‹ La science des espritsChapitre 54 sur 84 · DE QUELS PARENTS EST ISSUE SAINTE ANNE · texte numérisé non relu

DE QUELS PARENTS EST ISSUE SAINTE ANNE

Au temps passé, au pays de Judée, en une ville nommée Zéphor, située à deux lieues de Nazareth, il y avait une fille appelée Émérantiane, qui était issue de la lignée de David, laquelle était dévote à Notre-Seigneu r .

Cette fille proposait en son cœur de vivre en la crainte de Dieu avec pureté corporelle, et seule durant sa vie, en cas qu'elle fût agréable à Notre- Seigneur.

Elle avait accoutumé de visiter les personnes dévotes, les prophètes Élie et Elisée, lesquels habitaient au mont de Carmel, et conférait avec eux de la vie spirituelle et des choses prodigieuses ,que Notre-Seigneur a faites au temps passé es douze lignées d'Israël, semblablement

des divers prophètes par lesquels Notre-Seîgnear a fait maintes promesses, mêmement comme le Fils de Dieu, pour remédier à }a liature humaine, devait naître d'une jeune Vierge, et pourquoi il a si longuement différé à l'accomplir.

Quand Émérantiane eut ainsi conféré avec les disciples d'Élie et d'Elisée, advint un jour qu'elle parlait à un desdits disciples, nommé Archos, âgé de cent trente-trois ans, disant : 0 vénérable Père I je désire de ta paternité que je te puisse demander une chose dont mon cœur est en doute et en souci.

Il répondit : Émérantiane, ma douce fille, demande hardiment et ne me cèle rien, car ta douce parole me plaît fort et me réjouit.

Alors elle lui dit : Père vénérable, mon cœur ne peut comprendre si jamais en ce monde transitoire sera trouvé quelque femme en l'état de mariage, de laquelle sera procréée la sainte fille qui méritera d'enfanter le Fils de Dieu, lequel le ciel et la terre ne peuvent environner, et comme elle le portera en corps en son sein et tefidre corps.

Or, comment cela se peut-il comprendre? car il m'esi avis, selon mon entendement, s'il est pos-

sible que la sainteté de tous ceoï qui ont été dé^ puis le commencement du monde, et seront encore jusqu'à la fin dicelui, fût accumulée en une seule personne, qu*icelle ne serait pas à comparer à telle femme, de laquelle procédera la Mère future du Fils de Dieu.

0 mon cher père , quand je réfléchis à tout c^a, je suis en grande admiration ; je ne puis toutefois penser pourquoi est*oe que notre Rédempteur ait attendu à venir plus de quatre nlille ans?

Et ainsi que les larmes tombaient des yeux de cette fille, elle parla derechef, et dit : Hélas ! je crains que plusieurs années ne s'écoulent en^ cote avant que V&m puisse trouver un ai saint mariage sur la terre.

Le saint père Archos , entendant ces partes , donsidérant la profonde pensée de cette sainte fiile, s'émerveilla; et, par long espace de temps, la P^rda oomme s'il avait été ravi, et de grande adtmration ne put proférer aucune parole. Peu aprl#la parole lui revint, et dit :

0 Émérantiane! très^noble dame, jeune d'âge, mais ancienne de sens et d* entendement, vous me semblés être la racine dudit saint et iBeontamiûé

- 372 -ir*

lit du mariage (tout vous avez parlé , de laquelle cette sainte fille, mère future, doit naître le Fils de Dieu. Avant que nous partions de ce monde il procédera ; car je te dis en vérité qu'entre les filles de Jérusalem n'a été semblable à toi, ayant congitation de telle profondité comme tu as eu, pour ce tu t'en dois réjouir ; car le Saint-Esprit repose en toi ; en toi seront bénies toutes puissances dessus la terre.

Émérantiane, entendant cet ancien parler, fut consolée, et, en pleurant, se mit à genoux et dit : 0 Dieu d'Israël! combien sera à nous votre face cachée, et à nos pères constitués aux limbes, criant à vous incessamment en grand ennui, attendant de vous ce qui nous a été promis par les prophètes et saintes Écritures.

. Nous avons contracté la tache du péché ; qui nous relèvera, sinon vous. Vierge prédite? Quand sera-ce que nous pourrons passer les portes des ténèbres franchement ? 0 mon Dieu ! quand viendra l'agneau immaculé qui effacera les péchés des hommes et paiera les dettes de nos premiers pères, ce fort lion qui déchirera les portes de métal et rompra les portes de l'enfer? Quand chanterons-nous en jubilation : Notre-Seigneur

est venu, et toutes obscurités ténébreuses sont éclairées? Je suis pauvre pucelle, bien certaine qu'il nous faudra descendre vers nos pères aux limbes, lesquels toutefois oàt été plus parfaits de leur vivant que moi ; cependant une chose me réjouit, car j ai confiance que ceux qui de mon lignage seront procréés, n'approcheront le lieu des ténèbres de Tenfer, d'autant qu'après^moi une clarté infaillible s'élèvera, qui éclairera toute obscurité.

Quand les disciples d'Élie et d'Elisée, avec l'ancien père Archos, eurent entendu les paroles de la jeune Émérantiane, ils furent fort joyeux avçc elle en Jésus-Christ, en lui rendant louange, dont il est fait mention au livre des miracles.

DES MCEURS ET EXERCICES D 'ÉMÉRANTIANE.

Émérantiane était d'une grande beauté et bien formée de corps ; elle était aussi fort riche en biens temporels, noble de lignée, mais plus noble de vertus; car avec pénitence elle châtiait son corps, et gardait tel silence que, depuis l'heure de vêpres jusqu'au lendemain à l'heure de

none, ne voulait parler un seul mot; trois jours chaque semaine elle s abstenait de viande, et ne buvait ni mangeait que dures et amères racines d*herbes qdi croisi^ent dans les déserts; elle ne fréquentait nulle personne vicieuse ; elle ne cherchait que les personnes vertueuses et spirituelles, fussent hommes ou fanmes étant dévots ; elle visitait mêmement les prophètes Elle ièi tÀkée^ résidwt au mont Garmel, vivait austèrement.

Souwnt ausëi servait et priait Dieu, en la chambre enfermée, H fuyait toute oisiveté^ persistant au service divin, ascistatt les pauvres soigneusement d^uis son bai â^ qu'elle viçt à avoir ent^idement, jusqu'au temps que, par ie conseil de ses parents, elle eut pris mari et n'eût jamais regardé nul homme en face que les personnes pieuses et dévotes, auxquelles elle parlait les yeux baissés vers la terre. C'est pourquoi ie bruit de sa saint^é fut répandu par toute la Judée.

Il n'est point de merveille que de bon ari^ et de bonne racine il ne soit procédé de bon fruit ; car c'est ce qui est dit dans FÉvai^ile^ qu'em bon arbre ne peut produire de mauvais fruit.

eoMiis toÊÈRÀnnusE fut iumés.

Quand cette fille Émérantiane fut en Tâge de dix-huit ans, ses parents et amis s'assemblèrent et consultèrent de la marier à un honnête homme, laquelle chose ne voulut promettre. Avant d y consentir, elle requit, par le moyen des serviteurs de Dieu, d'en savoir sa volonté; car elle avait proposé auparavant de demeurer en chasteté sa vie durant ; et parce qu'elle ne savait quel état Dieu voulait qu'elle acceptât, elle s'en aîla au mont Garmel consulter les saints personnages, afin qu'ils voulussent prier Dieu, pour qu'il lui voulût manifester par quelques signes sa divine volonté. Lors les saints pères le firent et prièrent Dieu, persévérant en continuelles oraisons. Au bout du troisième jour, il leur apparut une grande branche d'arbre, ayant seulement en elle un seul fruit, et sitôt que le fruit en était cueilli, ladite branche séchait. Incontinent après fut vu qu'un fruit très-beau à voir fut mis à ladite branche séchée et environnée de grande clarté divine, lequel fruit semblait, à voir %\ lucide, que la vue humaine ne pouvait regarder, de laquelle vision

lesdits saints pères furent émus en admiration ; car en signes miraculeux ne pouvaient nullement entendre le vouloir divin, et ce dont ils avaient fait leurs oraisons, priant Dieu de leur manifester ce que c'était de ce signe.

Il arriva encore au troisième jour qu'ils étaient en prières, qu'une voix fut ouïe du ciel, déclarant la signification du signe, en disant : La branche verte signifie le mariage qui sera consommé en Émérantiane ; le fruit en procédant démontre l'enfant qu'en brief jour d'elle naîtra ; la sécheresse de la branche dénote la stérilité ; la clarté par laquelle le fruit est attaché à la branche signifie la puissance divine, par laquelle Ém^ rantiane, en sa vieillesse inféconde par-dessus le cours de la nature, concevra et produira un fruit, lequel apportera le sauvement au monde universel, le nom duquel chassera les esprits mauvais, et les bons anges l'auront en grande révérence, sera manifesté et annoncé par tout le monde.

Et quand les saints pères eurent ouï cette voix miraculeuse, ils rendirent louange et bénédiction à Dieu le Créateur en pleurant de joie, et donnèrent à connaître à Émérantiane, comme en peij de temps, par la volonté divine et coi^çeît de ses

amis, elle prendrait mari, et comme, au moyen de son mariage, il voulait montrer au monde sa grande miséricorde.

Emérantiane, voyant cela, rendit grâces à Dieu, le priant très-humblement qu'il plût à sa bénignité la conjoindre par mariage â un bon, juste et loyal mari, qui fût craignant Dieu, et non autre chose demandait-elle, que ce qu'à Tétat de mariage appartient à la louange de Dieu, pour multiplier lignage à Thonneur du Créateur. Enfin, elle se rendit à toutes ces pressantes sollicitations.

Page 1