‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 111 sur 207 · LIVRE IV. DES ÉDIFICES MILITAIRES · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DES ÉDIFICES MILITAIRES

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Dans les lieux qui sont fort élevés , on ne rencontre guère toutes les conditions qu’il faut pour faire des puits forés, pas même des puits ordinaires, à moins qu’ils ne soient d’une profondeur excessive comme celui de Cliarlemont ; et encore quelquefois ne parvient-on pas à rencontrer la bonne eau, ce qui rendrait ces lieux inhabitables, si on n’avait imaginé les citernes, c’est-k-dire, la manière de purifier et de conserver dans une espèce de cave l’eau fpi tombe du ciel. Or, comme Pi.tsc.im la con.stiuction des citernes demande beaucoup d’application pour^^'*^*' les faire bonnes, nous allons détailler tout ce qui peut appartenir à ce sujet ; et pour ne rien dire qui n’ait été déjà exécuté avec succès, je prendrai pour exemple la citerne qui a été faite en 1722 à Cliarlemont par M. de Breval : elle est nu moins aussi belle que celle de Dunkerque, dont on fait tant de cas. Cette citerne a, comme on le peut voir par le plan, i5 toi.ses de longueur sur G toises 4 pieds de largeur, y compris les deux murs de refend qu’on a faits pour porter les voûtes, parce que pour ces sortes d'ouvrages , qui doivent être à l’épreuve de la bombe, crainte des accidents qui peuvent arriver en temps de .siège, il vaut mieux faire trois voûtes chacune d’une grandeur médiocre, que de n’en faire qu’une seule qui serait trop élevée et trop faible.

Le plan fait voir aussi qu’on avait pratique une porte dans le milieu de chaque mur de refend pour la communication de l'eau , et que l’on a fait un citerneau de 9 pieds en quairé, pour que l’cnu puisse filtrer avant d'entrer dans la citerne : c’est pourquoi le fond de ce citerneau est de 8 pieds plus haut que celui de la citerne.

Pour tirer de l'eau, on a construit au rcx-de-chaussée de- la place quatre niches quarrccs de 7 ])ieds et demi dans œuvre, dont deux servent à loger les pompes , et les deux autres pour recevoir l’eau ; et afin qu’on en puisse tirer jusqu’à la derniçre goutte, les tuyaux des pompes vont répondre dans un puisart, qui est une espèce de rigole qui règne sur toute la largeur ; dans l'une de ces niches on a pratiqué une porte pour descendre avec une échelle dans la citerne, lorsque l'on veut y faire quelque réparation : ces niches ont été voûtées à l'épreuve de la bombe, et sont décorées extérieurement par une façade de pierre de taille à joints refendus, et couronnées d’une corniche; clics sont fermées par des portes de madriers, aussi bien que l’entrée de la citerne. Je crois que cette explication suffit, aidée des plans et profils,

pour en donner une connaissance parfaite : ainsi je ne parlerai que de ce qu'on a observé en la construisant.

Après avoir déblayé les terres jusqu’à une profondeur convenable, on a fait un massif de maçonnerie d'environ 3 pieds d'épaisseur, dirigé en pente de 6 pouces vers le puisart des pompes, et ce massif occupant tout le fond de la citerne, a servi en même tem|)s de fondements aux piédroits des voûtes et aux murs de refend. Après l'avoir bien arrasé, on l'a couvert d’uti rang de briques posées de plat en mortier de ciment ; sur ce premier rang on en a fait un second , et sur celui-ci un troisième, toujours avec du mortier de ciment et plein sur joints : le fond du citerneau a été aussi construit de la même manière.

I.a superficie du fond de la citerne étant achevée, on a élevé les murs de refend et les piédroits des voûtes, auxquels on a donné 3 pieds d'épaisseur : les murs du pourtour tant de la citerne que du citerneau ont été parementés de briques posées en mortier de ciment, sur l'épaisseur de deux briques et d’une demie alternativement, et le reste de cette épaisseur de moellon ; ensuite on a posé les cintres sur lesquels on a établi la première voûte d’une brique d'épaisseur faite en mortier de ciment; sur cette voûte on en a fait une seconde, et sur celle-ci une troisième de moellon plat , après quoi l’on a rempli de maçonnerie les reins de la voûte du berceau du milieu, jusqu’à la hauteur qu’on voit déterminée par le profil ; après avoir bien arrasé les pentes, on y a applique une chappe de ciment c]ui couvre les trois voûtes, et cette chappe a été faite à-peu-près de la même façon qu’il est enseigné dans le chapitre onzième du livre III. '

On a fait un enduit sur le ijavé de la citerne, et sur l’intérieur du mur du jiourtour, de la même épaisseur qu’on fait ordinairement les chappes de ciment, et fabriqué avec les mêmes précautions, excepté seulement qu’au lieu de poussière de tuileaux , on s’est servi de terrasse de Hollande, comme étant beaucoup meilleure.

Quand on fait des citci ncs dans des lieux aquatique.s, on enveloppe extérieurement toute la maçonnerie par un bon conroi de terre glaise bien pétrie et bien battue, crainte que les eaux qui proviendraient des sources ou de quelque autre cause ne l’endommagent, ou ne se mêlent avec celle de la citerne, si à la longue elles parvenaient à s’y faire une entrée ; car on entend bien que ces eaux ne pourraient être que de

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