‹ La science des espritsChapitre 57 sur 84 · MARI · texte numérisé non relu

MARI

Alors qu'Anne eut dix-huit ans, par le conseil de ses amis, elle prit mari, un homme craignant Dieu, noble de sang, comme de la lignée du roi David, appelé Joachim, lequel vivait saintement en la crainte de Dieu, et gardait ses commandements, et était miséricordieux envers les pauvres ; car on dit de lui que quand il eut quinze ans, il partagea son bien en trois parts, en donna une partie aux pauvres, l'autre au temple, et la troisième part fui pour subvenir aux besoins de sa maison.

Quand il eut vingt-un ans, il épousa Anne et la prit pour femme, laquelle était fort charitable, faisant du bien aux pauvres, et même aux malades et affligés; elle habitait en Nazareth, petite ville de Galilée, en laquelle l'ange Gabriel annonça à Marie sa fille qu'elle concevrait et enfanterait le fils de Dieu ; ainsi donc Anne menait une vie très-

sainte. Il lai ^ritva.ui|(Eii fois qu elle lisait comme Tobie instruisait son fila, en cas que Dieu lui envoyât lai^ment des.iiens temporels, qu'il en donnât librement aux pauvres, lesquelles paroles Tépouvantaient en soi-même, pensant en son cœur: 0 Dieu ! combien j'ai de biens et pourvue de toutes choses nécessaires ! hélas ! j'ai été ingrate et n'ai pas accompli mon pouvoir comme cet écrit l'ordonne. Pendant qu'elle était ainsi pensive, il y survint Joachim, son mari, et la voyant triste, lui dit : 0 ma très-chère aimée Ij>our quelle cause êtes-vous triste? Elle répondit : Parce qu'il y a longtemps que nous n'avons satisfait aux ordonnances de la sainte Écriture, et lui fit lire ce qu'elle avait lu de Tobie. Quand il eut lu, il lui dit : Que te semble-t-il que nous devons faire? Elle lui répondit : Il me semble que puisque Dieu nous a pourvus deJ)iens, que nous les partagions en trois parts, que les deux premières parties soient distribuées à l'honneur de Dieu, et la troisième part nous la garderons pour nos besoins. Il lui répondit qu'ainsi ferait, car il désirait faire le semblable, avant qu'ils fussent conjoints ensemble. Quand Anne ouït cela, elle fut réjouie, et se fit préparer un mulet, s'assit dessus, et s'en alla avec

see serviteurs aux champt etèft Ueiix éïx éfoient l6^ bestiaux paissants, pouih le^ tenter à lit ftidton. Le nombre était de deust mille dent éMits. Et quand ils les eurent rsmenés^ ils les paitagèrent tous en trois parts égales; Tiine des parts fut donnée au temple, l'autre aux pauvres, et la troisième ils la conservèrent pour se nourrir, et dont elle aidait encore les pauvres veures et orphelins, là oîi elle savait les trouver, et le ^sait par le consentement de son mari Joachim, car il était semblablement miséricordieux envers les pauvres, et en ce point ils vivaient en la crainte de Dieu, en paix et amour ensemble, gardant les commandemetits de Dieu soigneusement.

Hélas! combien s'en faut-il aujourd'hui que les personnes conjointes en mariage se conduisent en cette sorte ! Dieu y veuille pourvoir. Ainsi soit-il.

COMME ANNE FUT AVEC JOACHIM EN l'ÉTAT DB MAHIâGE VINGT ANS SANS AVOIR FRUIT, ET COMME IL FUT REPROché audit joachim du souverain prêtre, allant a l'offrande.

Quand Joachim eut .été avec Anne en mariage l'espace de vingt ans , vivant selon Dieu ,

ils n'eurent aucun fruit , ce qui était grand opprobre devant les gens, car, en ce tempslà, on se moquait de ceux qui étaient infructueux et qui n'augmentaient point le peuple, et, pour cette cause, furent méprisés de plusieurs.

C'est pourquoi ils firent leur oraison à Dieu avec ferveur qu'il lui plût regarder ce reproche, et leur envoyer du fruit, lequel lui offriraient pour le servir au temple de Jérusalem.

Un jour que Joachim en une grande fôte vint avec les autres de son lignage en Jérusalem pour ftire offrande selon la loi, comme il approcha de l'autel, il mit l'offrande dessus.

Le prêtre le prit de mauvaise part, jetant l'offrande hors de l'autel en présence de tout le peuple, lui reprocha son infructuosité, disant :

Qu'il n'était pas décent de recevoir son offrande avec ceux qui étaient fructueux, à cause qu'en son état de mariage il ne multipliait pas la lignée du peuple d'Israël.

A ces paroles, Joachim fut triste et ennuyé, inclinant la tête, n'osait de honte regarder personne en face.

GOMM£ JOAGHIM s'eN ALLA VOIR SES BERGERS ET PASTOU- REAUX GARDANT SON BETAIL, ET GOMME l'ANGE LE CON- FORTA.

Gomme Joachim en la présence de ses amis et de tout le commun peuple avait en cet état été rejeté, car c'était sa coulpe, et dé chagrin il n'osait retourner en Nazareth, craignant que ses voisins ne lui reprochassent ce qui lui était arrivé au temple, il s'en alla vers ses pastoureaux, et délibéra de demeurer avec eux sans se trouver à Nazareth, comme il fît, attendant que Dieu # consolât et lui donnât à entendre ce qu'il avait à faire.

Et quand il eut été là quelque temps, il arriva une fois qu'étant seul, l'ange de Dieu, avec une grande clarté, le vint visiter, en le consolant et l'exhortant qu'il ne fût épouvanté, et lui dit : Je suis l'ange de Dieu, par lui envoyé pour t'annoncer que ton oraison est exaucée de Dieu , et que tes aumônes sont montées jusqu'au ciel ; il a vu la honte et le reproche de ton infructuosité ; car Dieu est le vengeur des péchés, et non point de la nature. Et quand il rend une femme infé-

conde, il fait cela afin que plus miraculeusement il lui rende la fécondité quand il lui plaira, comme il fut fait de Sara, femme d'Abraham, laquelle en sa vieillesse enfanta Isaac. Semblablement Rachel fut inféconde, et en vieillesse enfanta Joseph, qui devint grand Seigneur en Egypte. Puis Samson et Samuel, qui eurent tous deux des mères qui furent longtemps stériles; ainsi il faut croire que les nativités différées sont d'autant plus merveilleuses qu'elles ont été différées. Sache que ta femme concevra une fille que tu nommeras Marie. Cette fille consacrée à Dieu, et au ventre maternel sera remplie du Saint-Esprit; c'est pourquoi elle ne demeurera entre le peuple commun; mais au temple, afin que nul n'ait suspicion d'elle, et ainsi qu'elle sera née d'une femme infertile; ainsi d'elle naîtra le Fils de Dieu, qui s'appellera Jésus ^ et par lui recevra toutes créatures à sauvement. Pour signe de vérité, ta femme Anne te rencontrera en Jérusalem à la porte dorée, car elle a dessein 'que tu t'en retournes.

Quand l'ange eut ainsi parlé à Joachim, il se réjouit; et comme Anne, sa femme, était ennuyée, attendant sa venue, ledit ange s'apparut à elle.

et la consola, lui dit ce qu'il avait annoncé à Joachim, et qu elle allât en Jérusalem à la porte dorée, où elle le rencontrerait, ce qu'elle fit.

Et quand Us se rencontrèrent, ils furent remplis de joie de la promesse de Tange, touchant la fille qu'ils devaient avoir. Quand ils eurent été au temple servir Dieu dévotement, ils retournèrent ensemble à Na2areth. où ils attendaient en grande liesse la promesse divine. Aussitôt après Anne conçut, et neuf mois après enfanta une fille, laquelle fut appelée Marie^ comme Fange avait ordonné. Or, quelle joie fut au ciel et sur la terre de cette nativité ! Qui pourrait expliquer le bonheur que reçurent les humains!

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