DU LIGNAGE DE SAINTE ANNE
En ce temps-là, il y avait un jeune homme riche et de bonne estime, nommé Stolano, issu du sang royal, noble dès le commencement de son enfance, nourri en la crainte de Dieu, lequel fut donné, par les amis d'Émérantiane à icelle, en légitime mariage, duquel elle eut une fille qui fut appelée Ysmaria. Quand elle eut quinze ans, elle fut mariée à Élinde,'qui eut une fille appelée Elisabeth, qui eut pour mari Zacharie, le souve-
rain prêtre dont est descendu Jean-Baptiste, et en outre conçut encore Ismaria une fille nonunée Enim, mère du saint évoque Servais. Dan^ la suite, quand Émérantiane eut soixante et un ans, elle pensait pour certain de là en avant, selon le cours de nature, qu elle n'aurait plus d* enfants ; néanmoins elle était attendant, suivant la promesse qui lui avait été faite par le saint père Archos. Quelques jours après, étant dans la chambre en oraison, elle fut environnée d'une grande clarté, et ouït une voix qui lui dit : Émérantiane, je t'annonce aujourd'hui une grande joie à venir en ce monde, car Dieu tout-puissant veut montrer sa bonté infinie aux enfants du genre humain; le temps est proche qu'il a promis par les prophètes ; car la racine de Jessé fleurira, et la semence d'Abraham recevra bénédiction, le trône de David aura qui en lui s'asseoira. Par quoi, chère amie, éoout^-moi, car l'esprit de Dieu vivaut est m iboi,
DX U. MEtlTilILLEUSE NATIVITÉ MS &UIÏTS ÂJE^iS.
Alors qu'Émérantiane eut vu la grande clarté, elle fut fort épouvantée, elle ouït une voix^ lui di-
saot ainsi : Éméraiitiane, n'aie ni peur nicrainte^ msM honore ton Créateur de tout ton pouvoir ; car par » ^ce tu concevras p^tr-dessw le cours de nature, de Stolano ton mari, et en&nteras une fille, de laquelle naîtra une fille qui a été prédestinée avant la création du monde, précieuse ptr^dessus toutes créatures humaines ; car Dieu veut opérer en elle des choses incompréhensibles « excédant les entend^n^ts angéiiques et humains « pardessus T œuvre natumjld^
Lors Émérantiane répondit : lesuis^le d'Adam, ancienne d'âge, le fruit 4e mariage défaut «n moi; c'est pc^irquoi natuneUeiaent je ne puis oonce^oir ; néanmoins je sais l^en et confesse qu'à Dieu rien n'est impoesibla. Faites de moi selon votre bon plaisir et delon vos grandeâ miséricorde ; car nos parents et moi nous vous avons gnèvement offensé, et ne ioérdons rien. Lors ^e ùoU deischaf la voéx^ lui disant : FiUe, demeure en paix, car il faut que je fasse savoir la puissance et volonté divine aussi pardllement à Stolano, Um mari. En ce temps^à^ Stolano était allé dehors voir se» |Mitianx allant ps^tre au2 champs ; ainsi comme «était en son oraison, subitement fut environné d'une lumière^ et ouït une
voix qui lui dit : Stolano, paix soit avec toi, lèvetoi, et t'en va en ta maison, et couche avec ta femme Émérantiane, laquelle le nom sera manifesté par le monde universel.
Quand Stblano ouït cette voix, il en fut fort épouvanté, et s'étonna beaucoup ; car il était en Tâge de soixante-dix ans, et que tous deux étaient inhabiles pour avoir génération selon le cours de la nature. Lors il ouït derechef la voix, disant : Stolano, ne veuille douter, car il n'est rien d'impossible à Dieu, et pour signe de ce que je dis, quand tu entreras dans ta chambre, là où tu dois coucher, regarde vers le chevet du lit, et tu trouveras en écrit quatre lettres d'or que nulle personne n'a écrites. Et ayant dit cela, la clarté s'évanouit de lui. Quand Stolano eut entendu, il se leva de sa cellule, louant Dieu, puis s'en alla vers sa femme Émérantiane, et se contèrent l'un à l'autre ce qu'ils avaient vu et ouï, allèrent en ladite chambre, et trouvèrent le signe de quatre lettres d'or écrites au chevet du lit, comme deux A et deux iV, lesquelles jointes ensemble font Anna, laquelle Émérantiane concevrait en bref et enfanterait, dont ils louèrent et remercièrent Dieu, attendant la promesse du Créateur
à ei^x faite. Peu de temps après, Émérantiane conçut, de Stolano son mari, un fruit par la grâce spéciate de Dieu, et en grand désir attendait le temps de lenfantement.
Quand le temps s'approcha, elle alla vers les disciples, priant très-humblement qu'ils voulussent faire oraison pour elle envers Dieu, afin qu'il lui plût préserver de Tennemi le fruit qu elle portait, et qu'en temps et lieu elle pût enfanter salutairement. En ce temps, il y avait un disciple nommé François, lequel, quand il vit Émérantiane, se mit à genoux, criant à haute voix, et disant : Qui est cette sainte matrone qui est auprès de moi? Émérantiane lui répondit : Très-vénérable père, ne me connais-tu pas? Je suis la vieille Émérantiane, ta très-humble servante. Il lui dit : Émérantiane, je vois en toi grand mystère pardessus le coui*s de la nature. Je te dis, en vérité, que, comme un cierge ou une lampe rend clarté es ténèbres, ainsi je pénètre au milieu de ton sein une fille resplendissante en clarté, dont je ne puis assez m'émerveiller, car elle excelle l'entendement humain.
Émérantiane lui dit: Révérend Père, les œuvres de Dieu sont incompréhensibles, et ses miséri-
cordes sont impénétrables, et ce qu*îl yeut montrer dans pétr de temps à son peuple. VeuîUea: prier pour moi ; car la bonté divine se veut mani* fester, laquelle nous est promise depuis longtemps.
Quand le bon père François et ses compagnons entendirent cela, ils prièrent avec ferveur ponr elle; ils lui dirent : Émérantîane, réjouis-toi, car ta prière sera exaucée ; retourne en tu maison, et fais tes apprêts pour enfanter.
EN QUEL TEMPS SAINTE ANNE FITT Nlfts»
Quand le temps fut venu qu'ÊmérantiAné, suivant la promesse de Tange, enfenterait une fille, cela arriva ainsi qu'il avait été prédît ; et il parut sur la poitrine dudit enfant quatre lettres d'or, faisant le nom d'Anne. Ce nom était resplendissant comme pierres précieuses.
D'tN MIRACLE ÂMJYÉ A CAtTSE DtJDlT NOM.
Quand ce beau miracle de ce nom fut vu par les femmes qui avaient assisté à Tenfentement, le bruit de cette merveille se répandit de toutes parts,
et grand nombre de gens y accoururent ponir Voir ce prodige ; entre autres il y vint un chevalier aveugle, et comme ses yeux ne pouvaient voir le nom de sainte Anne, il demanda de le toucher de ses mains, ce qui lui fut accordé. Emérantiane, considérant qu'il était Fun des bons personnages de Jérusalem, ne lui osa refuser, mais lui accorda. Quand il eut touché son nom, et en grande dévotion le croyait baiser, il arriva que la main d'Anne toucha ses yeux, lesquels soudain s'ouvrirent, et y reçut la vue dont il était privé auparavant, étant né aveugle. Quand il vit le nom de sainte Anne en si grande clarté, de grande joie il s'écria, en disant : Béni soit le Dieu d'Israël. De ce miracle Emérantiane fut émue, craignant que si lecommun peuple était averti de cela, il viendrait en foule voir sa fille, et qu'au moyen de ce, l'enfant pourrait tomber dans quelque inconvénient de maladie, à cause des incommodités de plusieurs personnes; c'est pourquoi elle pria le chevalier qu'il ne publiât pas ce qui lui était arrivé. Quand le chevalier eut entendu cela et voyant Emérantiane en si grand souci, il lui promit de n'en rien dire à personne, il la baisa en grande révérence, tenant les yeux fermés comme s'il eût encore été
aveugle; et se fit conduire par son serviteur à Jérusalem, lieu de sa demeure.
GOMME SAINTE ANNE FUT L'ESPAGE DE GINQ ANS SERVANTE AU TEMPLE DE JÉRUSALEM AVEG LES AUTRES FUXES.
Après qu'Ém^érantiane et Anne sa fille vinrent demeurer en Bethléem, vinrent neuf prêtres au temple de Jérusalem qui reçurent sainte Anne de sa mère en grands honneurs, qui n'avait que trois ans, la menèrent en grande révérence dans le temple de Jérusalem, pour y servir les autres dévotes qui y demeuraient, entre lesquelles Anne profitait et croissait en Tamour de Dieu et en toutes sortes de vertus; jour et nuit dévote en toutes ses prières, elle était aussi diligente aux œuvres manuelles qui lui étaient ordonnées, car les jeunes filles servant au temple, devaient laver, coudre et nettoyer les ornements du temple.
Lorsqu'elle se trouvait seule, elle se jetait à genoux pour prier Dieu en grande dévotion, ce qu'un des prêtres du temple s'apercevant , s'étonna de la grande dévotion de cette jeune fille. Afin d'en être encore mieux informé, il se cacha secrètement en la chambre où il avait accoutumé
de faire cette dévotion, afin qu'il pût voir et ouïr la manière de ses prières. Et quand se vint à minuit , Anne se leva de son lit à la manière accoutumée, priant à mains jointes, les genoux en terre, les yeux fixés vers le ciel, et disant :
0 Dieu d'Israël! ma conscience me donne témoignage que nous vous avons grandement o£fensé, à cette cause vous vous êtes éloigné de nous; certes, Seigneur, combien de temps se passera-t-il encore jusqu'à la délivrance de notre dur esclavage ? Nous sommes dans cette attente, suivant les promesses que vous en avez faites à notre père Abraham, de nous donner un libérateur. Seigneur, ne vous ressouvenez point de nos fautes passées ; mais souffrez que votre miséricorde nous vienne consoler.
Souvenez-vous de nos pères Abraham, Isaac et Jacob, et de la miséricorde que vous leur avez promise.
Je vous prie, Seigneur, de vouloir exaucer la prière de mon tendre cœur, et ne rejetez point mon oraison, car vous êtes mon Père qui m'avez créée; c'est pourquoi mes lèvres vous loueront en ma jeunesse, et quand j'aurai plus d'âge, je
vQus doniierai de plus grandes louanges ^ en TOUS Gonfei^sant , et aurai mémoire de votre mi* séiicorde, et la prêcherai à ceux qui en vous ne croient.
Quand Anne eut ainsi prié, elle se prosterna sur la terre, et prit un peu de repos.
Le prêtre, qui s'était caché pour voir et entendre les ferventes prières de cette jeune fille, fut ravi d*étonnement à la vue d'une si grandie dévotion ; il disait en luinnême :
Si tous les sages de Jérusalem voyaient la piété de cette pucelle, ils n'en seraient pas moins étonnés que moi. Bt parce que le jour approchait, ledit prêtre n'osa demeurer plus longtemps, de peur d'être aperçu, mais secrètement se retira. L'empressement qu'il avait de sdvoir qui était cette sainte fille, fit qu'il y alla tant de fois qu'il vit Anne en face, joignant les mains, dit :
0 Dieu tout-puissant ! je ne pouvais vivre en repos jusqu'à ce que j'eusse connu cette sainte pucelle, et je crois que c'est cette fille dont il est dit qu'une pucelle parviendra à «mn émineint degré de sainteté.
Anne continua ses exercices de dévotion, et «e rendit de plus en plus agréable à Dieu.
GOUMB ÉMÉRANTIÀNE MOURTFF ET FUT MISB BN SÉPULTURE