‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 110 sur 207 · LIVRE IV. DES ÉDIFICES MILITAIRES. * igj · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DES ÉDIFICES MILITAIRES. * igj

On creuse d’abord un bassin de grandeur arbitraire , dont le fond doit être plus bas que le niveau auquel l’eau peut monter d'elle-même afin de la recevoir; on prend ensuite un pilot d’une longueur et d’une grosseur convenables, on perce dans toute sa longueur, avec les tarières ordinaires , un trou de 3 pouces de diamètre, et on le garnit de fer par les deux bouts, dont celui qui doit entrer en terre doit être le plus aigu qu’on pourra; on enfonce ce pilot avec le mouton autant qu'il e.st possible , et lorsqu’il n’y a plus moyen de le faire entrer plus avant , on emploie la tarière qui doit achever de percer le puits ; or, ces tarières ont 3 pouces de diamètre, et environ un pied de gouje, le reste du corps étant d’un pouce de gros plus ou moins, et de la pieds de longueur; on enfonce cette tarière dans le canal du pilot, et on perce à l’ordinaire tous les bancs qui se rencontrent , ayant soin de la vider de temps en temps de la terre dont elle se remplit : lorsque la longueur de cette première tarière ne sufBt pas pour arriver jusqu'à l’eau, on y ente une seconde branche, une troisième, etc., tant que la profondeur le demande, et l’on continue de forer et vider le trou successivement , jusqu’à ce qu'eniin on ait trouvé de l’eau en abondance, ce que l’on reconnaît lorsqu’elle monte le long du pilot jusque par-dessus; alors on se sert d’un tuyau de plomb pour la conduire dans le bassin.

Quand on a une fois trouvé l’eau vive , et qu’on voit qu'elle vient en abondance, il faut bien se garder de percer plus avant, crainte d’ouvrir les bancs de pierre ou de terre glaise qui seraient au-dessous de l'eau , parce qu’il pourrait arriver que trouvant une issue plus aisée à parcourir que le chemin du canal, elle cessât sur-le-champ, ou au bout de quelque temps, de monter.

On fait de ces sortes de puits en Flandres , en Allemagne et en Italie; j’en ai vu un au monastère de Saint-André, à une demi-lieue d’Aire en Artois: l’eau en est si abondante, qu’elle donne plus de cent tonneaux par heure; elle s’élève à lo ou 12 pieds au-dessus du rez-de-chaussée, et retombe dans un grand bassin par plusieurs fontaines qui font un un fort bel effet

Feu M. de Cassini rapporte dans les Mémoires de l’Académie royale des Sciences , qu'en plusieurs endroits du territoire de Mutine et de Bologne on en voit de semblables, mais qui se font différemment: on creuse jusqu’à l’eau , après quoi l'on construit un double revêtement ,

dont on remplit l'entre-deux d'un conroi, fait d'une glaise bien pétrie, apres quoi on continue à creuser plus avant, et de revêtir comme en premier lieu, jusqu'à ce qu'on trouve des sources qui viennent avec abondance, alors on perce le fond avec une longue tarière, et le trou étant achevé, l'eau monte et remplit non-seulement le puits, mais encore se répand sur toute la campagne, quelle arrose continuellement: il ajoute qu'il a fait faire au fort Urbain une fontaine, dont feau s'élevait naturellement à i5 pieds de hauteur au-dessus du rez-de-chaussée, d'où elle retombait dans un bassin de marbre, destiné pour l'usage du public, et fjue l'ayant soutenue par des tuyaux, elle s'élevait jusqu'au sommet des maisons.

Dans la Basse-Autriche, qui est environnée des montagnes de Styrie, les habitants se donnent de l’eau à-peu-près de la même manière; ils creusent d’abord jusqu’à ce qu'ils trouvent la glaise, alors ils prennent une grande pierre épaisse de 6 pouces percée dans le milieu , et j>ercent le lit de glaise au travers de ce trou , tant que l’eau monte avec impétuosité et remplisse le puits.

Il y a des situations où, sans avoir des montagnes dans le voisinage, on peut encore faire des puits dans le même goût; car s'il y a des rivières ou lacs qui soient plus élevés que le rei-de-chaussée de l'endroit où l'on est, il est évident que si ces eaux communiquent jusque-là, elles pourront remplir le puits et même déborder, comme cela arrive en plusieurs endroits, lorsque les rivières viennent à grossir.

r,’on peut ajouter que dans les endroits où l’eau ne pourra pas monter assez j)rès du rez-de-chaussée pour être reçue dans un bassin , ces puits ne laisseraient pas d’être utiles , si faisant tomber l'eau dans quelque réservoir aussi haut qu'elle pourra monter, on peut lui donner de là un écoulement dans quelque autre lieu voisin plus bas que le réservoir, ce qui pourra se faire par un acqueduc souterrain, ou même par un syphon qui passe à fleur de terre , et alors 6n fera tomber l'eau qui sortirait du canal ou du syphon, dans un bassin, comme on le pratique ordinairement dans tous les lieux où il y a des fontaines voisines; ou bien, sans faire tout cela, on élèvera l’eau au-dessus du rez-de-chaussée par le moyen d’une pompe, j>ourvu que cette hauteur ne passe point aq ou 3o pieds , ne pouvant la faire monter plus haut , par les raisons que j ai données dans le discours sur les effets de l’air, qui est à la fin de mon Cours de mathématiques.

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