LIVRE V. DE LA DÉCOR AT 10,N
devaient être vues, il u fait celles du troisième orilre plus hautes que celles du second , dans la raison de 3^ à 35, et celles du dernier ordre encore plus hautes que celles du troisième, dans la raison de 38 à 3~, parce qu’il a cru que ces hauteurs, dans un si grand liloigiicment, seraient raisonnablement diminuées pour produire un bon effet aux yeux des spectateurs.
I^a dilliculté de bien déterminer l,es gro.sst'urs des colonnes que l’on met les unes sur les autres vient de la rigidité de cette règle d’architecture, qui ne souffre pas qu’il y ait aucune charge dans le bâtiment qui porte à faux. Et comme elle veut que la plinthe de la base d'une colonne réponde au vif du dé du piédestal sur lequel elle est assise , que l’architrave réponde au vif du haut de la colonne, et la frise à celui de l’architrave, aussi bien que le nu du tympan du frontispice, il faudrait, sur ce principe, que la plinthe de la base du second étage, au cas qu'elle se trouvât posée immédiatement sur la corniche du premier, répondît au vif du haut de la colonne de dc.ssous, et que les membres que l’on voudrait mettre entre deux, soit socle, soit piédestal, fu.ssent situés de même. Mais si l’on donne à toutes ces parties la saillie qui leur convient suivant la nature de leur ordre , jl arrive , ou que le vif de la colonne de dessous se trouve le plus souvent reculé en arrière et en retraite hors de l’aplomb de celui de la colonne lie dessous , ou que son diamètre est tellement iliminué, que la colonne devient hors de mesure ; ce qui présente bien des dillicultés qu’il n’est [VIS aisé de surmonter.
L’architecte du Colisée , dit M. Blondel , ne s est pas soucié que les colonnes supérieures fussent à plomb sur celles de dessous; au contraire, il les a reculées de beaucoup en arrière, les posant .sur les retraites du corps du mur, et par ce moyen il a eu toute la facilité pour que rien ne portât à faux.
I Nous avons un exemple de cette pratique, dit-il encore, au portail de l’église Saint-Louis des PP. Jésuites de la rue Saint-.\ntoine à Paris, où les colonnes des ordres supérieurs se retirent par degré en dedans; ce qui ne paraît point de front, mais .seulement lorsqu’on les regarde de profd ; et cela , suivant le sentiment de quelques modernes , fait un ' méchant effet à la vue.
« Ces mêmes architectes, pour éviter ces embarras, sont davis que
fia.
LA SCIENCE DES INGÉNIEUIIS, l’on ne mette jamais de piédestaux dans les ordonnances supérieures, mais seulement des socles sous les hases des colonnes. Ce qui est contraire à la doctrine de Vitruve, qui met des piédestaux dans toutes les ordonnances de la scène de son théâtre et partout ailleurs, et à la pratique des anciens, dont il y a peu d'exemples de colonnes posées l'une sur l'autre .sans piédestal. Les architectes modernes s’en servent presque toujours pour marquer la hauteur des appuis des arcs ou des fenêtres qui sont dans les entre-colonnes des ordres supérieurs. »
N’ayant rien trouvé d’assez précis dans les auteurs pour savoir quel ])arti prendre dans le choix de tout ce qui a été dit et exécuté au sujet de la composition des ordres, je suis obligé de convenir que cette partie de la décoration est très-difficile , et demande bien des connaissances qui ne peuvent guère être développées dans un traité aussi abrégé que celui-ci. C’est pourquoi tout ce que je puis faire de mieux est d’insinuer quelques observations générales, laissant à ceux qui voudront s’appliquer particulièrement à l’architecture, de s'instruire plus à fond )>ar la lecture des bons auteurs, et l’examen des édifices les plus approuvés; ce qui est à la vérité un travail plus grand qu'on ne pense, .si j'en juge par ce que m'a coûté le peu que j’ai acquis dans ce genre d’étude.
Il ne parait |ws qu’on doive mettre plus de trois ordres de colonnes l’un sur l’autre : car, outre qu’un quatrième se trouverait avoir ses colonnes trop écartées pour leur hauteur, il serait à craindre que quatre étages de colonnes ne fussent point assez solides : cependant l'on pourrait faire le premier étage selon un ordre rustique, pour servir comme de soubassement au premier des trois autres.
Quand on met plusieurs ordres de pilastres les uns sur les autres, on rencontre moins de difhcultc pour régler la composition des ordonnances, que lorsqu’il s’agit des colonnes, puisque alors il suflit d’avoir égard à la différence des étages, sans que les saillies contraignent à aucune, sujétion gênante.
Les pilastres étant de même largeur en haut qu'en bas, il semble d’abord que la régularité voudrait que ceux qui sont les uns sur les autres fussent aussi de même largeur ; mais deux raisons obligent à faire le contraire : la première est que les ordres devant augmenter en délicatesse , les pilastres doivent aussi augmetiter en hauteur par rap-