‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 141 sur 207 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

De l'ordre Composite.

II. y a apparence que les anciens architectes n’ont eu aucunes règles déterminées pour l’ordre Composite. Vitruve, après avoir expliqué les mesures du Corinthien, dit à la fin du premier chapitre de son livre quatrième, qu'il y a d'autres sortes de chapiteaux de dilTércnts noms , que l'on met sur les mêmes colonnes, maLs dont il ne peut marquer les

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ptoporlioiis, ni leur donner le nom d’un ordre, parce qu’étant pris du Dorique, Ionique et Corinthien, on en a change les moulures pour en faire d'autres nouvelles. Ce sont à-peu-près scs termes; d’où l’on jteut conclure que dans le temps que cet auteur a écrit, l’ordre Composite n’était pas séparé des autres, mais dépendait du goût et du caprice de ceux qui, ne voulant pas imiter exactement les trois ordres grecs, se donnaient la liberté d’y faire tous les changements que pouvait fournir leur imagination. Ainsi les architectes modernes ont cru ne pouvoir mieux faire pour établir quelque chose de certain relativement à l’ordre Composite , que de mesurer exactement quelques-uns des plus beaux ouvrages de l’antiquité qui nous sont restés dans ce goût-là, et s’en servir comme de modèles et de règles assurées pour en déterminer les proportions, s’attachant d’ailleurs à lui donner les membres et les moulures les plus délicates et les ornements les plus recherchés.

Vignole ne met point de différence entre les mesures générales de cet ordre et celles du Corinthien, donnant encore vingt modules de hauteur à la colonne composite, y compris sa base et son chapiteau, sept au piédestal qui est un peu-plus du tiers de la colonne, pour les raisons que l’on a vues ci-devant, et cinq à l’entablement qui est toujours du (|uart de la colonne : ainsi ce n’est que dans les mesures particulières des moulures et dans la figure du chapiteau que cet ordre diffère du Corinthien.

Piédexta! romposite.

Di b.ase do piédestal est de douze parties, sur quoi l’on en donne quatre à la plinthe, trois au tore, une à la règle, trois au talon renversé, et une au cordon ; toute la saillie est de huit parties.

La hauteur du tronc du piédestal est de cinq modules dix parties, et sa largeur de deux modules quatorze parties; ses moulures sont la règle inférieure et supérieure avec leur chanfrein qui ont chacune une partie.

La hauteur de la corniche du piédestal est di* quatorze parties, sur quoi Ion en donne une à l’astragale, cinq au gorgerin ou à la frise, une au demi-creux, deux tiers au filet, une et un tiers à la doucine, trois parties à la gouttière, une et demie au talon, et deux tiers à la règle; quant à la saillie, elle est égale à celle de la base, c’est-à-dire

l’L. XL.

Fig. 5

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l ie. 5

qu'elle est de huit parties : le soiTite de la gouttière est creusé par dessous d’un canal qui laisse en dehors une bande d’une partie.

Il y a des architectes qui mettent des tables en saillie ou en creux dans le de de ce piédestal, sans considérer le caractère de l’ordre : ces tables à la vérité l'ont un fort bel clTet; mais il faut prendre garde qu'elles ne doivent avoir de saillie qu’aux ordres Toscan et Dorique, car aux trois autres ordres elles doivent être prises en dedans: il est vrai que les Anciens n'ont pas pratiqué ces espèces d’ornements aux piédestaux, ayant toujours laissé nues les faces du dé parce qu’apparemment ils appréhendaient que cela ne fût contraire à la solidité.

Colonne composite.

I.a base de la colonne est encore d’un module ou de dix-huit parties, sur quoi l’on en donne six à la plinthe, quatre au tore inférieur, un quart au filet, deux parties à la scotie inférieure, un quart au filet, trois parties au tore supérieur, une demie à l’astragale, un quart au filet , une et demie à la scotie supérieure, un quart au filet et trois parties au tore supérieur; la saillie est de sept parties, de chaque côté, ainsi la plinthe en front est de deux modules quatorze parties , il en faut ôter trois parties trois quarts pour la saillie du tore supérieur, pour celle de l'astragale quatre et demie, et cinq pour celle du filet.

Le fût de la colonne a pour hauteur seize modules douze parties, ses moulures sont l’orle inférieur avec son chanfrein qui a une partie et demie , le tronc a seize modules sept parties et demie , l'orle supérieur avec son chanfrein une partie, et l’astragale deux, la grosseur du pied de la colonne est de deux modules, et réduite par le haut à un module douze parties, ainsi la diminution est de trois parties de chaque côté: la saillie de l'orle inférieur est de deux parties, celle du supérieur d'une et demie, et celle de l'astragale de trois, afin qu’il réponde au vif de la colonne.

hauteur du chapiteau est de deux modules six parties comme au corintliien, le tambour a deux modules, et l'abaque six parties: les membres du tambour sont les feuilles basses qui ont neuf parties, leur repli trois, les feuilles hautes neuf, leur repli trois, l’espace des rosettes quatre, l’orle une demie, l'astragale une et demie, l’ove quatre parties.

UVllt V. ÜE LA DECOHATlOiN.

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l'orle de la campane deux; les membres de l’abaque soot la plinthe ou gouttière qui a quatre parties, le filet une demie, love une et demie, la hauteur des volutes seize parties, depuis le haut des feuilles jusqu'au filet de l’abaque; les saillies dépendent du plan et du profil sur la diagonale comme au corinthien, sur lequel il faut tirer une ligne du coin de l’ove de l’abaque jusqu’à l’astragale du fût de la colonne qui déterminera celle des feuilles; et si l’on tire une ligne parallèle aux moulures de l’abaque par le point où la ligne de la hauteur de la volute est divisée, en sorte quelle laisse neuf parties au-dessus et sept au-dessous, et qu’on prenne sur cette ligne en dedans huit parties, à commencer du point où elle coupe celle qui détermine les saillies , on aura le centre de l’œil de la volute qui se décrira comme l'ionique, avec cette dilférence seulement que les ioniques sont droites ou plates sur les deux faces antérieures ou postérieures du chapiteau , au lieu que cclles-ri suivent le contour du renfoncement des quatre faces du chapiteau. A l’égard de la structure du plan et du contour du renfoncement de l'abaque, c’est la même chose qu’au corinthien; la saillie de l’ove sur Je vif du haut de la colonne a six parties, celle de l’astragale trois, et celle de l'orle une et demie : le front des cornes de l’aJiaque est de six parties, sa largeur diagonale est de quatre modules, dont on ôte quatre parties de chaque côté pour la gouttière de l’abaque, cl deux et demie pour le filet : la largeur de la fleur du milieu est de huit parties.

Entablement eomposite.

L’architrave a un module neuf parties , sur quoi l’on en donne huit à In première bande, deux au talon, dix à la seconde bande, un à l’astragale, trois à l’ove, deux au demi-creux, et une à la règle: la saillie a sept parties, dont on ôte deux pour le pied du demi-creux, et cinq pour la seconde bande.

l-a frise a aussi un module neuf parties, sur quoi l’on en donne une et demie au filet avec son chanfrein, et une au cordon ou astragale.

1-a corniche a deux modules en trente-six parties, dont on donne cinq à l’ove, une à la règle sous les denticules , huit à la bande des denticules, quatre au talon, une à la règle, une et demie à l’ove, cinq à la gouttière, une à l’astragale, deux au talon, une à la règle, cinq à la

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doucine, et une et demie à la règle; la saillie est égale à la liauteur, cVst-à-dire à deux modules, dont il faut ôter cinq parties pour celle de la règle, et huit pour la gouttière, et de celle-ci dix pour celle de la règle; la saillie de la bande des denticules a quatorze parties, celle de la règle sous les denticules huit, et celle du pied de love deux. Sous le soffite de la gouttière on entaille un canal, dont le contour doit suivre agréablement celui de l’ovc de dessous, et laisser une bande en dehors de la largeur de deux parties; le front des denticules est de six parties, et leur intervalle de trois; dans le fond des intervalles on laisse une i-ègle sous le talon, creusée à la moitié et soutenue de deux petits rond.s.

On fait aussi des cannelures aux colonnes corinthiennes et composites, de la façon que nous avons dit qu’on le pratiquait à l'ionique, c’est-à-dire qu’elles doivent être au nombre de vingt-quatre, et tracées de mèipe; on taille quelquefois dans ces cannelures pour rendre leurs côtes moins fragiles et moins sujettes à être brisées, certains ornements qu’on nomme nidentures , qui ont la figure de cordes ou de bâtons. Par exemple, quand on fait des colonnes ou des pilastres cannelés sans piédestaux, et posés à crû sur le rez-de-chaussée, ou du moins si peu élevés qu’on les peut toucher de la main, il faut rudenter leurs cannelures ju.squ’au tiers de leur hauteur, c’est-à-dire qu’il faut les remplir en partie jusqu’à cette hauteur de ces rudentures, aGn d'en fortifier les côtes, qui autrement seraient bientôt ruinées.

Ces rudentures , qui furent d'abord imaginées pour l’utilité , ont donné ensuite occasion d’en faire des ornements pour enrichir les cannelures. .Ainsi, au lieu de ces rudentures fortes et simples, on en fait quelquefois de très-légère.s : on les travaille en figure de rubans tortillés, de feuillages, de chapelets, de fleurons et autres ornements délicats et fort riches. Mais ces sortes de rudentures ne doivent être pratiquées que dans des colonnes ou des pilastres de marbre, et qui sont hors la portée des main.s du public.

Il faut que le nombre des cannelures soit moindre lorsqu’on y taille de ces ornements, pour les dégager davantage; en sorte qu’au lieu de vingt-quatre qui sont ordinairement au corinthien , il n’y en ait que vingt, et même que chaque côte n’ait environ que le quart de la largeur de la cannelure. On dispose ces ornements de différentes manières, ou

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en les faisant sortir du roseau de la longueur du tiers du fût, comme aux colonnes ioniques des Tuileries, ce (|ui est la meilleure manière, ou en les espaçant sans roseaux, comme lorsqu'il ii’y a dans chaque cannelure qu’une branche au bas, une autre au tiers ou à la moitié, et une troisième au haut, ou enfin par petits bouquets mêlés alternativement dans les cannelures.

Remarques sur les cinq ordres en général, suivies de H explication de quelques fragments des plus beaux édifices antiques de Rome.

Si l’on veut en croire M. de Chambray, l’ordre Toscan ne doit être employé qu’aux maisons de campagne, c'est-à-dire aux lieux rustiques et champêtres. Il est vrai que de la manière dont Vitruve, Palladio, et quelques autres, l’ont traité, il n’a rien de recommandable; mais il faut convenir que suivant la composition de Vigriole, il a dans sa simplicité des beautés qui le rendent très-estimable.

L’ordre Dorique peut passer pour le premier que les Grecs ont inventé ; sa composition est grande et noble. Ia-s triglyphes qui font l'ornement de la frise ont quelque chose de gracieux et de fier. Dans les plus anciens monuments qu'on a faits de cet ordre, les colonnes y étaient sans base, et l’on est assez embarassé d'en donner une raison satisfaisante. Vitruve veut qu’étant composées à l'imitation d'un homme nu, fort et nerveux, tel que serait un Hercule, elles ne doivent point avoir de base, voulant qu’une base soit à la colonne ce qu’une chaussure est à l’homme. Mais j’avoue que je ne puis considérer une colonne sans base, en la comparant à un homme, qu’en même temps je n’aie l’idée d'un homme sans pieds plutôt que sans chaussure: aitisi j’aime mieux croire que les premiers architectes ne s’étaient pas encore avisés de donner des bases à leurs colonnes, lorsqu’ils imaginèrent cet ordre.

\ itruve prétend que les colonnes de l’ordre Ionique ont été composées sur le modèle d’une jeune fille coiffée en cheveux, et d'une taille gracieuse. Les Komaiiis les employaient particulièrement aux temples et aux endroits où l'on rendait la justice. A l’égard de la base que Vignole leur donne, elle parait de mauvais goût, le gios tore qui la termine faisant un vilain eifet sur les astragales et les cavets qui sont au-dessous: les anciens y mettaient ordinairement une base attique.

Pi.. \I.

Fie.

semblable à celle qui est représentée par la ligure 7 de la planche LX.

Comme on peut s'en servir incliiféreinment dans les trois derniers

ordres, et qu'elle est plus belle que toutes celles de Vignole, je vais en

donner les proportions, afin que dans l'occasion on puisse en faire

usage.

La hauteur de cette base est d'un module comme à l'ordinaire, ses moulures sont la plinthe qui a six parties, le tore inférieur quatre et demie , l'orle inferieur une demie, la scotie trois parties , l'orle supérieur une demie, et le tore supérieur trois et demie; toute la saillie est de sept parties, dont on en donne deux tiers pour celle du tore supérieur, quatre et demie pour celle de l'orle qui est au-dessous, et six pour le creux de la scotie.

La figure 6 représente encore une autre base de fort bon goût, qui est un peu plus ornée que l'autre, mais cependant sans confusion ; elle est composée de la plinthe qui a six parties, du tore inférieur qui en a troiset demie, d'un astragale qui en a une, d'un filet qui n’en a qu’une demie, d’une .scotie qui en a deux et demie, au-dessous de laquelle est un filet de demi-partie, un astragale d'une partie; le tout terminé [wr un tore qui en a trois. Les saillies sont les mêmes que les précédentes.

L'ordre Corinthien est le plus noble, le plus riche et le plus délicat de tous ceux qui ont été imaginés par les anciens et les modernes ( car les modernes otit aussi voulu inventer un ordre, mais avec peu de succès ). Les proportions que lui donne Vignole me paraissent fort Ijelles.' ou lui l'eproche seulement d’avoir mis dans la corniche de l'entablement des dcnticules avec des modifions, parce que, dit-on, cela est contraire à la règle prescrite par Vitruve, qui Jes condamne, et qui ne veut de dcnticules qu’aux ordres Dorique et Ionique. Cependant il semble que les meilleurs architectes de notre temps ne .se sont pas arrêtés au sentiment de Vitruve, puisqu’ils en ont mis dans tous les autres ordres excepté au Toscan, et je ne vois pas qu’on puisse leur en faire un crime puisqu’elles produisent un fort bel effet ; mais il y a des gens qui ont un respect superstitieux pour tout ce qui vient des Anciens, et dont la prévention est si grande, que les meilleures raisons ne sont pas capables de les désabuser.

Vitruve rapporte un trait assez singulier au sujet de l'invention de cet ordre. 11 dit qu’une jeune fille de Corinthe étant morte, sa nourrice

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