‹ La science des ingénieurs dans la conduite des travaux de fortification et d'architecture civile. Par BelidorChapitre 57 sur 207 · LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES · texte numérisé non relu

LIVRE IV. DES EDIFICES MILITAIRES

Il est encore à 'remarquer que les arbres qui croissent éloignés les uns des autres, et qui sont battus par les vents, comme ceux c|ui viennent sur la rive ou le bord des forêts , sont ordinairement plus durs et plus forts que les autres qui viennent dans des lieux serrés, où les vents ne pénètrent point, les premiers ressemblant aux hommes qui se fortifient par l’exercice et le travail. Quant à la qualité des arbres en général , les meilleurs sont ceux qui sont bien sains, qui ont un droit fil, qui ne sont point roulés, rabougris, ni gelifs, et qui n’ont ni fentes ni gerçures.

On peut abattre le chêne depuis 6o jusqu’à aoo ans, parce qu’avant qu’il ait Go ans, il est trop jeune, et n’a point assez de force, et qu’après aoo ans il dépérit et ne se conserve pas si long-temps étant employé : l’âge le plus convenable pour le couper dans toute sa force, est autour de cent ans.

On dit communément que le bois croit pendant loo ans, s’entretient loo ans, et ensuite est loo ans à dépérir. Il est vrai qu’au bout de aoo ans un arbre dépérit : mais c’est une erreur de croire qu’après loo ans il reste loo autres années dans une espèce d’inaction ; puisque, tandis qu’on s'imagine qu’il ne fait que s’entretenir, il augmente en grosseur jusqu'à iGo et iSoans , comme il est aisé de s’en apercevoir quand il est abattu. Il est bien vrai qu’après loo ans un arbre n’augmente plus guère en hauteur, mais cela ne l’empêche pas de gro.ssir, puisqu’il prend encore de la nourriture : car tout bois qui porte des feuilles a de la st've, et tout ce qui a de la sève doit profiter ; au lieu que si la croissance d’un arbre ne durait que pendant un siècle, il ne marquerait plus après ce temps aucune nouvelle augmentation , ce qui est contraire à l’expérience.

Si l'on veut savoir quel âge a un bois taillis ou futaie , on n'a qu’à le couper par le pied , et on apercevra un nombre de circonférences presque concentriques, qui vont comme en progression depuis le centre de l'arbre jusqu’à l’écorce, et qui marquent assez distinctement le nombre des croissances , et par conséquent celui des années.

Le temps le plus propre pour abattre les arbrês est depuis le mois d’octobre jusqu’au commencement de mars ; parce qu’alors la sève n'est guère en action, elles pores sont plus resserrés. On observe aussi d'en faire la coupe dans le dernier quartier de la lune , parce qu’on prétend

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qu'il y a plus ou moins d’humidité dans les pores, selon que la lune croit ou décline. La manière de les couper, quand on veut prendre toutes les mesures nécessaires , est de les cerner par le pied jusqu’à la moitié du cœur , et les laisser ainsi quelque temps , afin que la sève , coulant par cette entaille au travers de l’aubier, ne se corrompe point dans le bois.

Comme tous les jours on achète des bois abattus, il faut, pour ne pas y être trompé, les sonder auparavant, afin que s’ils pèchent en quelque chose , on puisse au moins en faire l’usage qui leur est le plus naturel. Pour cela, on répand dans un des bouts de l'arbre un peu d’huile d’olive bien chaude , pour connaitre ce qu’il est ; car s’il est venu dans un fond marécageux , le sel de l’arbre étant ecre, l’huile grésillera en la jetant ; s’il est venu dans un terrain doux , et qu’il ait été coupé en temps de sève, l’huile ne s’imbibera pas entièrement partout, il en restera vers les bords ; an contraire, s’il a crû dans on lieu sec, et qu’il ait été coupé dans le temps que la sève est amortie, l’huile s'y imbibera tout entière, et se séchera sur-le-champ. Prévenu de cela , il faudra prendre garde de ne point employer celui qui sera crû dans un lieu marécageux , aux endroits humides ou exposés à la pluie , parce qu’il s’y pourrirait en peu de temps : il est également dangereux de le mettre ou il règne un grand soleil , car la chaleur surprenant l'humidité dont il est rempli, l’on vie et le fait fendre, comme on le remarque tous les jours, non seulement aux ouvrages de charpente qui sont exposés à l’air , mais même à ceux qui sont couverts. Quand on en veut témoigner quelque mécontentement aux entrepreneurs ou aux charpentiers, ils répondent que c’est un effet de a force du bois ; et, soit par ignorance ou par malice, ils se tirent d’affaire avec ce sot raisonnement. Cependant, comme on est souvent contraint d’employer des bois de bonne ou mauvaise qualité, il faudra choisir le meilleur, c’est-à-dire le moins humide, pour le placer dans les lieux les plus considérables de l’édiBce, et l’autre aux endroits de peu de conséquence ; faisant attention que les gros bois, étant vieux, sont plus sujets à se fendre et à éclater que les plus menus. 11 est à-propos de ne faire les poutres qu’avec ce qu'on aura de meilleur, afin que par la suite si on est contraint de renouveler quelque pièce de charpente, on ne soit pas obligé à une grande dépense et à un travail considérable.

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