LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. a6i
a pris consistance 9 et qu'elle est suffisamment sèdie, on détache les cloisons poar s'en servir ailleurs. J'ajouterai que , quand on est obligé de faire quelque cascade pour monter ou descendre ^ on soutient la maçonnerie par les côtés avec d'autres cloisons disposées en gradins : ainsi on surmonte le roc par des fondements auxquels on donne la figure que Ton veut ; car on doit entendre que j'appelle ici fondement la maçonnerie qui sert d'empattement à celle que l'on veut élever par assise réglée , quoique cet empattement ne soit point enterré comme les fondements ordinaires. Je n'en détermine point la hauteur ^ qui sera si l'on veut de 3 à 4 pieds , plus ou moins , selon la nécessité.
Pour que toutes les parties des fondements soient bien liées ensemble et parfaitement unies avec le roc, il faut remplir les coffres sans in ter-* ruption sur l'étendue qu'on a jugé à propos d'embrasser, observant de faire battre également partout , particulièrement dans le commencement , afin que le mortier et les pierres s'in»nuent dans les éoorche* ments qui se trouveront figurés dans le roc , soit par le hasard , ou parce qu'on aura jugé à propos de les faire exprès pour rendre la liaison plus parfaite.
Quand le roc est fort escarpé, on peut , pour ne point iaire de rem*biais derrière les fondements, se contenter d'établir une seule doison sur le devant pour soutenir la maçonnerie^ et remplir de pierrées l'intervalle qui se trouve depuis là jusqu'à l'escarpement , ce qui rendra l'ouvrage encore plus solide.
Quand on a établi et bien arrasé à la hauteur convenable les fonde- • ments sur toute l'étendue qu'on a embrassée , on continue à répéter la même manœuvre sur le prolongement de l'ouvrage, observant de bien lier la vieille maçonnerie avec la nouvelle, c'est*à-dire , les pierrées faites depuis quelque temps avec celles qu'on voudra y ajouter. Pour cela , il faudra toujours faire en rampe les extrémités des fondements qu'on saura devoir être prolongés , jeter de l'eau dessus , et bien battre la nouvelle maçonnerie à mesure qu'elle sera appliquée sur la vieille.
De cette manière, on fera des fondements qui, venant à se durcir peu-à-peu, ne composeront partout qu'un seul corps si ferme et si inébranlable^ qu'il ne faut pas appréhender qu'il se fasse par la suite aucun affaissement ni rupture, soit qu'ils se trouvent inégalement
a5a Lk SCIENCE DES INGÉNIEURS,
chargés par le poids de la muraille qu'on aura élevée dessus , ou que certaine partie du terrain, moins solide que l'autre , cède ou se détache, comme cela arrive quelquefois.
Quand on est dans un pays où la chaux est bonne, je suis persuadé que, de toutes les maçonneries, il n'y en a point de plus excellente que celte que je viens de décrire , et qui soit plus commode dans une infinité d'occasions. Souvent l'on creuse les fondements dans un terrain qui sera ferme en un endroit , et douteux à quelques pas plus loin , ce qui est cause que les murs s'affaissent inégalement. Si les fondements sont faits de pierrées, il ne faut pas appréhender qu'étant d'une certaine épaisseur il se fasse jamais quelque rupture , quand bien même il y aurait des parties qui porteraient à faux ; ce que l'on ne peut pas attendre de la maçonnerie ordinaire , surtout quand elle est faite de grosses pierres , parce que le mortier s'y attache moins , et est sujet à tasser plus à un endroit qu'à l'autre. C'est ce qui a fait dire à Vitruve que la maçonnerie faite avec de petites pierres était plus indissoluble que les autres. M- Perrault , dans le Commentaire qu'il a fait de cet auteur, fait voir en plusieurs endroits de ses notes que les anciens faisaient souvent de la maçonnerie de pierrées , non seulement pour les fondations épineuses , mais encore dans une infinité d'occasions, comme on en peut juger par les monuments qui restent , oii l'on remarque que tous les ouvrages faits dans ce goût*là se sont durcis au point de surpasser là solidité du marbre. Car il faut convenir qu'il n'y a point de pierre., si dure qu'elle puisse être, qu'on ne rompe et dont on ne tire aisément des éclats , au lieu que , d'un massif fait de mortier de pierrées, on n'en peut séparer les parties que successivement.
Quand on est dans un pays où la pierre dure est fort rare , je crois qu'on pourrait en toute sûreté faire les soubassements des gros murs avec une bonne pierrée. La difficulté est seulement d'avoir d'excellente chaux. II est vrai que la grande quantité qu'il en faut rend cette maçonnerie fort chère , mais cela ne doit point en diminuer le mérite quand il s'agit d'un ouvrage de conséquence : on en voit périr tous les jours pour y avoir regardé de trop près en les construisant, et quand il faut les réparer , on s'aperçoit trop tard Aes inconvénients d une économie mal entendue. Cependant, tout bien considéré, la maçonnerie de