LIVRE m. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. a
cause des tourmentes de la mer ou de la trop grande hauteur des eaux, on peut continuer par reprise sans que cela porte aucun préjudice à la bonté de l'ouvrage. En jetant les pierres , on a soin de répandre les plus grosses vers le bord ; ou Ton observe de faire un talus qui soit au moins de deux fois sa hauteur. Âpres que Tenrochement sera élevé aussi haut qu'on l'aura jugé nécessaire pour atteindre son rez-de-chaussée et pour netre point submergé, il est bon de le mettre à l'épreuve, pendant plusieurs années, des tourmentes de la mer; et pendant ce temps-là il faut le surcharger de tous les matériaux nécessaires pour l'établissement de l'édilîce qu'on veut élever, et même au-delà s'il se peut, pour lui Fig. 6 donner tout le poids qu'il pourra jamais porter, afin qu il s'affaisse dans et 7. tous les endroits où le sable peut être moins assuré. Quand au bout d'un, certain temps on voit qu'il ne lui est arrivé aucun accident considérable , on établit dessus de bons grillages couverts d'un plancher de gros madriers, sur lequel on asseoit l'édifice.
Quand on peut battre des pilots tout autour de l'espace que doit occu-^ per l'enrochement , on pourra y faire un bon empattement qui garantira le pied des dégravoiements qui pourraient arriver dans la suite, et par ce moyen l'ouvrage en sera bien plus assuré , et n'aura en quelque façon rien à craindre. On a aussi soin de faire au pied de la muraille une risberme composée de fascinages et de. grillages, comme on le pratique aux jetées , pour empêcher que dans un gros temps il ne survienne des vagues qui pourraient saper le mur : malgré toutes les précautions qu'on peut prendre, il est toujours bien dangereux de bâtir dans la mer. Cependant nous avons en France plusieurs édifices de la nature de ceux dont je viens de parler, qui subsistent depuis long -temps, 9ans qu'il leur soit arrivé aucun accident.
Je viens de supposer un enrochement fait dans la mer , pour, montrer comme on peut surmonter les plus grands obstacles qui se rencontrent eu fondant ; mais il y a une infinité d'autres endroits où on peut s'en servir utilement et avec bien plus de succès, comme dans les rivières, les lacs, les étangs , et tous les lieux où on ne peut parvenir à établir de fondements à sec. Vitruve, dans le la* chapitre de son V* livre, parlant des jetées qui se font aux ports de mer, détaille assez bien la maçonnerie à pierre perdue; ce qui étant joint à d'autres recherches que j'ai faites sur ce sujet , j'en aurais pu parler plus à fond que je ne
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viens de faire. Mais, comme ces sortes d'ouvrages appartiennent à l'architecture hydraulique , on trouvera dans le second volume de quoi se dédommager de ce qui manque ici : je n'en aurais fait aucune mention présentement, si je n'avais cru qu'il est à propos de donner dans ce chapitre une idée générale de toutes les différentes manières de fonder.
Il y a encore un autre moyen de fonder dans les endroits que nous . venons de supposer, qui est de se servir de caissons dans lesquels on maçonne à chaux et à sable. Ces caissons ne sont autre chose qu'un assemblage de charpente bien calfaté. On commence par les conduire et les arranger tous d'alignement à l'endroit où l'on veut fonder : on les arrête par des cables qui passent dans des anneaux de fer qui sont attachés aux caissons. Âpres les avoir bien disposés ^ on y met des maçons qui les remplissent de bonne maçonnerie. A mesure que l'ouvrage avance , le poids des pierres fait enfoncer les caissons dans l'eau , jusqu'à ce qu'ils aient atteint le fond; c'est pourquoi l'on proportionne la hauteur des caissons à la profondeur de l'eau qu'il y a dans le lieu oii l'on travaille ^ et l'on observe même de les faire deux ou trois pieds plus haut, afiu que les ouvriers n'en soient point incommodés. Mais quand la profondeur de l'eau est considérable, et qu'on ne peut pas atteindre . le fond sans donner aux caissons une hauteur extraordinaire , on prend lepar^i d'en augmenter la hauteur avec des hausses, à mesure qu'on approche du fond.
FiG. 4 Quelquefois on établit les caissons 6ur un enrochement quand le lit «t 5. 5131. lequel on veut fonder n'est pas uni , soit st cause des trous ou jies petits bancs de sable, ou bien quand les eaux sont par trop hautes.
Si je voulais rapporter toutes les différentes manières de fonder selon les occasions qui peuvent se présenter, je ne finirais jamais : c'est pourquoi je me tiendrai à l'idée que je viens d'en donner, me réservant pourtant d'entrer encore dans quelque détail sur ce sujet quand la chose en méritera la peine, comme par exemple pour les fondements des ponts de maçonnerie , des écluses et autres ouvrages qui demandent beaucoup d'attention pour les établir solidement, et que j'ai traités à fond dans le second volume. Cependant le peu que je viens d'insinuer pourra donner assez de connaissance à ceux qui ont dessein de s'appliquer à l'architecture , pour que d'eux-mêmes ayant \^n peu de pratique
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