CHAPITRE NEUVIÈME
Des magasins à poudre et arsenaux pour Us munitions de guerre.
\Jh ne faisait pas autrefois de magasins comme on Fa pratiqué dans ces derniers temps. On resserrait la poudre dans des tours attachées au corps de la place , ce qui était sujet à de grands accidents; car, quand le feu venait à y prendre, soit par hasard ou par le dessein concerté de quelque trahison^ ii se formait une brèche dont Tennemi pouvait se prévaloir^ comme cela est arrivé à Aire du temps que cette place appar* tenait à TEspagne. TjCS Français qui en faisaient le siège, d'intelligence avec un habitant^ trouvèrent moyen de mettre le feu aux poudres qui étaient dans le souterrain d'un bastion. Elles firept un si grand effet, qu'une partie du rempart fut renversée dans le fossé, et un cavalier qui occupait le terre-plaih , partagé en deux monticules que Ton voit encore ; les assiégeants s étant présentés sur ia contrescarpe pour monter à Tassant, la garnison fut obligée de se rendre plus sM qu'elle ne l'eût fait.
Quand on vit de quelle conséquence il était de séparer les magasins de l'enceinte, on en bâtit de différente figure ; mais on fut long-temps avant de rencontrer les justes proportions qu^il fallait leur donner. Les plus ordinaires se faisaient comme celui qui est représenté par le premier et le deuxième dessin de la PL XXVI , où 1 on voit quonJes cou- Plan en k vrait par plusieurs voûtes d'arêtes appuyées dans le milieu sur deux ou p^,^*' trois piliers; flfïdiis comme , pour i*éunir ces voûtes sous les mêmes pentes oi i, du toit II il fallait faire un massif considérable de maçonnerie qui les chargeait extraordinairement, on convint qu'il valait beaucoup mieux les couvrir d'une seule voûte , que l'on fit d'abord en tiers-point, coiùme on le peut votr dans le cinquième et le sixième dessins de la. même planche. On pratiquait à la naissance de la voûte uli plancher pour faire jone espèce de grenier, afin d'y resaerrer les poudres' qui ne pouvaient pas êtres contenues au rez-de-chaussée.
M. de Vauban ayaiat remarqué dans plusieurs sièges que les voûtes en tiers-paint étaient t*t)p Êiibles , et que le grenier ne faisait que
charger les piédroits fort mal à propos, puisque la prudence ne voulait pas quon aventurât tant de poudre dans un même magasin, étant plus convenable de la partager dans différents endroits , rejeta absolument toutes les constructions qui auraient été en usage jusqu'alors , et en proposa une nouvelle beaucoup plus parfaite, qui est celle qu'on voit Plahghb représentée par le premier et le second dessins de la PI. XXYII, qui a XXVII. toujours été exécutée avec succès , quoiqu'on puisse la rendre encore ei a! plus parfaite en y changeant quelque chose , comme je le ferai voir dans la suite.
Je n'ai jamais considéré sérieusement ce dessin sans avoir été ravi d'admiration, en remarquant que ce grand homme avait rencontré à peu de chose près , par la justesse de son esprit et sa grande ekpérience, des proportions aussi exactes que celles qu'auraient pu donner une papfaite connaissance de la mécanique des voûtes. Voilà l'avantage des génies supérieurs : s'ils ne frappent pas directement au but, du moins ils ne s'en écartent guère. Tous les magasins qui ont été construits dans ce goût là se sont soutenus jusqu'à présent sans qu'il leur soit arrivé aucun accident, même dans les places assiégées qui ont le plus souffert des bombes; il en est tombé à Landaw plus de 80 sur un semblable magasin sans que la voûte en ait été aucunement endommagée, la même chose est arrivée à Ath, et à plusieurs autres endroits. M. Demus, directeur des fortifications^ auquel on peut bien s'en rapporter, m'a dit qu'au dernier siège de Tournay, où il était , les ennemis jetèrent plus de 4^000 bombes dans la citadelle , dont le plus grand nombre tomba sur deux magasins qui n'en furent point ébranlés, parce que les voûtes étaient en plein cintre , de même que celui de Landaw; au lieu que deux souterrains voûtés en tiers-point furent enfoncés à la troisième ou quatrième bombe, quoique couverts de 5 à 6 pieds de terre depuis plus de 4o ans.
Si Ton joint à de pareilles expériences tout ce que la raison peut inspirer, on n'hésitera point à donner la préférence à la voûte en plein cintre sur celle en tiers-point, et à se conformer au dessin de M. de Vauban. Ceux qui ont été d'un sentiment opposé ne s'en sont pas mieux trouvés , mais il est nécessaire qu'il arrive des accidents qui fassent sentir la conséquence de ne point s'écarter des bonnes maximes pour ne suivre que le hasard ou le caprice. Le droit de réformer ne s'acquiert