LIVRE IlL DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX
intérêts quand on n y prend, pas garde : ils ont grand soin de faire le parement bien conditionné pour surprendre le coup-d'œil, tandis qiie le reste n'est composé que de boue et de plâtras. Il est vrai que cela n arrive guère dans les ouvrages de fortifications, parce que MM. les ingénieurs y apportent tant d'exactitude , et de soin, qu'il est assez difficile de leur en imposer, ceux qui sont accoutumés à faire travailler sachant combien il est dangereux de s'en rapporter à la bonne foi des ouvriers. Mais comme j'écris principalement pour ceux qui commencent, et qui n'ont pas une grande connaissance des travaux, voici en peu de mots ce qu'on doit observer pour faire faire un bon ouvrage :
Il faut prendre garde de ne jamais laisser travailler les maçons qu'aux heures marquées , et qu'ilà aient toujours des cordeaux d'alignements devant et derrière la muraille, ne permettant pas qu'ils fassent leurs plombées plus hautes que d'un pied ou d'un pied et demi , de ne point laisser employer de mortier qui ne soit tiercé et vieux de deux jours, sans souffrir qu'on maçonne à sec , comme cela arrive assez souvent , ou que, tombant dans une autre extrémité , on ne remplisse les trous de poignées de mortier au lieu de tuileaux ou d'éclats de pierre ;
De faire laisser des amorces qui aient au moins un dejni-pied aux endroits oîi il y aura reprise d'ouvrage ; et quand on viendra à y travailler, ne pas laisser recommencer sur les arrases sèches sans y jeter de l'eau ;
De ne souffrir jamais qu'on mette des cales de bois sur les carteaux cordons, tablettes, et autres pierres de parement, ni qu'on emploie ces pierres sans qu'elles aient un lit suffisant pour être bien assises ; ne pas laisser mettre en œuvre des pierres trop fraîchement tirées de la carrière, et qui ne soient déchargées de leur bousin, parce que lemortier ne s'y attache pas ; de faire en sorte qu'en les posant elles ne fassent point de bosses qui excèdent le niveau de louvrage ; mais , sur toute chose, de ne pas souffrir qu'on emploie des pierres de grès , parce que le mortier ne s y attache pas , soit à cause que leurs pores sont trop serrés, ou qu'elles ne fournissent point de sel comme les autrçs pour durcir et faire sécher le mortier, la meilleure manière de garnir les murs étant d'y employer de la brique et du moellon plat , bien arrangé et entrelacé de manière que le milieu des uns réponde aux joints des
aya Là SCIENCE DES INGÉNIEURS,
autres > observant toujours de conduire^ autant qu'il est possible , Tou-
vrage de niveau sur toute la longueur et l'épaisseur.
Quand on manque à toutes ces précautions ^ il arrive que le parement, n'étant pas bien lié avec le reste de l'épaisseur, est proprement un mur appliqué contre un autre, qui, venant à se d^ader par la suite, se détache en peu de temps ; toute la cbemise tombe, et il ne reste pltis qu'un massif informe , qu'on a bien de la peipe k réparer solidement. Pour remédier à cet inconvénient , on pratique aux revêtements des fortifications une construction de maçonnerie qui est la meilleure (à ce que je crois ) qu'on puisse imaginer : elle se fait ordinairement de brique et de moellonage, et comme il y a de l'art à bien lier ensemble ces deux matériaux, voici comment on les met ^n œuvre.
Après avoir tracé les fondements de la muraille et ceux des contreforts relativement aux dimensions des plans et profils y soit pour une face de bastion , flanc ou courtine , et bâti ces fondements avec les pré« cautions dont il est parlé dans le chapitre précédent , en un mot , après avoir élevé l'ouvrage jusqu'au niveau du fond du fossé , on com« mencera par faire faire trois mortiers différents ; le premier sera de ciment composé de bons tuileaux bien battus et d'un tiers de la ipeiU leure chaux , pour remplir et garnir les joints des parements de grais^ série; le second sera aussi (composé d'un tiers de bonne chaux, et le reste de sable fin pour la maçonnerie du parement. Si l'on a deux sortes de chaux , on prendra la moindre pour le troisième mortier, qui sera composé de petit gravier , s il y eiji a aur les lieux, pour la grosse maçonnerie.
On préparera aussi trois sortes de pierres:. la première, pour les soubassements et les angles, doit être taillée dans ses lits et joints, ciselée et piquée proprement à la petite pointe du marteau , ses faces dressées à la règle <^ et les joints démaigris pour recevoir le mortier; la seconde sera la brique, dont on se servira pour le parement ; et la troi* sième, le moellon pour la garniture du milieu et des contreforts*
On posera la première assise du parement, composée de bontisses et de carreaux : ai les boutisses sont rares , on en mettra un tiers sur deux tiers de panneresses, les unes et les autres ayant leurs faces taillées suivant le talus du revêtement, et derrière cette première Msise on cou. vrira toute la maçonnerie des fondements, tant du revêtement que des
LIVRE III. DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. 37^ contreforts, d'un lit de trois briques d'épaisseur posées à plat bien garnies de mortier. Le commencement de cet ouvrage demande beaucoup de soins et de précautions. Ce premier lit étant posé , on en fera -un autre derrière les pierres du soubassement, qui aura trois briques et demie de largeur seulement ; sur celui-ci on en fera un second, qui ira encore en diminuant d'une demi-brique , et on continuera de même jusqu'au cinquième rang, qui se terminera à une brique et demie. En élevant ces rangs de briques, on a grand soin de bien garnir tout le reste de l'épaisseur du mur et des contreforts , de moellon à bain de mortier arrasé sur toute l'étendue de l'ouvrage, que l'on conduit toujours de niveau de même que les contreforts , aux angles desquels on ifiet les plus gros moellons , observant que la racine soit bien liée avec le revêtement pour que le tout ne fasse qu'un corps. Quand la maçonnerie a été élevée de niveau au dernier rang de briques dont nous venons de parler , pour lors on dit avoir fait une lei^ée, que l'on couvre de rechef d'un rang de trois briques d'épaisseur qui règne généralement sur tout l'ouvrage , et ce rang est nommé chaîne^ parce qu'effectivement il enchaîne pour ainsi dire toutes les parties de l'ouvrage les unes avec les autres. Après cela, on recommence tout de nouveau à faire une levée de briques de cinq rangs de hauteur, allant en diminuant d'une demi-brique au premier rang, et se teiminant à une et demie au cinquième, le derrière garni de moellon , comme on a fait pour la première levée, et ainsi dé suite.
D'un autre côté on continue à conduire le parement par assise de boutisses et de parneresses, les boutisses bien enclavées dans l'épaisseur du mur, et les parneresses serrées et maçonnées entre les boutisses 9 faisant toujours suivre à leurs faces le talus de la muraille , tant que le soubassement soit parvenii à la hauteur qu'on jugera à propos de lui donner, laquelle est ordinairement de 5 ou 6 pieds, plus ou moins jselon la hauteur de l'ouvrage. Le sommet de la dernière assise du soubassement doit être taillé en chanfrein de deux pouces. Cette partie du parement se fabrique comme noun lavons dit avec le mortier de ciment y de terrasse , ou de cendrée de Tournay , selon lès pays oii l'on fait travailler. On en use de même pour tous les autres murs qui sont sujets à être environnés d'eau.
Quand lé soubassement est achevé ^ on continue à élever le reste du parement qui se fait de briques ou de moellon piqué, mais plus ordi« nairement de briques. C'est pourquoi j'ai supposé que le profil repré^ PL.VIILMi^t^ par la Fig. lo était dans ce gout-l^. Il imprime assez bien là disposition des assises qui composent le soubassement^ les chaînes de briques qui se font après chaque levée et les cinq rangs dont nous avons parlé, qui vont toujours en diminuant d'une demi-brique. Ainsi, comme ce dessin aide beaucoup à faire entendre la construction que je me suis proposé de décrire , cela me dispensera d'entrer dans bien des petites circonstances qui se présenteront d'elles-mêmes à l'esprit, pour peu qu'on y fasse attention.
Si le reste du parement au-dessus du soubassement se fait de briques^ on commence par en asseoir un rang que l'on met à plat, et qui font face de leur tête : sur celui-ci on en met un autre à plat, qui font fkce de leur longueur, et alternativement une assise en boutisse, et tme autre en parneresse à joint recouvert, observant de suivre le talus qui a été réglé par, le profil, et toujours de même jusqu'au Côrdoû, au contraire du derrière de la muraille qiii doit être à plomb, aussi bien que les contreforts.
£n conduisant le parement, on arme les angles saillants de pierre de taille en petit bossage d un pouce et demi de relief posé par assise réglée, et les deux faces de chaque pierre qui fcnt parement sont tail«* lées de façon qu'elles forment précisément un angle égal à celui que doit avoir l'ouvrage , ayant attention de donner aussi à ces mêmes fi^es le talus que doit avoir le revêtement, comme on le voit représenté dans la Fig. 9 ; et quand on est parvenu à la hauteur qu'on veut donner au .revêtement, on le termine par un cordon de la même pierre^ d'un pied de hauteur, taillée en demi-rood, et posée en saillie d environ 5 ou 6 pouces. Ce cordon est aussi composé de pameresses et de boatisses : les pameresses doivent avoir au moins ^4 pouces de lit, non compris la saillie, et les boutisses 3 pieds de queue, le derrière bien g;ami et conduit à même hauteur. Ensuite on élève quelquefois sur le sommet de la muraille, un petit mura plomb devant et derrière, auquel on donne 4 pieds de haut et 3 d'épaisseur, pour servir de revêtement au parapet. Quand la pierre de taille est commune, on le couronne par une tablette qui a un lamier dont la saillie est de 3 ou 4 pouces, ou
LIVRE IIL DE LA CONSTRUCTION DES TRAVAUX. 17$ bien on convre tmite la 'maçonnerie par une assise de briques posées en liaison altematÎTe^ moitié de champ, et moitié debout, avec lesquelles on fait aussi un lamier qui déborde seulement d'un pouce ou d'un pouce et demi, observant de donner an couronnement une pente de 4 pouces allant du derrière au devant, le tout construit à petit joint, en bonne liaison, et bien reciré.
Quand on fait des demi*revêtements, on suit les mêmes choses qu'on vient de voir, c'est-à-dire que Ton conduit la^ maçonnerie depuis la dernière retraite des fondements jusqu'à la hauteur de la ligne de niveau ou du rez*de-chaussée, le reste de la hauteur se revêt de gazons ou de placage^ et on se conforme au cinquième article du profil général de M. de Vauban.
A l'égard du revêtement de la contrescarpe, et des deux gorges des ouvrages, la maçonnerie s'en fait avec les mêmes précautions qu'aux remparts. Ainsi , on en peut jager par la figure huitième.
Comme on se trouve souvent dans la nécessité de lier de la nouvelle maçonnerie avec la vieille , je m'arrêterai un moment pour enseigner une pratique qu'on ne fera pas mal de suivre en pareil cas , les maçons Y faisant ordinairement si peu d'attention , qu'il arrive toujours que leur ouvrage est défectueux en cet endroit*Ià.
Après avoir détaché une partie de la vieille maçonnerie pour se donner des amorces , il faut gratter le mortier qui se trouve sur la pierre , jusqu'à ce qu'il n'en paraisse plus que dans le fond des joints , ensuite nettoyer proprement toutes les ordures, de sorte qu'il n'y reste pas de poussière. Pour cela il faut, après s'être servi du balai, avoir de grosses brosses , afin que les soies' s'introduisant, dans les pores les plug imperceptibles , en fassent sortir tout ce qui s'y trouve ; car c'est ordinairement la poudre répandue sur la pierre, qui empêche le mortier de s'insinuer dans ses pores pour faire une bonne liaison. Après cette préparation , il faudra jeter sur cette vieille maçonnerie une grande quantité d'eau à diverses reprises , afin qu'elle s'y imbibe, et quelle acquière pour ainsi dire , une vertu attractive. Il faut avoir dans un baquet de la bonne chaux détrempée, de sorte qu'elle soit grasse et glutineuse; plusieurs manœuvres prendront des brosses , les tremperont dans la chaux pour l'imprimer sur la maçonnerie, en frappant à petits coups ^ afin qu'elle pénètre dans les joints et les pores de la pierre jusqu'à ce
> qu'elle en soit bien imbibée, et qu'on en ait mis une quantité ftuffî. santé pour que cette colle de chaux surmonte de 3 à 4 lignes la surface de la maçonnerie, après quoi on appliquera dessus du bon mortier pour maçonner comme à l'ordinaire, observant que la pierre ou la brique soient bien entrelacées avec les amorces, et fassent une bonne liaison. Alors la chaux qui se trouve entre la vieille et la nouvelle maçonnerie, les unit si bien ensemble, en s'incorporant dans l'une et dans l'autre, qu'il se fait peu de temps après une liaison qui rend l'ouvrage plus indissoluble à l'endroit de la jonction que par*tout ailleurs, comme l'expérience l'a fait voir toutes les fois qu'on en â usé ainsi.
Voilà ce que je m'étais proposé de dire sur la maçonnerjjs en général. Je me suis un peu étendu sur celle des revêtements de fortifications, parce qu'elle appartient particulièrement à mon sujet, mais si je voulais entrer dans un semblable détail pour tout ce qui pourrait demander une construction particulière, selon les différents cas qui peuvent se présenter , je n'aurais jamais fini. C'est pourquoi je m'en tiendrai à l'idée que je viens de donner, me proposant pourtant de ne pas négliger dans la suite les occasions où je pourrai insinuer les connaissances que je croirai encore nécessaires : quand il sera question, par exemple, des ponts, des voûtes, des écluses, et autres ouvrages considérables, qui ont une manière d'être fabriqués qui leur appartient essentiel lementr
Explication de plusieurs tables servant à déterminer les dimentions de toute sorte de rei^étements de maçonnerie.
Pl. IX Depuis que j'ai composé le premier livre, il m'est venu plusieurs et X. fois en pensée que des gens ne feraient pas grand usage des règles que j'y ai enseignées pour trouver l'épaisseur des revêtements,, à cause de la longueur des calculs et des opérations abstraites qu'il fallait faire , et que 1)B sûr moyen de contenter tout le monde était de donner des tables dans lesquelles on pût trouver les dimentions de tous les profils qui peuvent s'exécuter , selon les différents talus que l'on voudrait donner aux revêtements, soit pour ceux qui soutiendraient des remparts accompagnés de leurs parapets, ou pour les autres qui , n'ayant point de parapet à soutenir, serviraient aux terrasses, aux quais, aux chaussées , aux contrescarpes , aux gorges des ouvrages , etc. Mais ces
TA BLE pour régler l'épaisseur qu'il faut donner au
talus qu'on voudrait leur donner^ avec des dii
Hautenr
des revélemeuts.
pied«.
Épaisseur
aa sommet
ponr an 5'
de ta las.
pi«ds. poacei. lignes.
Épaissbor
sur la base
poar un 5*
de talaa.
pieds, ponces.
'9 ao ai aa
lignes.
ÉPAxssana
ao sommet
pour on 6"
de talus.
pieds.
lignes
ÉpAissBua
sar la i>ase
pour un 6*^
de talus.
pieds, poaees. lignes.
la i3 i5
ao ai aa
aa a3 a4 a5
sommet relativement aux différents