LIVRE V. DE LA DÉCORATION
sMnbUbiet pièces dans une place d'une médiocre étendue , au lieu d'avoir ménagé le terrain pour un meilleur usage.
Il ne suffit pas d’employer assez bien l'espace que l'on veut occuper, et de trouver à-peu-près toutes les commodités nécessaires , il faut encore, en faisant la distribution, avoir égard à la décoration des dehors, soit par des avant-corps ou pavillons proportionnés à la masse de l'édifice; soit en plaçant les portes et croisées de manière qu’elles fassent une parfaite symétrie ; ou en distrihuant les trumeaux , en sorte qu’ils soient susceptibles des ornements qu’on voudra y mettre : en un mot , s'il ti'y a un accord dans toutes les parties , il ne faut pas croire qu'on ait l’approbation des personnes de bon goût. On peut dire au contraire qu’en mariant les dehors avec les compositions des dedans, on fait naître un plaisir secret dans l’ame des spectateurs , qui , sans pouvoir rendre raison de la satisfaction qu’ils ressentent , ne savent à quoi l’attribuer, quoiqu’ils ne voient dans ce qu’ils admirent que des croisées, des pilastres, des masques, des consoles, et -d’autres pareils ornements, qu'ils ont remarqués cent fois ailleurs sans sentir la même émotion.
Je ne saurais m’empêcher de dire qu’il est très-difficile , pour ne pas dire impossible , d'atteindre à ce rapport parfait des parties intérieures d’un bâtiment avec celles du dehors, lorsqu’un architecte n’est pas maître absolu de son sujet, et qu’on dérange ses idées le plus souvent pour des bagatelles; car, s’il mollit, et qu’il ait à faire à des personnes entêtées et prévenues d’une prétendue capacité, il ne peut qu’être blâmé dans la suite, puisqu’on le rendra responsable des fautes qu’on lui aura fait faire. I.es demi-savants sont dangereux dans toute sorte de genre ; mais ils sont insupportables en fait de bathnents , et le fâcheux est que tout le monde veut être architecte.
Comme ce n’est point ici le lieu d’enseigner à faire une distribution , et qu'on ne le pourrait même qu’en donnant les plans des plus beaux hôtels de Paris avec les remarques nécessaires, je me contenterai de dire qu’on ne saurait parvenir à faire un plan achevé , si en composant celui du rez-de-chaussée on n’a égard aux étages supérieurs , à commencer depuis les souterrains jusqu’au comble. Sans ces précautions, on s’expose à des inconvénients très-fâcheux , et qui deviennent quelquefois irréparables. Ce qui rend une distribution parfaite, c’est l’arrangement naturel de toutes les pièces de l’édifice , dans lesquelles il faut
5oo LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,
conserver la noblesse , la grandeur et la proportion qui leur est convenable.
Si nous avons surpassé les anciens dans la distribution , parce qu’ils pouvaient avoir moins de délicatesse, ou que nous jugeons mal de leur magnificence, on peut dire avec justice que nous ne sommes que leurs copistes pour la décoration , et que la plus belle architecture de nos jours n’a de pris qu’autant qu’elle ést conforme à la leur. Mais il est plus difficile qu’on ne pense de la bien imiter, puisque, quelque habile que l’on soit , on ne |>eut jamais s’assurer du succès , ne travaillant pour ainsi dire que par conjecture, n’ayant point de principes démontrés sur lesquels on puisse se déterminer. Si l'on peut se fonder sur quelques règles certaines, ce ne peut être que sur celles de la perspective, qui pourra faire connaître les vraies proportions qu’on doit suivre. On doit donc s’appliquer avec tout le soin possible à l’étude d’une science si nécessaire, et dont l’union est si étroite avec l’architecture, qu'il est presque impossible d'atteindre à la perfection de celle-ci , sans avoir une connaissance très-distincte de l’autre : .car il se trouve dans la décoration des grands édifices tant de parties différentes dont les unes sont plus enfoncées que les autres , qu’il faut convenir qu’on ne saurait guère juger de leurs effets par une simple élévation géométrale.
Les saillies les plus utiles et les plus belles pour décorer les bâtiments sont les corniches , parce qu’elles les couronnent avec grâce , et conservent le parement contre les injures de l'air. La hauteur et la saillie des entablements dépendent de l'élévation des édifices , et de la distance d'où ils doivent être vus ; les moindres corniches sont en chanfrein, et n’ont qu’une moulure couronnée, comme un gros talon , un quart-de-rond, ou une doucine avec quelques filets ou astragales: elles ne s’emploient qu’aux bâtiments rustiques qu’on ne veut point décorer. Mais, quand on veut les faire plus riches, on peut employer â propos celles de l'entablement d'un des cinq ordres, selon qu’on juge qu’elles pourront convenir à l’édifice, ce qui ne se fait guère que lorsqu'on emploie tout l'entablement du même ordre, puisqti'à le bien prendre il vaut mieux composer la corniche exprès, afin d’avoir égard aux circonstances les plus essentielles , soit par rapport aux différents effets que peuvent causer les moulures, ou à la nature de la pierre, qui ne se rencontre pas toujours propre pour exprimer des parties délicates. La