‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 144 sur 207 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

eu connaître toute la beauté , il suflirait du jugement de ces deux grands maîtres pour en sentir le prix.

léordre entier, depuis le rei-de-chaus.sée jusqu’à la corniche, a pour hauteur onze diamètres ou vingt-deux modules , la colonne avec sa base et son chapiteau en a dix-huit, et l'ttntablement, c’est-à-dire l’architrave , la frise et la corniche, en a quatre, ce qui est un peu moins du quart de la colonne. Si l’on veut juger de la proportion des autres parties, on n’aura qu’à considérer les chitïres qui sont cotés à l'endroit de chaque membre : sur quoi il esta propos que j’avertisse que M. de Chambray divi.se le module en trente parties égales qu’il nomme minutes.

La PI. XLV comprend un prolil corinthien si riche et si superbe , qu’il ne parait pas qu’on puisse rien faire de plus magnifique que ce qu’on voit dans cet exemple, qu’on ne peut imiter à propos, dit M. de Chambray , qu’avec beaucoup de prudence et de circonspection. Car l’abondance des ornements est sujette à embrouiller, s’ils ne sont employés avec économie : autrement ils font naître une confusion qui blesse l’œil des connaisseurs , et c’est en effet ce que j’ai remarqué à Paris à quelque portail d’église , que l’on a gâté en le chargeant d'ornements superflus. Je crois qu’on sentira bien que je ne veux point parler de celui de .Saint-Gervais, qui peut passer pour le morceau d’architecture le plus accompli que nous ayons en France.

Pour expliquer les proportions générales du profil dont il est question présentement, on saura que la colonne avec sa base et son chapiteau a vingt modules, que l'entablement a deux neuvièmes de hauteur de la colonne, sur quoi l’architrave et la frise ont chacun un module et un tiers, c’est-à-dire quarante minutes j et la corniche deux modules moins huit minutes, c’est-à-dire cinquante-deux minutes.

Quant à la base de la colonne , elle me parait de fort bon goût, étant composée de plusieurs moulures qui font ensemble un tout qui réussit fort bien.

La planche XL’VI comprend encore un autre profil corinthien qu’on a composé sur l’idée que plusieurs historiens célèbres donnent de quelques parties du temple de Salomon : et comme il me siérait mal d’entrer dans aucune dissertation critique sur un sujet si équivoque, je prends le parti de rapporter à la lettre ce qu'en dit M. de Chambray, et je laisse au lecteur éclairé d’en porter le jugement qu’il jugera à propos

Diqitized by Goc 1

MVKE V. DE LA DhXOUATION. 469

« Voici, dit-ii,un ordre particulier , mais d’une excellente composition ; et quoique je n’ose pas assurer que ce profil soit précisément le même que celui du temple de Salomon ( qui est le modèle que je me suis proposé), néanmoins , autant qu’on peut approcher de cette divine idée pur la description qui en parait dans la Bible, et en quelques historiens célèbres que Vilalpamlus rapporte en son grand ouvrage, où les ornements et toutes les principales proportions de chaque membre sont exactement s|K*ciiiés , je crois qu’il lui est assez conforme. La composition en est toute corinthienne, quoique les feuillages du chapiteau et S6s caulicoles soit des palmes, et que la frise de l'entablement ait emprunté l’ornement dorique qui' sont des triglyphes, dont la solidité n’a pas beaucoup de conformité avec la délicatesse corinthienne.

Mais quelque nom qu’on veuille donner à cet ordre, néanmoins Josèphe dit que c’était le Corinthien. Il est assuré qu’il n’y en a jamais eu de plus parfait ; et bien que le Corinthien soit un ordre tendre et virginal, lequel ne demande pas cette fermeté et virilité dorique qui nous est symbolisé par les triglyphes, on peut toutefois en certaines occasions l’y introduire avec tant d’adresse et de raison, qu’elle sera non-seulement excusable , mais très-judicieuse. »

L'ordre composite étant celui qui souffre le plus de difficultés dans l’exécution , à cause de l’iticertitude des proportions que lui ont données Pli.vchk les anciens, je crois qu’on sera bien aise d’en voir un exemple sur la " pl. XLVII, qui représente un profd tiré de l’arc de Titus à Rome.

Comme cet arc de triomphe fut élevé à la gloire de Titus au retour de la conquête de Jéru.salem , M. de Chambray croit que l’architecte qui le construisit y avait suivi cet empereur, où, selon toute apparence, il étudia les beautés du temple , ayant introduit dans les ornements de la frise ses principales dépouilles , comme le chandelier à sept branches qui était dans le sanctuaire, la table d’or qui servait a mettre les pains de proposition, et plusieurs autre.s choses touchant les sacrifices, qui se voient encore aujourd'hui. Il ajoute que cet arc est le premier et le plus achevé qui ait été élevé à la gloire des héros.

Page 1