LIVRE V. DE LA DÉCORATION
Pour les ornements des portes des appartements, il faut en diviser la hauteur en quinze parties, dont on en donnera cinq à l’architrave ou linteau, quatre à la frise, et six à la corniche: le chambranle ne doit jamais avoir plus de deux faces avec ses moulures. On peut aussi mettre des consoles avec de la sculpture pour porter les corniches ; ces con.soles portent sur de petits montants, au côté des chambranles.
Je ne m’étends pas beaucoup sur la décoration intérieure des édiiiees, parce qu’il est bien difKeile d’y appliquer des règles auxquelles le caprice veuille SC soumettre. Car, sur ce sujet, les architectes ont tous les jours des idées nouvelles, et il s’en trouve qui ont fait des choses dignes d'admiration : il faut avouer qu’il y en a aussi un grand nombre d’autres qui en ont imaginé qui ne sont point supportables; et pour faire voir que je n’en parle qu’apres les plus habiles gens, voici ce que dit M. Courtonne, architecte du roi, à la tin de son Traité de perspective.
« Pour dire à présent (|uelque chose des parties intérieures des palais et des hôtels les plus considérables, on a fuit de si grands changements à leurs décorations depuis une trentaine d’années, qu’on ne s’y reconnaît plus aujourd'hui; et l’on aurait le dernier méiu'is |)our un architecte qui n’ajouterait pas quelque nouveauté singulière à toutes celles qu’on a introduites depuis ce même temps contre l’usage, et peut-être même contre la raison et le bon sens : je sais bien qu’on s’y est tellement accoutumé, qu'il serait dangereux d’aller contre le torrent et de se roidir contre des modes que trente années de prescription semblent avoir assez autorisées; aussi mon intention n'est pas de les censurer: mais on me permettra de dire en passant, que l’inconstance de notre nation avait assez de matière à s’exercer sur les choses de peu de durée, comme sont toutes celles qui ont du mouvement; les meubles, les carrosses, les habillements sont de cette nature, au nombre desquels on ne doit pas mettre les édifices et tout ce qui en fait partie, dont la durée doit aller jusqu’à nos derniers neveux.
« Il est vrai que des ornements de sculpture bien traités relèvent inliniment les beautés de l’architecture, et surtout dans les parties intérieures des bâtiments dont il s’agit en cct endroit; mais comme ils ne sont, à proprement parler, qu’accessoires, et qu’on doit toujours regarder la proposition de tous les membres d’arehitecture comme le prin-
'u.6 LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,
dpal objet, il ne laut s'en servir qu'avec beaucoup de ménagement si l’on veut que l'oeil soit satisfait et qu'il en goûte pleinement toutes les beautés : mais lorsqu'on jette des ornements sur toutes les parties sans choix et sans néeessité, il n'y a plus que de la confusion, l'oeil ne sait plus où se reposer, l'architecture est cachée sous ces voiles , et riCn ne nous frappe, parce que rien ne nous émeut assez pour le sentir.
« Comme ces réflexions nous mèneraient trop loin s’il fallait citer des exemples qui déplairaient sans doute aux personnes intéressées, je me contenterai lie dire que ce n’est pas encore assez de retrancher la confusion des ornements de sculpture, si l’on n’en sait pas faire le choix, qui dépend ordinairement de la qualité, des emplois, et même des inclinations particulières des seigneurs qui font bâtir. Ün pourra donc choisir parmi tous les différents trophées ou attributs de guerre, de marine, de cha.sse , de musique , de science , et tant d'autres que je i)ourrai.s nommer, ceux qui conviendront le mieux au sujet que l’on aura à traiter, et c’est à quoi l’on doit s’étudier le plus, quand on veut avoir l’approbation des connaisseurs.
O .Mais comme ces dedans sont aujourd’hui d’une très-grande impor- , tance par la grande dépense que la mode a rendue comme nécessaire, il faut que l'architecte épuise tous les secrets de son art à la distribution et l'arrangement de toutes leurs parties, qui consistent dans une belle proportion , dans un choix délicat des plus beaux profils , et dans une grande variété.
« J'entends par la proportion la hauteur qu’il faut donner aux corniches sous les plafonds, la distribution des pilastres, panneaux, cadres et autres parties des lambris de menuiserie dont farrangement dcpenil de la grandeur des pièces, de leur hauteur, et des sujétions causées par les portes, croisées ou cheminées.
O Les profils qui se font dans ces pièces sont bien différents de ceux que l’on fait au dehors; ils doivent être fort délicats , avoir peu de saillie, aussi bien que les ornements de sculpture qui s’y font, et 1 architecte doit en faire lui-même les profils, et ne s’en rapporter jamais aux ouvriers.
« A l’égard de la variété, elle doit régner dans toutes les pièces d un appartement; c’est-à-dire que les dessins en doivent être diflércnls aussi bien que les profils et les ornements, avec cette remarque que les pre-