LIVRE V. DE LA DÉCOR ATION
donne la moitié d’un côté, et la moitié de l'autre; c’est-à-dire que, si dans un pilastre entier on en mettait sept, il en faudrait quatre à chaque demi-pilastre.
Les proportions des bases , des chapiteaux et de l’entablement pour les pilastres sont les mêmes que celles des colonnes de l’ordre selon lequel on veut faire la décoration. .Ainsi je pense qu’il n’est aucune règle particulière à donner, qui soit différente de celles que nous avons enseignées pour la composition des ordres en général.
Quand les pilastres sont engagés dans le mur, il faut prendre garde qu’ils saillent asseï en dehors pour recevoir les corniches des portes, des fenêtres, et des autres ouvertures qui seront entre deux, les saillies des corniches faisant un bon effet, lorsqu’étant continuées, elles viennent mourir justement dans les flancs des pilastres. C’est pourquoi Scamozzi veut que les pilastres ne sortent an plus hors du mur que d’un quart de largeur; car par ce moyen, dit-il, ils pourront recevoir dans leurs côtés toutes les saillies des ornements des portes et fenêtres qui ne doivent jamais excéder les pilastres ; quoiqu’il y ait des exemples antiques et modernes où l’on remarque que ces saillies s’avancent non-seulement au-delà des pilastres , mais même des colonnes quelles embrassent en passant , ce qui fait un très-mauvais effet. Mais s’il arrivait qu’on fût obligé de donner aux corniches des portes ou des fenêtres des saillies plus grandes que ne sont les flancs des pilastres, il vaudrait en ce cas beaucoup mieux couper ces corniches au 'droit des Ubleaux des portes ou fenêtres , et les continuer en plate-bande seulement couronnées de quelques cimaises ou autres moulures qui toutes ensemble eussent autant de saillie que le flanc du pilastre, que de les faire avancer avec toute leur portée.
Lorsque les pilastres engagés dans le mur n’ont pas trop de saillie , on peut faire régner les architraves sans interruption , et les laisser déborder en dehors du mur qui est entre les pilastres d’autant qu’ils ont de saillie; mais quand ils en ont par trop, il faut retirer les architraves en dedans ; et dans ce cas , ou l’on rompt les entablements en les faisant ressauter sur les pilastres, ou bien on se contente de donner ces ressauts à l’architrave seule , ou quelquefois même à l’architrave et à la frise , laissant passer le reste de l'entablement depuis un pilastre jusqu’à l’antre sans interruption. ^
Ou peut (aire le même raisonnement sur les pilastres qui se mettent aux encognures des murs ; car, s’ils fout face des deux côtes, il faut que les architraves et les autres parties des entablements courent dans les retours sur les murs des flancs, de la même manière qu’ils auront été mis sur celui de la façade , c’est-à-dire sans ressauts ou avec ressauts; si ce n'est qu’ayant donné aux pilastres beaucoup de saillie sur les hices de devant, qui aient obligé à faire des ressauts dans l’entablement, on ne la retranche sur les flancs, et par ce moyen on peut faire courir l'architrave et le reste de l'entablement sans interruption.
Si le pilastre angulaire se termine sur l’alignement du mur de côté sans y faire face et sans avoir aucune saillie au dehors de cette part, il faut en ce cas que l’entablement qui est sur le devant vienne mourir dans le retour du coin du flanc du pilastre, sans le faire passer sur le mur de côté; ou, si l’on veut que le flanc soit couvert de l’entablement, il faut que le coin du retour de l’architrave soit au dehors du vif du pilastre.
Quelquefois, quand le dernier pilastre'de la façade ne se trouve point sur le coin du retour et laisse une alète dans l’encognure, et qu’il y a un autre pilastre à pareille distance dans le mur du flanc, il faut faire tourner l'entablement de l'un à l'autre avec des ressauts sur le coin. S’il s’en rencontre dans la façade, ou bien s’il n'y en a point, on le fera passer droit sur les côtés sans ressauts , et s’il n'y avait point de pilastres sur le côté , il faudrait continuer l’entablement de devant avec des ressauts ou sans ressauts, suivant l’ordonnance de la façade jusque sur le coin du mur, d’où il doit retourner tout droit sur les flancs, en laissant seulement à l'architrave autant de saillie qu'il lui en faut pour la dégager du mur.
Toutes ces pratiques sont bonnes, et il y en a de beaux exemples dans les ouvrages les plus approuvés : mais, dans tout ceci , il faut remarquer que l'on suppose que les pilastres sont seuls, et n’accom[Wgnent point de colonnes(i).
(i) Toutes CCS règles sur l'agcnccnient des corniclies pouv.iicnt être utiles .sus archilectes du conimenccmcnt du siècle dernier ; mais aujourd'hui , où les bons esprits font consiter la première beauté d'une décoration dans la simplicité des lignes , ces préceptes ne trouveront plus d'application |TV'j. "