‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 42 sur 207 · LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. aoi · texte numérisé non relu

LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. aoi

On se sert encore , au lieu de sable , de certaine poudre artificielle d’un très-bon usage pour les bitiracnts. On lait piler des fragments de pots et autres vases de grès et des morceaux de mache-fer provenant du charbon de terre brûlé, dans les forges, lesquels étant réduits en poudre, on y mêle une pareille quantité de ciment de pierre de meule <lc moulin et du chaux , dont on compose un mortier excellent, qui résiste parfaitement à l’eau si les ouvrages où on l’emploie en sont baignés, comme sont les écluses, ponts, citernes , réservoirs, etc. On lait aussi un amas de cailloux qui se trouvent dans les campagnes, ou de galets qu’on prend sur le bord des fleuves , qu’on met au fourneau; et, après les avoir fait rougir , on les retire, puis on les fait piler et réduire en poudre , ce qui en fait une d’un au.ssi bon usage fjuc la terrasse de Hollande.

Il nous reste encore à parler du plâtre, qui est une matière qui demanderait elle seule une grande dissertation , si l’on voulait entrer dans les causes physiques de ses propriétés. Mais je me trouve malgré moi dans la nécessité de passer sous silence bien des remarques curieuses qui grossiraient cet ouvrage assw inutilement. J'ai tant de sujets diHerents à traiter , que j’appréhende , en voulant m’arrêter sur certains objets abondants, qu’il ne m’échappe d’ailleurs d’autres vues plus utiles à la perfection du dessein queje,vcux remplir.

Le plâtre se fait d’une pierre de couleur grisâtre qui ne se trouve que dans certains pays, particulièrement aux environs de Paris. On la fait cuire au feu comme la chaux , mais elle en est bien différente; car la chaux ne peut être employée sans le mélange de quelque autre matière qui la soutienne et lui donne plus de corps qu’elle n’en a naturellement, au lieu que le plâtre s’emploie tout pur: il sufBt de l’abreuver avec de l’eau , et aussitôt on le met en oeuvre : car il a cela de particulier, que s’il n’est pas employé sur-le-champ après l’avoir abreuvé, il se sèche et ne peut plus s’appliquer contre d’autres corps , ni recevoir les différentes impressions qu’on veut lui donner pour faire des ornements d’architecture. Comme sa principale qualité est de faire corps dans le moment qu’on le met en œuvre , il n’y a point de matière dont on puisse se servir plus utilement dans la construction des Irâtiments , et sur laquelle on soit plus sujet à être trompé par ceux qui la débitent. Tantôt le plâtre sera mauvais , pour être éventé , tantôt parce que la

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îoa la science DES INGENIEURS,

cuisson en aura été mal faite, ce qui arrive le plus souvent : car comme celui qui était aux extrémités du four ii’a pas eu un degré de chaleur sulTisant pour être calciné jusqu’à un certain point , il n’y a guère que celui du milieu qui l'a été comme il faut. Cependant quand la cuisson est faite les chaufciirniers mêlent tout ensemble , et quand il est en poudre, celui des extrémités du four est confondu avec celui du milieu.

Ce dernier , qui eût été excellent s'il avait été employé à part , est altéré par le mélange qu'on en a fait , et ne vaut pas à beaucoup près ce qu’il était auparavant. C'est pourquoi , dans les ouvrages de conséquence qui se font avec le plâtre , il faudrait ne se servir que de celui qui a été dans le luilieii du four , et avoir pour cela des gens sur le lieu qui le choisissent : on en sera quitte , s’il le faut, pour le payer plus cher que celui qu’on vend dans les sacs. Je voudrais même plus ; c’est que ne pouvant pas compter sur les chaufourniers , on suivît la cuisson depuis le commencement jusqu'à la fin , pour avoir attention que les pierres soient bien rangées dans le four , en sorte <jue les unes ne soient pas absolument embrasées, comme sont celles qui sont près le foyer, tandis que les autres qui sont plus loin ne ressentent qu'à peine l'action du feu , qui, faute de jour , n’aura pu s’introduire à la ronde. D’aillleurs la bonne cuisson consiste aussi à ménager un degré de chaleur qui peu à peu desséchant l’humidité de la pierre fasse évaporer le souffre qu’elle renferme , et la purge des parties de terre dont elle peut être mêlée , prenant garde que In violence de la flamme ne cause un dessèchement absolu. Car, comme il y a apparence que la vertu du plâtre est causée par un sel qui fait que scs parlics s’accrochent les unes aux autres, dès • que ce sel est trop desséché, il n’y a plus de liaison : et c’est ce que j’ai vu plusieurs fois remarquer à des plâtriers , qui étaient étonnés de voir qu’ils ne pouvaient pas mettre en œuvre du plâtre nouveau, dont ils croyaient être sûrs , parce qu’ils étaient convaincus qu'il n’y avait aucun mélange.

Quand la cuisson a été bien faite, il est facile de le connaître, parce que pour lors le plâtre a une certaine onctuosité et une graisse qui colle aux doigts quand on le manie. Au contraire , si elle a été mal faite, le plâtre a de la rudesse , et ne s’attache point comme l'autre. Après cela , quelque bonne que puisse être cette cuisson , elle devient pour ainsi dire nulle, quand on veut employer du plâtre qui a été gardé

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LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION UES TRAVAUX. aol long-temps'; car celte matière ressemble aux licjueurs exquises , qui n’ont de saveur qu'autant qu’on a eu soin de ne pas laisser évaporer les esprits qui en font toute la bonté (i). Si le plâtre n’est pas bien renfermé dans des tonneaux placés dans des lieux secs , il s'évente ; c’est-à-dire que le sel qui en fait toute la vertu s’évapore , et il ne reste qu’une espece de cendre qui étant employée ne fait plus corps. Ainsi , l'état le plus convenable où l’on doit prendre le plâtre , c’c.st au sortir du four , quand on est à portée d’en user de la sorte. On remarquera encore que toutes les saisons ne sont pas propres pour le mettre en œuvre. Si l’on s’en sert en hiver ou à la fin de l'automne, les ouvrages qui en sont faits sont de peu de durée et sujets à tomber par éclats , parce qu'alors le froid saisit tout d’un couple plâtre; il glace l’humidité de l’eau avec laquelle il a été gâché , et l’esprit du plâtre étant amorti , il ne peut plus y avoir d’union. Enfin , quand on n’est point à portée de prendre toutes les mesures dont je viens de parler pour s’assurer de la bonté du plâtre, on pourra au moins choisir le meilleur de celui qui se trouve en magasin , puisque pour le connaître il ne faut qu’en détremper un peu dans la main : celui qui se prendra le plus promptement , sera à préférer à d’autre qui ne fera qu’une espèce de mortier sans consistance.

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