‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 142 sur 207 · LIVRE V. DE I-A DÉCORATION. 4G · texte numérisé non relu

LIVRE V. DE I-A DÉCORATION. 4G

mit sur son tombeau un panier dans lequel étaient quelques petits vases qu'elle avait aimés pendant sa vie, et pour empêcher que la pluie ne les KÙtât, elle mit une tuile sur le panier, qui par hasard avait été pose sur une racine d'acanthe. Il arriva qu’au printemps les feuilles venant à pousser au tour du panier, se recourbèrent sous les coins de la tuile, où elles formèrent une matière de volute, et que le sculpteur Callimachus s'étant aperçu de l'effet singulier et gracieux que produisaient ces feuilles ainsi disposées, profita de l'idée que lui fournit la nature pour en composer le chapiteau qu'on a depuis nommé corinthien- •le n'ai rien à dire do particulier sur l'ordre Coin|K>site, en ayant assez fait mention dans les chapitres précédents. J'ajouterai seulement qu’on n'approuve point que Vignole ait donné la même proportion à la colonne de cet ordre qu’à celle du Corinthien, puisque naturellemetit il devait avoir égard à la différence de leurs chapiteaux. On lui reproche aussi d’avoir fait les entablements de ces deux derniers ordres trop lourds, et d'y avoir employé des denticulcs plus grossières que dans le Dorique, puisqu'il semble qu’il aurait dù faire tout le contraire.

Si les ordres d’architecture avaient eu des beautés positives et t(ién connues ( comme l'a voulu insinuer M. Perrault dans la préface de son livre de \ Ordonnance des cinq espèces de colonnes selon la méthode des anciens), \e» architectes auraient été obliges de convenir entre eux de leurs règles : mais ces beautés n’étant qu’arbitraires, puisqu’elles ne sont fondées sur aucune démonstration constante, ceux qui en ont traité nous ont donné des principes bien opposés suivant leur goût et leur génie. Cependant , quoiqu’un même ordre jtuisse avoir des beautés et des proportions différentes, on convient qu'il est constant qu'entre ces diverses beautés et proportions il y en a qui plaisent davantage et qui sont plus universellement approuvées, et c’est ce que l’on peut dire des ordres de Palladio et de Vignole. Et pour qu’on en puisse faire le [«rallèle, il est bon qu'on soit prévenu que les cinq ordres qui sont sur les planches XXXVll , XXXVIII et XXXIX , sont ceux de Palladio, que je ne m’arrêterai point à détailler , pour ne pas grossir ce livre mal à propos. 11 suffira seulement qu’en considérant avec attention les dessins de cet auteur, on se mette en état de juger, en voyant un édifice, s’il est décoré selon lui ou Vignole : il est bien aisé de ne pas prendre

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le change, la composition de ce dernier étant beaucoup plus grande et

plus majestuese.

Pour faire voir que e’est avec justice que j’ai donné , dans le eominencernent de ce citi(|uicrae livre, tant d’éloges à l’architecture ancienne, je vais expliquer quelques fragments des plus beaux édifices de Rome, que j’ai tiré tlu Parallèle de [architecture antique avec la moderne de M. de Cliambray , t|ui peut passer, sans contredit, pour un des grands hommes de son temps, et le plus habile architecte que nous ayons eu en France. L’honneur qu’il fait à la nation mérite bien que je m’arrête un moment pour rapporter quelques traits de son hitoire ; les habiles gens m’en saurontgré, et je m’acquitterai en partie de la reconnaissance que je dois à sa mémoire, pour les lumières que j’ai tirées de la lecture de ses ouvrages.

Rolland- Fréart de Cliambray, eousin-germain de M. Desnoyer, secrétaire d'état de la guerie et surintendant des h<àtiments sous Louis XIII, fut envoyé à Rome par ordre de Sa Majesté en pour négocier des

affaires importante.s avec Sa Sainteté. Ce fut dans ce voyage qu'aidé de M. de Chantcloup , son frère, et de M Poussin, le Raphaël de son .siècle, il recueillit ce que l’Italie pouvait offrir de plus rare et de plus curieux. De retour en France , on le députa une seconde fois pour faire bénir deux couronnes de diamants que Leurs Majestés olTraient à Notre-Dame de Lorette, en action de grâces de fa naissance du Dauphin, c'est-à-dire de Louis-le-Crnnd : et comme le roi avait été fort satisfait des savantes recherches de son premier voyage, il lui ordonna d’en faire de nouvelles, et de ne rien négliger pour tout ce qui pouvait contribuer à la perfection de l’architecture et à la beauté du Louvre, que l’on bâtissait alors. C’est à ces deux voy'ages que nous devons en partie son excellent livre du Parallèle.

Louis XIV voulant faire continuer le bâtiment du Louvre, engagea, par son ambassadeur à Rome, le cavalier Bernin, architecte fameux, à venir en France. Il n’y fut pas plus tôt arrivé que M. de Cliambray eut ordre de travailler de concert avec lui. Mais l'Italien ne fut pas longtemps sans connaître combien les connaissances de AI. de Cliambray étaient supérieures aux siennes ; et ce qui est également à la louange de tous deux, c’est que le cavalier Bernin dit au roi que Sa Majesté aurait pu se dispenser de le faire venir de si loin, puisqu’il avait trouvé dans

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