez les Pères des premiers siècles, passez aux grandes époques du christianisme, écoutez saint

Augastin aspirant à Tinfini, et saint Jérôme songeant au ciel, au bruit de l'empire romain qui s'écroule; écoutez tonner l'éloquence de saint Jean Chrysostome et de saint Ambroise, puis redescendez de là aux divagations spirites de M. Home, ou aux élucubrations panthéistiques d'AUan Kardec , vous sourirez de pitié et de dégoût.

Eh quoi, la mort serait une amère déception ! Les réalités de l'autre vie seraient la dérision de nos aspirations en celle-ci ! Le vrai paradis serait moins resplendissant que celui du Dante, et le véritable enfer moins terrible que son enfer ! Quoi, les esprits désincarnés se promèneraient comme ceux de Swedenborg avec des chapeaux sur la tête, et viendraient obséder les vivants pour leur faire écrire des pauvretés ! Mais vous ne voyez donc pas que l'enfer du moyen âge avec ses horreurs grandioses serait préférable à cette ridicule déchéance des âmes! Que Dieu me torture s'il existe un dieu capable de me torturer, mais qu'il ne me rende pas idiot. J'aimerais mieux le diable et ses cornes que les maisons de Victorien Sardou construites en clefs de sol et en pattes de mouches, et que ces fleurs idéales écloses sous le crayon

des Médiums^ et qui ressemblent à des pustules de lèpre vues au microscope. Réveillez-vous, pauvres spirites, vous ne sentez donc pas que vous avez le cauchemar ?

Page 1