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LIVRE llï. DE LA CONSTDCTION DES TRAVAUX. aS

ne ferait pas mal d'y changer quelque chose pour la rendre encore plus ^^y^ «•»solide : c'est de commenrer par enfoncer des rangées de pilots tout le ^^p^^ *"*• long des fondements. Par exemple , pour un revêtement de rempart , après avoir tracé Icpaisseur que doivent avoir les fondements et les contreforts, on enfoncera au refus du mouton quatre rangées de pilots, une sur Talignement extérieur, Tautre sur l'intérieur, et deux dans le milieu , en sorte que les pilots soient séparés les uns des autres d'environ deux pieds. On en plantera deux sous les angles des contreforts, et deux autres entre la queue et la racine , comme on le remarque dans le premier profil , où ies têtes de ces pilots sont ponctuées. Après les avoir récépés de niveau, on appliquera dessus des racinaux ou longuerines , et sur ces longuerines un rang de traversines pour former un grillage , dont chaque croisée sera bien clouée et arrêtée sur la tête du pilot qui lui répond , et selon cette manière le grillage sera incomparablement plus ferme que dans la pratique précédente. Après cela on enfoncera des pilots de remplage, et Ton pourra élever la maçonnerie en toute sûreté.

Quand on enfoncera des pilots , il faut avoir soin d'employer toujours Attention les plus longs et les plus forts sur les bords des fondements , puisque ^ mèn de pi si l'ouvrage a quelque danger à craindre par la suite , ce sera plutôt de ce côté-là qu'il manquera que dans le milieu. Pour travailler avec précaution , il y a bien de petites attentions à faire sur la manière de piloter ; et , pour ne rien omettre , voici comme on pourra ^'apercevoir de quelle longueur et de quelle grosseur on doit employer les pilots selon le terrain où l'on aura a travailler.

Il faut enfoncer un pilot jusqu'au refus du mouton , en sorte qu'on puisse connaître à quelle profondeur le fond fait une assez grande résistance , pour s'opposer fortement à la pointe. Ainsi , sachant de combien il sera enfoncé , on verra à-peu -près la longueur qu'il faudra lui donner; je dis à-peu«près, devant les faire un peu plus longs que celui qui aura servLde sonde, puisqu'il se peut rencontrer des endroits où, le terrain résistant moins , ils pourront aller plus avant.

La longueur des pilots étant déterminée , il faut , pour y proportionner leur grosseur , qu'ils aient de diamètre environ la douzième partie de leur longueur, c'est-à-dire, que ceux qui auront la pieds, <loivent avoir environ 12 pouces de diamètre. Mails cette règle ne doit

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avoir lieu que pour les petits piiots depuis 6 pieds de longueur jusqu'à la^; car quand ils en ont 18 ou do, il suffit de leur donner i3 ou i4 pouces de diamètre : autrement il faudrait employer des arbres trop recherchés , ce qui augmenterait considérablement la dépense.

On sait que , pour enfoncer les piiots , on les fait en pointe de dia* mant : il faudra prendre ^arde de ne pas faire cette pointe trop longue ni trop courte , car si elle est trop courte elle ne s enfoncera pas aisément , et si elle est trop longue elle se trouvera affaiblie , de manière que, pour peu quelle rencontre des parties qui lui résistent, elle s'émoussera ; le mieux est de lui donner pour longueur une Ibis et demie ou deux fois au plus le diamètre du pilot. Quand le terrain dans lequel on les enfonce ne résiste pas beaucoup, on. se contente de brûler cette pointe pour la durcir : on en fait de même à la tête pour empêcher que les coups de mouton ne leclatent. Mais si Ton s'aperçoit qu'il se rencontre dans le terrain des pierres ou quelque autre chose qui résiste fortement et en émousse la pointe , on l'arme d'un sabot de fer, qu'on nomme aussi lardoire, qui est retenu par trois ou quatre branches clouées au pilot. On couronne aussi la tête du pilot d'une ceinture de fer que l'on nomme frette , pour la tenir serrée contre les coups de mouton , et pour lors on dit que les piiots sont fretté s. On proportionne, comme' j'en ai déjà fait mention, la distance des piiots à la quantité qu'on croit avoir besoin selon la qualité du terrain. Mais , au plus près qu'on puisse les mettre , il faut au moins qu'ils soient séparés l'un de l'autre de l'intervalle d'un de leur diamètre , afin qu'ils aient * assez de terre pour les entretenir.

Quand on Yeut garnir le devant des fondements par des piiots de bordàge , on y fait quelquefois des rainures qui se répondent diamétralement , dans lesquels on introduit des palplanches. Ou choisit les piiots les plus droits , que l'on équarrit pour être employés plus facilement. La largeur des rainures se proportionne à lepaisseur des palplanches, mais on leur donne environ un pouce de plus pour qu'elles puissent s'y introduire' sans difficulté : ainsi, quand les palplanches ont deux pouces d'épaisseur, les rainures doivent en avoir trois de largeur sur deux de profondeur. On observera aussi que l'épaissepr des palplanches doit être réglée sur leur longueur; par exemple , si elles ont 6 pieds, elles doivent avoir au moins 3 pouces; si elles en ont la , qui est ordi*

LIVRE m. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. aSg nairement la pins grande longueur de ces sortes de bois, leur épaisseur sera de 4 pouces.

Pour assembler les pilots avec les palpanches^ on commence par enfoncer deux pilots à plomb à une distance proportionnée à la largeur des palplancbes, qui est le plus souvent de la à i5 pouces ^ ensuite on enfonce une palplanche avec le mouton pour la faire entrer à force entre les deux rainures , de façon qu elle écarté tant soit peu le pilot ; après cela on plante un autre pilot et une palplanche, on continue de la même manière à battre alternativement un pilot et une palplanche. Si le terrain résiste à la pointe des palplanches , on les arme d'un sabot de fer, et on lès frette ainsi que les pilots (i).

Quoique de tout temps on se soit servi de pilots pour affermir un mauvais terrain , il se rencontre néanmoins bien dés occasions où il serait dangereux de les employer. Par exemple , s'il était question d'un endroit aquatique où il y eût un grand nombre de sources , il ne faut pas croire que les pilots soient fort utiles pour y établir des fondements ; c'est tout le contraire , puisqu'on a remarqué qu'en les enfonçant on éventait les sources qui fournissaient de l'eau avec tant d'abondance, que le terrain devenait incomparablement plus mauvais qu'il n'était Fondement

* de pîeirée.

auparavant. Et , ce qu on trouvera assez extraordinaire , c'est qu'ayant enfoncé des pilots à refus de mouton avec autant de difficulté que si c'avait été dans un bon fond , on était étonné de voir que ces mêmes pilots étaient sortis de terre le lendemain ou quelques heures après, Fig. h parce que l'eau des sources les avait repoussés en faisant effort pour ^^ '^' sortir, de sorte qu'il fallut renoncer à s'en servir davantage, et avoir recours à quelques autres moyens beaucoup plus difficiles à exécuter que ceux dont on aurait pu se servir d'abord , si , au lieu de faire naître des difficultés , on avait cherché à les prévenir , ce qui fait voir la nécessité de raisonner mûrement sur la nature du travail que l'on a à faire, avant de mettre la main à l'œuvre.

L'inconvénient que nous venons de remarquer arrive le plus souvent

(i) On trouvera. dans le Traité de la Construction des ponts ^ liv. IV, chap. III, des observations snr l'emploi des pilots , et Tindication des divers procédés du battage , de arrachage, et du récépage des pieux et palplanches .(iV).

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dans les lieux où Ion rencontre du sable bouillant , qui est une espèce de terrain qu'il importe fort bien d^ connaître : car, comme l'eau qui bouillonne en sortant de terre quand on passe dessus, ne vient que de l'abondance des sources qui s'y trouvent, il faut bien prendre garde de ne pas l'éventer en voulant s'y approfondir, puisque plus on voudra s'obstiner à y creuser des fondements, moins on sera en état de les exécuter. Le meilleur parti est de ne s'y enfoncer que le moins qu'on pourra , et ensuite fonder hardiment et sans autre sujétion que celle que nous allons décrire.

saHe'^MWe Ayant tracé les alignements et fait les amas de matériaux nécessaires^ bouillant. ^^ jj^ découvHra le terrain qu'à mesure qu'on fera la maçonnerie ; c'està-dire que, si on peut faire par jour 6 toises courantes de fondements, on n'en découvrira pas davantage. Ensuite on asseoira avec le plus de diligence qu'il sera possible une première assise de gros libages plats , et sur celle-ci une autre bien arrangée à joints recouverts en bain* de bon mortier, composé de terrasse ou bien de cendrée de Tournay, sur cette seconde une troisième , ainsi de suite , avec toute la promptitude possible , pour ne pas donner le temps aux sources d'inonder le travail, comme cela est asâez ordinaire.. Il arrive quelquefois que l'on voit flotter les premières assises , et que la maçonnerie semble ne pouvoir prendre consistance : il ne faut pas s'en alai;mer, mais aller son train , et continuer toujours s'il est possible sans interruption, et quelque temps après la maçonnerie s'affermira comme si elle était établie sur le roc : c'est pourquoi l'on peut élever le reste sans appréhender que l'ouvrage manque par le pied , ni que les fondements s'enfoncent guère plus , après avoir reçu toute leur charge , qu'ils l'étaient au commencement Il faut seulement prendre garde sur toute chose de ne pas creuser autour, pour n'y pas attirer l'eau de quelque source, qui pourrait dégravoyer la maçonnerie, et causer de grands dommages. EnBn je dirai , pour justifier cette manière de fonder, qu'on ne s'y prend pas autrement à Douai, Lille et Béthune, quand il est question de revêtir quelque ouvrage de fortification dans un terrain comme celui-ci , qui est assez ordinaire.

A Arras et à Béthune, il y a encore un terrain tourbeux qu'il est nécessaire de connaître pour pouvoir y fonder hardiment, ayant cela de particulier que, dès qu'on veut creuser un peu avant , il en sort une

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