‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 156 sur 207 · UVRE V. DE LA DÉCORATION · texte numérisé non relu

UVRE V. DE LA DÉCORATION

Lorsque les colonnes sont entièrement isolées, et quelles portent . tout le poids de l'entidilement, la règle de Vitruve est que celles du second ordre soient toujours d’un quart moindres en grosseur que celles du premier, et celles du troisième d’un quart moindre que celles du second : parce que, dit-il, il est juste que ce qui porte soit plus fort que ce qui doit être porté, ce qui d’ailleurs imite les arbres, dont la grosseur diminue toujours à mesure que la lige s’éloigne de la racine.

Ce qui nous est resté des monuments aiil'iques ne s'éloigne guère de cette règle, dit M. Blondel : car les colonnes du second ordre du portique de la scène qui est au théâtre de Pôle en Dalmatie, sont les trois quarts de celles de dessous; celles du troisième ordre du Settizone de Sévère étaient aussi les trois quarts de celles du second, mais celles du second ordre étaient plus hautes à l’égard de celles du premier; car celles-ci ne surpassaient les colonnes du milieu que d’une sixième partie) c’est-à-dire que la hauteur des colonnes de dessous était à celles des colonnes du milieu, comme 6 est à 5.

Scamozzy blâme cette règle de Vitruve, disant qu’elle n’est fondée sur aucune raison. Il veut que les colonnes de dessus prennent la mesure de leur grosseur sur celles de dessous; c’est-à-dire que la grosseur du pied de la colonne supérieure doit être la mémo que celle du haut de la colonne inférieure, comme si les colonnes des différents ordres provenaient d’un grand arbre coupé par pièces, dont les morceaux, étant posés les uns sur les autres, suivraient leur diminution naturelle.

Serlio donne aussi pour règle générale aux ordonnances que l’on doit mettre l’une sur l’autre, que la supérieure soit toujours les trois quarts de celle sur laquelle elle pose immédiatement, excepté aux édifices qui ont un rustique nu pour première ordonnance : parce qu’il est à propos que celle qui est au-dessus lui soit égale , car autrement les ordonnances plus hautes paraîtraient trop petites , et le rustique serait trop élevé à proportion du reste. Les ordonnances de cet auteur sont toutes avec piédestal , ou toutes sans piédestal , afin que, les supérieures étant divisées en même proportion que les inférieures, les colonnes et les entablements de dessus se trouvent toujours les trois quarts de l’étage lie dessous.

Sans m’arrêter à rapporter les différentes règles que les architectes ont données pour la composition des ordonnances des colonnes qui

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doivent étie mises les unes sur les autres, nous nous en tiendrons ù celle de Scatnowy, qui me parait bien entendue. C'est pourquoi je dirai une fois pour toutes que, lors(|u'on voudra mettre deux ordres l’un sur l'autre, il faut, après avoir déterminé la diminution de la colonne de l’ordre inferieur, se servir du demi-diamètre du haut du fût pour le module qui doit régler l'ordonnance supérieure. Par exemple, voulant mettre le Corhithien sur l’ionique, ayant vu dans le troisième chapitre que la colonne ionique, selon Vignole^ devait diminuer par le haut de trois parties de chatjuecôté, en sorte que le diamitre du sommet du fût soit réduit à un module douze parties, il faut faire une ligne égale à la moitié de cette quantité, c'est-à-dire qui vaille quinze parties, et s'en servir pour le module qui doit régler l’ordre Corinthien, après toutefois qu’on l'aura divisé en dix-huit parties égales, afin de se conformer aux mesures dont Vignole se sert |)our cet ordre. De même, voulant mettre un troisième ordre sur les deux précédents, c’est-à-dirc le Composite sur le Corinthien , on verra que la colonne corinthienne devant diminuer do façon que le demi-diamètre, qui est de dix-huit parties par le bas, soit réduit à quinze par le haut , on se servira encore de ce demi-diamètre réduit pour le module qui doit régler la troisième ordonnance.

La règle précédente ne doit pourtant pas être regardée comme si générale cpi’ou ne pui-sse s’en écarter quelquefois : car il arrive assez souvent qu’on est obligé d’ussujétir la hauteur des colonnes à celle des étages, aussi bien qu’à la dilTérence de leurs ordres. Tantôt il faut avoir égard à la proportion que la hauteur d’une façade doit avoir avec sa largeur, tantôt à la hauteur de l’édifice même: car, à ceux qui sont fort élevés, le grand éloignement de la vue peut altérer considérablement les mesures ordinaires, et les rendre dilTérentcs de celles dont on se servirait daûs les distances moins éloignées; et c'est sans doute pour cette r.-vison, dit M. Blondel, que l’architecte du Colisée a donné plus de hauteur au pilastre du dernier ordre qu’aux colonnes corinthiennes du troisième, et à celles-ci plus de hauteur qu’aux colonnes ioniques du second ; car, après avoir disposé les deux premiers ordres de manière que les colonnes doriques du dessous fussent plus hautes que les ioniques dans le rapport de 3B à 35, qu’il a pris comme celui qui répondait assez juste à Jeur élévation, c’est-à-dire à la distance d’où elles

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