LIVRE III. DE LA, CONSTRUCTION DES TRAVAUX. a
et d'intelligence , ils pubsent faire le choix qui conviendra le miem entre les différents moyens que je propose.
Je n'ai point parlé jusqu'ici de la profondeur qu'il fallait donner aux fondements ^ parce qu'il est assez difficile de la déterminer, dépendant en quelque sorte de la nature du terrain ou l'on travaille ; mais je ferai au moins remarquer que la plupart des architectes font des dépensea fort inutiles , leur donnant une grande profondeur qui ne contribue en rien à la solidité de l'édifice : car de deux choses l'une; le terrain sera bon, ou il sera mauvais : s'il est bon , on peut bâtir en toute assa«rance ; s'il ne l'est pas, on en sera c[uitte en faisant un bon plancher de madriers ou de grillage , sans creuser plus avant pour chercher un autre fond y qu'on ne trouverait peut-être pas meilleur ; et si le terrain est mouvant ou marécageux , il y a encore moins de raison d'appro* fondir, puisqu'on sera toujours contraint de piloter. Or, dans tous ces cas, la profondeur des fondements ne fera rien pour là solidité des murs qu'on veut élever; le tout est de les établir sur une base ferme et bien assurée : si on ne la rencontre point telle qu'on peut la souhaiter, il faut avoir recours aux expédients que nous venons dédire. On n'en a pas usé autrement pour tous les grands édifices qui subsistent depuis tant de siècles: les fondements de l'église de JNotre-Dame de Paris, qui est un vaisseau des plus considérables, quoique bâti dans un fort mau» vais terrain, n'ont presque pas de profondeur. Tous ceux des ponts de la même ville n'en ont que fort peu non plus, et ne se soutiennent pas moins, tandis qu'on voit, donner à de simples maisons des fondements de sept à huit pieds de profondeur, sans faire attention que leurs quatre faces, formant un parallélipipëde , doivent se soutenir par leur propre poids. Que si on en voit quelquefois manquer par le pied ^ il ne fiiut pas penser que cela vienne de ce que leurs fondements n'ont pas eu assez de profondeur, mais parce qu'on ne les a bâtis que peu-a*p6U, c'est-à-dire qu'il y aura des reprises d'ouvrages oii la vieille maçonnerie ne se sera pas liée avec la nouvelle. De-là il arrive que si un wur est affermi parce qu'il aura été bâti le premier , l'autre ne l'est pas pour avoir été fait plus tard, et tous ces murs venant à être chargés ensemble, le fardeau étant inégalement porté, la partie la plus faible fléchit, tandis que l'autre résiste. Ajoutons à cela qu'un côté peut avoir été travaillé avec de bons matériaux, et l'autre fait avec moins de pré*
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cautions. Ainsi ^ ce qu'on attribue au défaut des fondements , provient presque toujours de ia mauvaise façon.
Mais , si dans un bâtiment on commence par creuser les tranchées de tous les murs , et qu'après les avoir mises de niveau on y établisse une bonne maçonnerie, toujours conduite à même hauteur, et dont toutes les parties différentes soient bien liées , et qu'ensuite on élève dessus dans le même temps les pignons et les réfends, on peut s'assurer que quand les fondements n'auraient pas deux ou trois pieds au plus de profondeur, l'ouvrage ne court aucun danger; au lieu que s'il n'est conduit que par parties , et qu'on tombe dans les défauts que je viens de remarquer, quand ces fondements auraient i5 à âo pieds, le bâtiment ne serait pas moins sujet à tous les inconvénients que la mauvaise façon peut causer.
S'il était question de quelque gros mur d'enceinte ou de quai , il faudra non seulement avoir toutes les attentions dont on vient de parler^ mais être plus attentif à leur faire des empattements larges et l>îen assis , qu'à les faire profonds ; et cette largeur, qui excédera celle du mur , doit particulièrement régner du côté opposé où le mur aura quelque effort considérable à soutenir, soit de la part de la poussée des terres , ou de celle d'une voûte. On en doit sentir la nécessité par ce qui a été dit dans le premier livre. On est pourtant quelquefois obligé de donner de la profondeur aux fondements, quoique le terrain soit bon; ce qui se fait lorsqu'on travaille sur le bord dune rivière, afin de se mettre au-dessous de son lit, dans la crainte que les eaux ne viennent par la suite à dégravoyer le terrain, et à miner les fondements; ce qui est fort à craindre quand on est dans le voisinage d'une écluse où il y a une grande chute d'eau.
Puisque nous on sommes sur l'épaisseur des fondements, il est à propos d'en dire quelque chose, paraissant y avoir encore ici des difficultés qui ont besoin d'être examinées.
Les fondements d'un mur étant la base sur laquelle il est établi , il semble que la largeur de cette base doit être proportionnée , non seulement à l'épaisseur du mur, mais plus encore à sa hauteur, et qu'on doit suivre une certaine règle pour déterminer la largeur des retraites durez-de-chaussée; mais c'est ce que les architectes n'ont point fait, que je sache. Il est bien vrai qu'ils ont parlé de l'épaisseur qu'il fallait