LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. aSS
soutenues par les terres qui sont au-dessous, il n'est paft poisftible que la pile puisse changer de situation^ quand bien même die porterait à faux (i).
Il arrive souvent qu'en voulant établir des fbtidementÀ , on rencontre Manière de des sources qui incommodent beaucoup le travail. Il y a des genâ qui lessourcei. prétendent les éteindre en jetant dessua quantité de cendre mêlée de chaux vive; d'autres veulent remplir de vif argent les trous par où elfes sortent , afin que par son poids il les contraigne a prendre leur cours d'un autre côté. Je crois que tous ces expédients ne sont bons que dans la spéculation , et qu'ils ne réussissent guère quand qn veut les mettre en œuvre. Le meilleur parti est de travailler promptement; et pour ne point être inondé à un certain point , il faut diriger les eaiix par petites rigoles que l'on amènera à un puits fait au-delà .de la tranchée , d'où on les tirera par des machines à mesure qu'elles viendront. On leur laissera le cours libre depuis leur origine jusqu'à ce puits , bordant les petites rigoles de chaque côté avec des briques ^ pour former de petits canaux que Ton couvrira de pierres plates : ainsi tout le fond de la tranchée sera mis à sec. Cependant , pour prévenir que les sources ne deviennent par la suite nuisibles aux fondements ^ il faut pratiquer dans la maçonnerie de petits aqueducs ^ afin de leur Jaisser un cours libre du côté qui conviendra le mieux (a).
Il arrive quelquefois qu'un terrain sur lequel on veut fonder ne se Fondements trouve pas bon, et que voulant approfondir pour en chercher un ^liuges. meilleur, on le rencontre encore plus mauvais. En ce cas il vaut mieux ne s'enfoncer que le moifis qu'on pourra ^ et établir sur toute la longueur des fondements un bon grillage assemblé avec des longuerines et traversines de 9 a 10 pouces de grosseur. Les vides ou cellules qu'elles forment se remplissent d'une bonne maçonnerie de brique ou de moellon. Il y en a qui couvrent le tout d'un plancher de gros madriers
(i) On a employé ces arcades renversées sous les colonnes de la nouvelle église de Sainte^Geneviète » mais je doute qu'on puisse en obtenir beaucoup d'effet (iV).
(1) On trouve, dans le Traité dé la Construction des ponts , livre, IV, chapitre III , dès détails sur les épuisements des fondations et sur les machines employées à cette opération (iV).
a56 LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,
bien arrêtes sur le grillage avec des chevilles de fer enfoncées à tête perdue. Gomme ce plancher parait d une dépense assez inutile , il suffit d'ëlever la maçonnerie sur le grillage^ observant de faire le parement immédiatement de bonne pierre de taille jusqu'au rez*de-chaussée , et même plus haut ^i l'ouvrage en mérite la peine. Gomme ces sortes de fondations ne sauraient avoir de trop grands empattements, il est bon de faire le grillage d'un pied et demi ou deux plus large que n'eussent été les fondements, si on les avait établis dans un bon terrain. Et afin de prévenir tout accident , il convient d'attacher sur le bord du grillage , du côté du fossé) un heurtoir de 8 ou lo pouces au moins, qui, r^nant sur toute la longueur des fondements , empêchera que le pied du revê^ tement ne puisse glisser, surtout s'il était assis sur un plancher, cç qui n'est pas sans exemple. A Bergue-Sainl-Vinoc, où le terrain est fort mauvais, il est arrivé que le revêtement de la face d'une demi* lune, s'est détaché et a été glissé tout d'une pièce jusque dans le milieu du fossé: cela s'est fait avec des circonstances si singulières, à ce que j'ai appris par les ingénieurs qni étaient alors dans cette place , que cet accident semble tenir quelque chose de merveilleux. ^Fondjj^on Gette aç on de fonder n'est pas toujours bonne dans toute sorte de terrain ; aussi ne l'emploie-t-on guère que dans de petites parties de fondation qui , n'étant point si bonnes que celles qui leur sont conti* •^ guës, ne laissent pas la liberté d'approfondir davantage sans de grands inconvénients. Gependant on peut la rendre excellente dans un terrain aquatique , si , après avoir posé le grillage , on enfonce dans les cellules des pilots de remplage ou de compression sur toute l'étendue des fonder ments. Ges pilots doivent être plantés au nombre d'un ou deux seulement dans chaque cellule , diagonalemejit opposés. Et pour mieux assurer les fondements, on pourra, si on le juge nécessaire, battre tout autour du bord qui répond au fossé , des pilots de bordage ou de gardes posés près-à-près, et le long de ces pilots une file de palplanches pour empêcher le courant des eaux, s'il s'en trouve , de dégravoyer la maçonnerie. Les vides du grillage autour de la tête des pilots doivent être remplis de gros quartiers de pierre : et après les avoir bien arrascs, on asseoira la maçonnerie élevée par assise réglée , afin qu'elle porte également partout.
(Quoique cette manière de fonder soit bonne, je crois pourtant qu'on
FiG. I
et a.