‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 123 sur 207 · I.IVRE V. DE I.A DECORATION · texte numérisé non relu

I.IVRE V. DE I.A DECORATION

raiils s'étant crus en droit de faire tous les changements dont ils ont pu s’aviser.

Pour dire un mot de l’origine des ordres, on prétend que le Dorique fut inventé par un nommé Dorus, qui l’employa le premier dans Argos à la construction du superbe temple qui fut érigé à la déesse Junon , et qu’ensuite on en bâtit un autre dans Délos à Apollon, à l’occasion duquel on imagina les trigryphes pour représenter la lyre , dont ce dieu était l'inventeur.

L'histoire ne nous apprend pas positivement quel est l’auteur de l’ordre Ionique ; on sait seulement qu'un nommé Ion , athénien , fut choisi par ceux de sa nation pour être rhef de treize colonies qui furent envoyées dans l’Asie Mineure , où ils s’établirent dans la Carie , nommée ensuite Ionie pour faire honneur à Ion qui en avait fait la conquête, et qui y lit bâtir treize grandes villes, dont la plus considérable était Kphèse,où l’on éleva Un temple à Diane, dont l'ordre était différent (lu Dorique. Et comme ce temple eut ensuite beaucoup de rt-putation , y ayant toute apparence que c’est celui qui a été brûlé par Lrostrate, on nomma le dessin selon lequel il avait été construit, l'ordre Ionique, pour marquer la province où il avait pris naissance.

Vitruve, en parlant de l'ordre Corinthien , dit qu'il fut inventé par Callimachus, sculpteur athénien, qui demeurait alors proche la ville de Corinthe, une des plus considérables de la Grèce. Et comme il y a apparence que c’est là que cet ordre fut mis en usage pour la première fois, c’est sans doute ce (jui lui en a fait conserver le nom. D’autres prétendent que le chapiteau corinthien tire son origine du temple de Salomon. Au reste il en sera tout ce qu’on voudra ; mais il faut convenir que l’ordre Corinthien est le chef-d’œuvre de rarchitccturc , et que tout ce qu’on a pu faire de mieux jusqu’ici, a été seulement d’atteindre à la beauté que lui ont donnée ses premiers inventeurs.

Les Romains, après s’être rendus maîtres de l’Univers, enrichirent Rome, non-seulement de tous les trésors que leur procurèrent leurs conquêtes , mais introduisirent encore tout ce qu’ils trouvèrent d’admirable chez les étrangers, particulièrement leur manière de bâtir, que des ouvriers leurs esclaves leur enseignaient. Et bientôt, surpassant en magnificence toutes les autres nations , leurs édifices devinrent dans la suite les plus excellents modèles qu’on pût imiter. Pour enchérir sur

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ce qu'ils tenaient des Grecs, ils voulurent se faire un ordre plus riche que tous les autres ; et comme dès ce teinps-là la matière était déjà épuisée, ils prirent des autres ordres ce qui leur parut le plus beau, et en firent celui qu'on a nommé depuis Composite. La province de Toscane seule, ne voulant rien devoir aux Grecs ses plus cruels ennemis, inventa l'ordre qui a depuis conservé son nom : et |K)ur se passer absolument des autres, il fallut le destituer d’ornements, se contentant de décorer les temples et les autres édifices qui devaient avoir quelque relief, de colonnes sans piédestaux, et d'un simple chapiteau, surmonté par un entablement dont la corniche et les autres parties sont des plus unies (i).

Je viens de placer les ordres dans le rang qui leur convient le mieux, quoique cela ne tire ici à aucune conséquence ; mais quand il sera question de les décrire et de les expliquer en détail, je me conformerai à l’arrangement deVignole, puisque c’est l’auteur que je me suis proposé de suivre : c’est-à-dire que je commencerai par l’ordre Toscan , comme le plus simple, qu’ensuite je rapporterai le Dorique, l’ionique, le Corinhien , et enfin le Composite.

Explication des termes propres aux ordres d'architecture.

Quoique je donne à la fin du second volume un dictionnaire fort ample jx>ur expliquer les termes d’architecture, aussi bien que les autres qui auront lieu dans les différents traités que l’on verra par la suite , j’ai cru qu'il était à propos de définir présentement ceux qui sont employés aux ordres , afin qu’aidé de ce qu’on trouvera écrit sur le.s trois premières planches , on puisse se former une idée juste des propriétés de chaque moulure, et que ces termes se trouvant expliqués de .suite, sans être interrompus par d’autres termes, comme cela arrive dans un dictionnaire, on ait plus de facilité à les retenir.

(i) Les expressions cic Belidor induiraient à penser c]ue Tordre Toscan ua été em* ployé par les Étrusques qu'à TimiiAtioii des ordres inventés par les Grecs. It parait au conirairo, d’après les meilleuies autorités, que les Étrusques araieiii d'cux-niéine!» imaginé cet ordre, dans le même temps que les Grecs inventaient les leurs.

LIVHE V. U1-; l.A DKCOH ATION.

Duuciiie, cimaise ou gueule droite , est une moulure dont le contoiir a une sinuosité, ce qui fait que cette moulure change de nom suivant la situation où elle se trouve : quand la partie d’en haut est concave , elle se nomme gueule droite ou doucine , ut quand elle est convexe, on la nomme gueule renversée ou talon.

Liste, filet ou ourlet, est une petite bande qu’on met entre les mou lures pour les séparer, et empêcher qu’elles nu se confondent.

Ove, quart-dei-rond ou échine, est une moulure dont le contour est un quart-de-cercle , et qui fait une partie essentielle des ornements.

Couronne, lamier ou gouttière, est un nieiubre de la corniche, qui sert à faire écouler l’eau loin du mur, et on appelle mouchetteXe petit rebord qui pend en bas.

Modillons, sont des pièces qui s'avancent sous le plafond des corniches pour en soutenir la saillie, et font un des plus beaux ornements de cette partie de l’cnt.ablement : les anciens s'en sont servis jiour représenter des bouts de chevrons.

Astragale, est un petit membre rond, dont le contour a ordinairement la figure d'un demi-cercle : on l’appelle communément chapelet , quand il est taillé en forme de petites boules qui ressemblent à des grains de chapelet enfilée.

Denticule , est un membre quarié , recoupé par plusieurs entailles qui semblent vouloir représenter des dents : elles s'emploient ordinairement dans la corniche ionique et corinthienne; Vitruve appelle métocHe l'espace vide qui est entre chaque denticule.

Triglyphe, est un ornameut composé de trois litels ou jambes, qui sont séparés par deux cannelures ; cet ornement ne s'emploie que dans la frise de l’ordre Dorique.

Métope, estl’es[)ace entre deux triglyphes ; cet espace est ordinairement quarré , ayant autant de hauteur qu'il y a de distance d'un triglyphe à l’autre.

Soflite ou plafond, est le dessous de ce qui est suspendu ; ainsi l'on (lit, le soflite d'un architrave ou d’un lamier.

Frise, est une des principales parties de l'entublemçiit, dont elle occupe le milieu, étant toujours entre la corniche et l’architrave, cette partie a été nommée frise ^ à cause que les ornements qu’on y fait ressemblent à de la broderie.

4ÎO LA SCIENXE DES INGÉNIEUBS,

Architrave, est la première partie de l’eutablement, posée sur les colonnes ou pilastres, ou simplement sur un mur de face, quand on veut le terminer par un entablement : l’architrave à le bien prendre représente les poutres , dont les exn-émités étant bien appuyées |)ortent dans leur longueur les parties d’une façade, ou tout autre corps élevé verticalement ; ainsi l'architrave n’est autre chose que ce qu'on appelle communément sablière ou poitrail.

Abaque, est une partie qui sert dans l’ordre Corinthien, à représenter la tuile qui couvrait le panier, autour duquel s'élevaient les feuilles d’acanthe qui ont donné lieu à l’invention du chapiteau de cet ordre ; les ouvriers l'appellent tailloir.

Volute, est un ornement qui fait la partie essentielle du chapiteau ionique ; celte volute est contournée en ligne spirale, et a été imaginée par les anciens pour représenter les boucles de cheveux qui pendaient aux côtés du visage des femmes.

Cathete de In volute, n’est autre chose qu’une ligne perpendiculaire qui passe par l’œil de la volute, et sert à la décrire et à en déterminer la hauteur : on met aussi de petites volutes aux chapiteaux corinthiens, mais celles-ci s’appellent hélices.

Galbe : ou dit qu’un membre ou morceau d’architecture se termine en forme de galbe, lorsqu’il s’élargit doucement par eii haut, comme font les feuilles d’une fleur.

Fût ou tige d’une colonne, doit se prendre pour le corps de la colonne depuis sa base jusqu’au chapiteau.

Cannelures , sont des espèces de côtes ou listeaux exprimés sur une colonne , par le moyen des creux qu'on y pratique : ces cannelures sc font à vive-arête dans l’ordre Dorique ; mais elles ne sont guère approuvées, étant trop faibles, par conséquent trop sujettes à être rompues.

Escape, congé ou retraite, est un trait concave qui joint le nu de la colonne avec sa base ou son chapiteau : ce trait s’appelle aussi fruit, quand il s’agit de l’espace d’en bas, pour signifier que la colonne .sort de sa base , commence à monter et à s’échapper en haut.

Base d'une colonne, est la partie sur laquelle elle est posée.

Tore, est une espèce de gros anneau dans la base d’une colonne, qui semble représenter les cercles de fèr dont on fortifie les extrémités de.s troncs d’arbres, qui servent à soutenir quelques corps fort pesants.

UVHE V. Dt LA DtCUUATlON. /J3i

Scotie, fst la partie creuse qui est entre deux tores, que les ouvriers appellent nacelle à cause de sa cavité : on nomme cavet la moitié de la scotie.

Plinthe, est un membre quarré et plat, que quelques-uns nomment orle ou ourlet ; elle se trouve toujours dans les bases des colonnes.

Plinthe, dans le chapiteau toscan, est la partie qu’on nomme tailloirs dans ceux des autres ordres.

Piédestal, est un corps quarré de figure parallélipipède , qui sert à élever une colonne ou une statue au-dessus du rri-de-chaussée : le piédestal a sa base et sa corniche, et le corps parallélipipède qui est entre ces deux parties est nommé tronc ou dé du piédestal.

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