LIVRE V. DE LA DÉCORATION
Les frontons augmentent aussi beaucoup la beauté des façades, lors- (|u'ils sont mis à propos (i) : mais , pour qu’ils aient plus de grâce , il faut que le corps qui en est couronné fasse quelque saillie , afin de se distinguer et maîtriser les autres parties continuées de l'édifire.
Selon Scamoizi, pour avoir la plus belle proportion d’un fronton, il faut diviser la corniche AB qui lui sert de base en neuf parties égales, et en donner deux à la perpendiculaire LC , pour déterminer la hauteur qu’il doit avoir depuis l’entablement ju.squ’au sommet, cette proportion étant plus agréable à la vue que de lui donner pour hauteur la cinquième partie de la base , comme font quelques architectes , et plus commode pour faciliter l'écoulement des eaux. On peut aussi tracer un cercle dont la base AB servira de diamètre que l’on divisera en deux également par la perpendiculaire DF , et du point D comme centre , et de l’intervalle DA, on décrira l'arc ACB, lequel venant couper la perpendiculaire au point C, on n’aura qu’à tracer l’angle ACB, qui donnera celui qui doit former le fronton. L’on remarquera que cet angle est égal a celui des côtés d'un octogone , puisque le point D étant le centre de l’arc que l’on a décrit, les deux rayons DA et DB forment un angle droit.
Il se fait aussi des frontons en portion de cercle qui ont la même hauteur que les triangulaires, puisque l’arc AGHB, qui en détermine la figure , doit avoir pour centre le point D , dont nous nous sommes servis pour le précédent; on peut donc dire que les frontons ronds sont composés d’un segment de cercle qui comprend le quart de la circonférence (a).
Quand on a un rang de fenêtres sur un même alignement , et qu’on veut les couronner par des frontons, il faut, pour les varier, les faire alternativement ronds et triangulaires, en sorte qu’ils répondent avec
(i) Détldor ii’cxpliquc point ce qu'il entend par un fromon mis h propos. Un l'rontun n'est employé à propos , qu’autant qu'il est formé par la saillie de l'extrcinité d'un toit à deux pentes, et qu'il couronne ainsi le pignon d'un édifice , ou quand il met à l'abri une porte ou une fenêtre. Dans tout autre cas , il forme un ornement prétendu , aussi ridicule et désagréable qu'il est insignifiant (K).
(a) On ne fait plus actuellement de fronton en arc-de-cercle(A').
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symétrie à droite et à gauche du milieu de la façade , ainsi qu’on l'a pratiqué à la galerie du Ix)uvre et aux Tuileries ; cependant , quoique ce bâtiment soit des plus magnifiques , et qu’on puisse le citer pour exemple en bien des choses, je ne saurais m’empècherde dire qu’il est ridicule de voir qu’on ait affecté d’y mettre une si grande quantité de frontons ; les choses qui réussissent le mieux ont besoin d’être ménagées ; quand elles sont trop répétées , elles apportent plus de confusion que d'agrément.
Soit qu’on fasse les frontons triangulaires ou circulaires , la corniche qui couronne le tympan doit toujours être semblable à celle de l’entablement. Il faut seulement remarquer que la partie de la corniche qui sert de base au fronton doit être sans cimaise , parce que la cimaise du reste de la corniche , venant à rencontrer le fronton , passe par-dessus , comme on le peut voir dans les figures X et Y de la pl. XLVIII, dont il y en a une qui marque plus en grand que l'autre de quelle manière la corniche du fronton doit se rencontrer avec celle de l'entablement.
Quand il y a des modifions à la corniche de l'entablement , on en met aussi à celle du fronton , et ces derniers doivent se rencontrer à plomb avec ceux de l'entablement. Vitruve dit que les anciens n'approuvaient pas les modifions dans la corniche d’un fronton , parce que , selon eux , ces modifions n’ayant été imaginés que pour représenter des extrémités de chevrons, c’était mal à propos qu’on en voulait exprimer dans les pentes d’un fronton où il ne s’en pouvait rencontrer. Mais les modifions étant plutôt des ornements pour soulager la grande saillie du larmier , que pour représenter des chevrons ou autres pièces de charpente, on ne doit point avoir égard à ces prétendues raisons, d'autant plus que ces ornements font un très-bon efl'et , sur-tout quand on les emploie dans de grands frontons.
Il est à remarquer que le nu du fronton , c’est-à-dire son tympan , doit toujours répondre à plomb sur la frise de l'enlahlementqui est au-dessous. Cependant il est assez ordinaire d’y faire des ornements de sculpture qui indiquent le caractère de l'édifice : on y met quelquefois les armes du roi ou des trophées , quand il s’agit de quelque bâtiment militaire , comme on l’a pu voir sur plusieurs planches du quatrième livre.
Un fronton pointu peut couronner jusqu'à trois arcades ou trois
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