‹ La science des espritsChapitre 35 sur 84 · MO · texte numérisé non relu

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suicider, il eût fait une rude concurrence à saint Pierre. Saint Pierre, en effet, était, après Judas seulement, le plus sanguinaire des apôti^es.

Est-ce pour cela seulement qu'il méritait d'être le premier pape? Loin de nous Tidée d'une siacrjklége ironie ! Nous révélons la grande loi sacerdotale, et nous n'insultons pas pour cela à la papauté. Nous voulons dire que le ^crificateur assume sur lui et résume en lui tous les crimes du peuple, et qu'il est purifié le premier par le sang tout-puissant de la victime. C'est du moins ce que pensaient les hiérophantes de l'ancien monda, lorsque, dans la crypte des grands mystères, ils venaient s'offrir, la tête couverte d'un voile, au glaive de leurs successeurs. Œdipe avait tué Laïus sans le connaître, et tous les grands initiés à la science d'OEdipe expiaient à leur tour Je meurtre symbolique de Laïus. C'est ainsi que, dans la Maçonnerie, qui garde encore de nos jours la tradition symbolique des anciens mystères, on parle toujours de venger la mort du fabuleux Hiram. L'homme qui se sent malheureux sans avoir la conscience d'être juste, se croit facilement puni pour une faute involontaire; il croit avoir tué son pwpre bonheur : le besoin d'expiation lui fait

i^ver le sacritice, et c'est le sacrifice qui fait les prêtres en coosacraxit Tautel sanguinaire des dieux.

Jésus, le seul initiateur qui n'ait tué personne, meurt pour labolition des sacrifices sanglants. 11 est alors plus grand que tous les pontifes ; et que serait-il donc, s'il n'était pas Dieu ? Il s est fait Dieu sur le Calvaire ; mais ses disciples, en le reniant et en le vendant, se sont faits prêtres, et ils ont continué le vieux monde, qui durei^a tant que le /prêtre aura besoin de vivre de Tautel, c e^^TÂHâire de manger la chair des victimes.

Et il y a de prétendus sages qui vous disent que le christianisme expire et que le monde de Jésus- Gb^ri^t s'en va! C'est le vieux monde qui expire, c'est l'idolâtrie qui s'en va. L'Évangile a seule- 'ment été annoncé ; il n'a pas régné sur la terre. La catholicité, c'est-à-dire l'universalité d'une seule religion, n'est encore qu'un principe que bien des gens regardent comme une utopie. Mais les principes ne sont pas des utopies ; ils sont plus forts que les peuples et les rois, plus durables que les empires, plus stables que les mondes. Le ciel et la terre peuvent passer, a dit le Christ ; mes paroles ne passeront point.

Nous lisons dans les Actes des apôtres que saint Pierre eut une vision. Il voyait une grande nappe couverte d'animaux purs et impurs, et une voix lui disait : Tue et mange ! Ainsi se révéla pour la première fois le mystère de la papauté tempo-* relie. Depuis lors les souverains pontifes ont cru pouvoir tuer pour manger. Jésus-Christ jeAnait et ne tuait pas ; il avait même dit à saint Pierre : Remets ton épée dans le fourreau, car celui qui frappe de Tépée périra par Tépée. Mais c'est là une de ces paroles qui ne pouvaient être comprises avant la venue de l'esprit d'intelligence et d'amour qui, comme on le voit bien, n'a pas encore établi son règne définitif en ce monde.

Les souverains pontifes des anciens cultes étaient donc tous des sacrificateurs d'hommes, et tous les dieux du sacerdoce ont aimé la chair et le sang. Moloch ne différait de Jéhovah que par défaut d'orthodoxie, et le Dieu de Jephté avait des mystères semblables à ceux de Bélus. Les moines du moyen âge se tiraient régulièrement du sang, comme les prêtres de Baal ; car la continence perpétuelle , cette divinité stérile , est une idole qui veut du sang : la force vitale qu'on veut soustraire à la nature, il faut la verser sur l'autel

de la mort. Nous avons dit qne le sang est le père des fantômes, eft e'est par les fantômes du sang que les prêtres de Babel et d'Argos troublèi^mt la raison de Ninyas et d*Oreste. Sémiramis et Glytemnestre avaient été vouées aux dieux infernaux ; et leurs légmdes se ressemblent de telle sorte qu'on les croirait calquées l'une sur l'autre. Ninus était le roi des prêtres : Sémiramis voulut être la reine des peuples, et s*assura, par un crime, la possession de la couronne de Ninus. Le monde politique n'avait pas alors de tribunal qui pût juger éette femme, tant elle se justifia par de grandes choses. Elle sraiait le monde de merveilles. Ses envieux soulevaient contre elle les multitudes t elle venait seule , et les révoltes s'apaisaient. Mais elle avait un fils que les prêtres gardaient pour otage : Ninyas était initié aux grands mystères ; et il avaît juré de venger Ninus, dont il ne connaissait pas encore le meurtrier. Sémiramis , de son côté, était obsédée de fantômes et de remords. La fenune , chez elle , l'emportait secrètement sur la reine , et souvent elle descendait seule dans la nécropole pour pleurer et frémir sur les cendres de Ninus. C*est là qu*elle rencontra Ninyas, poussé par les hiérophabtes : entre le fils et la mère se

dressa le specti'e du roi assassiné. Sémiranûs éàait voilée ; le fantôme ordonna de frapper. Le jeune initié s'avance : Sémiramis pousse un cri rt lève son voile, elle a reconnu Ninyas : « Mon, tu n'es plus Ninyas , dit le spectre , tu es moi-^nême , tu es Ninus sorti de la tombe !» Et il sembla absorber le jeune homme en lui-même et se confondre avec lui de telle sorte que la reine ne vit plus devant elle que le spectre de Ninus, pâle et le glaive sacré à la main. Elle retira alors le voile sur sa tête et présenta son flanc , comme devait faire plus tard Agrippine. Quand Ninyas revint à lui , il était couvert du sang de sa mère : « Est-ce donc moi qui Tai tuée? s*écriait-il avec ^rement. ^ Non, répondait Sémiramis en l'embrassant pour la dernière fois, nous sonunes deux victimes; et le sacrificateur, ce n'est pas toi : je meurs, assassinée par le grand-prêtre de Bélus ! » Tels étaient les prêtres de Babylone, tels furent ceux de Mycènes et d'Argos : Galchas demande le sang d'iphigénie ; Glytenmestre maudit les prêtres et venge sa fille par le meurtre d'Agamemnou ; Oreste , poussé par les oracles , tue sa mère, et va cherciier jusqu'au fond de la Ghersonèse Taurique l'idole sanglante de la Diane vengeresse.

— 2ito —

Devons-nous être étonnés de ces attentats contre la famille, quand, des siècles plus tard et en plein christianisme , nous voyons uft prêtre romain , le terrible Jérôme, écrire à son disciple Héliodore : « Si ton père se couche sur le seuil de la « porte, si ta mère découvre à tes yeux le sein « qui ta nourri, foule aux pieds le corps de « ton père, marche sur le sein de ta mère, et, « les yeux secs, accours au Seif^neur qui t aj>- « pelle! »

Tels sont les sacrifices de la chair et du sang qui consomment le grand œuvre de la théurgie. Le Dieu pour lequel on a marché sur le sein de sa mère , on doit le voir désormais Tenfer sous les pieds et le glaive exterminateur à la main. 11 poursuivra lascète comme un remords, il ira savourer diuis la solitude les terreurs de Tenfer et le$ désespoirs de la pensée. Moloch ne brûlait les enfants que pendant quelques secondes ; il aj)partenait aux disciples du Dieu qui meurt pour racheter le monde de créer un Moloch nouveau dont le brasier est éternel !

M. Renan, dont nous ne voudrions pas avoir écrit le malencontreux ouvi-a^e, y a mis ceiKîudant une bonne Iparole, qui rachète, h nos yeux

bien des défauts. Cette parole, la voici : « Per- « sonne ne fut moins prêtre que Jésus. » Distinguons toutefois, caf il s^agit du prêtre de l'antiquité, qu'on retrouve malheureusement encore dans les temps modernes. Saint Jérôme était, à son insu, un hiérophante des grands mystères ; saint Vincent de Paul est le type du nouveau prêtre , du véritable prêtre chrétien , cette réincarnation perpétuelle de Jésus-Christ.

L'Église a horreur du sang. Dans cette ineffaçable maxime se résume tout Fesprit du christianisme.

L'Église a horreur du sang, et repousse loin de son sein tous ceux qui aiment à le verser. Le prêtre chrétien ne peut exercer les fonctions d'accusateur public, ou de juge, sans devenir irrégulier , c'est-à-dire incapable d'exercer les fonctions saintes. Ainsi donc, les inquisiteurs meurtriers n'étaient pas des prêtres chrétiens, c'étaient des sacrificateurs de l'ancien monde qui mentaient au christianisme. Un pape ne peut condamner personne à mort. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, mais il ne sait pas les égorger. Un pape ne saurait faire la guerre. Quand Jules II faisait le soudard, il n'agissait plus

en pape, c'était encore un tyranneau du Bas- Empire. Le bon Pie IX, qui a , dit-on , des visions, doit être obsédé par les spectres de Pérouse et de Castelfidardo ; alors il doit avoir horreur de ses propres mains , lui qui est le chef suprême de l'Église, car l'Église a horreur du sang.

Sacrifier les autres pour soi, voilà le vieux monde, le monde de Jupiter et de Saturne, le monde des Césars et des augures. Se sacrifier pour les autres, voilà le monde nouveau, le monde du Christ, le monde de l'avenir. Tuer pour vivre, voilà la grande fatalité des grands mystères. Mourir afin que les autres vivent, voilà le droit divin et la liberté de l'initiation humaine au triomphe de la raison. La divinité et l'humanité se sont étroitement unies en Jésus-Christ, et qui frappe Tune blesse l'autre. Juges de la terre, prenez-y garde : tout homme désormais appartient au Christ; il a payé de son sang innocent l'humanité coupable tout entière. Tout coupable est appelé au repentir, et tout homme qui peut encore se re-^ petitir doit être sacré comme Caïn. Savez-vous pourquoi Dieu gardait si précieusement le sanji de Caïn? C'est que chacune des gouttes de ce

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vement aux mains sanglantes des enfants de Gain?

On dit que tous les ans, à Naples, le sang du martyr Gennaro se liquéfie et bouillonne comme s*il ne pouvait se reposer; on dit qu'en plusieurs endroits de la France le vin des calices est redevenu du sang, et que les hosties consacrées sesont rougies d'une sueur semblable à celle de Fagonie au jardin des Oliviers. C'est que les martyrs sont srdidaires les uns pour les autres ; c'est que le sang non expié crie contre les effusions du sang nouveau. Le sang de saint Janvier proteste contre l'inquisition encore vivante dans la triste cervelle des Gaumeet des Veuillot. Le vin de l'Eucharistie redevient du sang pour défendre aux indignes prêtres de le boire, et les hosties s'injectent des nuances du meurtre, comme si le Christ découragé renonçait à la transsubstantiation et redevenait un cadavre.

Quand le Christ devient un cadavre, c'est qu'il se prépare à ressusciter, et nous croyons que la résurrection du christianisme est prochaine ; mais ce n'est pas ce que nous avons à prouver ici. Demeurons dans notre sujet et constatons seulement que le règne des dieux de sang est fini. Ne ver-

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