‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 160 sur 207 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

De la distribution et de la décoration des édifices en général.

J’ente ivDS par la distribution l’usage qu'on doit faire d’un terrain dans lequel on peut élever un bâtiment. Cette partie de l’architecture peut être regardée comme la principale et la plus essentielle, toutes les autres lui étant subordonnées. En effet, quand on mettrait colonnes sür colonnes, que les profils seraient plus réguliers et plus délicats que ceux des plus beaux édifices antiques, et qu’on emploierait les plus habiles sculpteurs à la décoration , quel succès peut-on en attendre, si le terrain est mal distribue , que les principales parties n’aient pas la grandeur, la noblesse et les dégagements qui leur conviennent, ou si l’on manquait dans quelque point essentiel qui répugnât à la qualité du bâtiment dont il s’agit (i).’

Il est vrai que cette partie a bien plus d’étendue aujourd’hui qu'elle n’en avait autrefois. Les Français ont poussé la distribution à un point

(1) Ces réflexions sont de U plus grande sagesse. Les maximes que donne ici Ilélidor ont été consacrées et développées par M. Durand dans des leçons dont le souvenir sera

qui les met en cela fort au-dessus des autres nations. Nous avons en France et en Italie des palais faits dans les siècles précédents, dont l’extérieur est décoré d'une assez belle architecture, tandis que la distribution des dedans n’a rien qui y réponde. Ou n’y trouve aucune commodité, il semble qu’on ait affecté d'en éloigner le grand jour, et d’y faire régner un crépuscule perpétuel; les cheminées occupent le plus grand espace des appartements, les portes sont petites et donnent une faible idée des lieux où elles conduisent. Mais , quoique depuis un siècle un ait inventé un nouvel art de la distribution, il ne faut pas croire que tout ce qu’on bâtit aujourd'hui soit exempt de défauts. Par exemple, on fait dans des palais considérables des vestibules, des escaliers, des salons , des antichambres, des chambres de parade , des cabinets et plusieurs autres pièces de cette nature d'une grandeur au-dessus de l’ordinaire et proportionnée à celle de l'édifice , cela est en place , et il est permis de sortir des proportions communes dans ces occasions : mais il est ridicule, comme cela est arrivé à plusieurs architectes, de faire de

toujours prt^ieux aux élèves de l’École Polytechnique, et dans des ouvrages où b justesse des vues est réunie au goût le plus exquis et le plus pur.

Les détails que conüeuiient les chapitres précédents de ce cinquième livre, et sur lesquels Bélidor s est peut-être trop appesanti, sont utiles; mais rarcliitecte ne doit leur accorder qu’une importance accessoire. Ils sont pour lui ce qu'est pour un écrivain b connaissance des légles du langage. On ne peut écrire sans savoir sa langue ; mais , avec cette connaissance , on peut faire de très - mauvais ouvrages. On ne peut être architecte sans connaître les règles que l’usage a consacrées pour la disposition des ordres, et des autres détails des édifices; mais les édifices les plus ridicules ont été faits par des arti.sies qui avaient consacré leur vie à cette étude.

.M. Durand a su le premier fonder les principes d’architecture sur des hases solides. Il n’en reconnaît d’autre que la con^nanct y c’est-à-dire qu’un parfait rapport établi entre 1a disj>osttion d'un édihre et l'usage auquel il est destiné; en sorte que projeter un édifice, c’est n'soudre un problème dont les données se trouvent dans les conditions lie tolidiiry d'éroAomss et ^'utilité , auquel il est assujéti. M. Durand démontre, par des considérations et des exemples qui ne laissent heu à aucune objection, que, loin que ce principe soit contraire à b décoration , ce n’est qu'en se laissant guider par lui qu’on est assuré de donner toujours à chaque édifice le caractère et le genre de beauté qu’il comporte. Voyez les Leçons d'architecture données à l'Ëoole Polytechnique

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