CHAPITRE PREMIER
Des Qualités du Bois qui entre dans ta charpente.
liE meilleur bois qu'on puisse employer dans les édifices est celui de chêne, parce qu’étant fort dur il résiste micu.x que tout autre au fardeau , et se conserve plus long-temps en bon état , n’étant pas si sujet à se |)ourrir par l'humidité. Il se conserve même dans l'eau des temps infinis, où il acquiert une si grande dureté, qu'il n’est presque pas possible de le travailler avec lés outils. C’est ce que l’on a remarqué plusieurs fois aox pilots que l'on a trouvés sous de vieilles démolitions des ouvrages bâtis par les Romains.
Autrefois on se servait de châtaignier dans les édifices considérables, parce que l’on ignorait la bonté du chêne : mais on est revenu de celte erreur depuis environ i5o ans, parce que le châtaignier est sujet à se fendre et à se pourrir, quand il est assis dans la maçonnerie, comme il arrive aux extrémités des poutres, qui sont dans les pignons, ce qui oblige par la suite à en mettre de nouvelles ; au lieu que celles de chêne se conservent en bon état des 7 ou 800 ans , quand on a pris , avant de les couper dans les forêts, toutes les précautions ilont nous parlerons dans la suite.
L’orme est aussi un bon bois ; mais on s'en sert rarement pour la charpente, parce que n’étant pas commun on aime mieux le garder pour d'autres usages. On en fait des verrins, des moyeux , des jantes de roues, soit de moulin ou de voiture , [>arce qu’il se travaille bien , étant liant et point sujet à éclater, ce qui fait qu’on l'emploie préférablement à tout autre dans l'artillerie pour la construction des affûts.
3o4 LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,
Le sapin «st aussi d’usage dans les édifices, ijwnd on est à portée d’en avoir à juste |)rix , pour des soliveaux et des planchers. On en distingue de iléus sortes, le sapin ordinaire et le sapin rouge ; ce dernier est le meilleur, parce qu'il ne se casse pas si aisément que l’autre. Comme il se conserve bien dans l’eau, on s’en sert assez souvent pour des palplanches, dans la construction des écluses, et pour les petits grillages qui sont au-dessus des fascinages des jetées. Cependant il n’est pas trop bon pour les bâtiments , parce qu’il est sujet à s’échauffer, et à engendrer des vers qui le gâtent.
Je passe souï silence plusieurs autres espèces de bois dont on ne se sert point ordinairement pour la charpente , soit c[ue les uns n’y conviennent point à cause de leurs mauvaises qualités, ou que les autres soient rares, et d’un prix qui les fait réserver pour des meubles ou d’autres emplois qui n’ont point de rapport à mon sujet
Les arbres, de quelque espèce qu’ils soient, participent toujours de la nature du terrain où ils ont crû. Ceux qui viennent dans un lieu aride , pierreux ou sablonneux , sont ordinairement durs et d’un fort bon emploi. Au contraire, s’ils sont venus dans un lieu bas ou aquatiqae , ils ne sont pas d'une aussi bonne qualité, étant plus tendres , et moins propres à soutenir de grands fardeaux : mais en récompense ils se travaillent mieux pour les ouvrages de menuiserie , au lieu que les antres par leur dureté sont rebelles aux outils. Ceux qui viennent du côté du midi sont meilleurs que ceux du côté du couchant, le soleil contribuant beaucoup à les rendre plus durs , plus hauts et plus gros ; d’ailleurs ils n’ont que très-peu d’aubier, qui est une partie de l’arbre immédiatement sous l'écorce , plus tendre que le reste , qu’on peut regarder comme la matière dont l’arbre s'est augmenté depuis peu de temps, parce que tous les ans la sève commence au printemps à former un nouvel aubier, qui va toujours en croissant jusqu’à la chùte des feuilles, et se durcit ensuite pendant f hiver pour se joindre au corps de l’arbre, le froid faisant alors resserrer les pores de l'arbre , qui , ne recevant plus le suc qui s'y introduisait, i-este comme s’il était mort. Mais, quand la .terre vient à s’échauffer au printemps , la nature forme encore un nouvel aubier, et tous les ans il arrive la même chose, jusqu’à ce qu’il commence à dépérir par la vieillesse