LIVRE IV. DES ÉDI^FICES MILITAIRES
ordinairement 5o ou 55 livres : on soutient cet entonnoir et son tuyau par des crochets poses de distance en distance.
Quand on ne veut point faire la dépense d*un tuyau pour conduire les eaux jusqu'en bas, on fait une gouttière qui porte l'eau environ cinq pieds hors de régont, afin que le pied du mur ne s'en ressente point ; cette gouttière doit être soutenue par une bande de fer.
Comme le plomb se vent à la livre , on saura qu'un pied quarré sur une ligne d'épaisseur pèse environ cinq livres et demie : d'après ce principe il sera aise de connaître le poids des tables de plomb quand on en saura l'épaisseur.
Détail de la i^Urerie.
Lé plus beau verre qui s'emploie en France se fait dans la forêt de Léonce, près de Cherbourg en Normandie : il se vend à la somme ou au panier, qui comprend vingt-quatre plats de verre, qui ont 3o ou 32 pouces de diamètre ; le premier se vend présentement sur les lieux ^5 livres, après en avoir valu 5o et 55 il y a quelques années ; mais le roi en a réglé le prix par un arrêt rendu en 17^4, et l'a taxé comme je viens de dire à a5 livres.
Quand les plats sont entiers sans aucun accident , et qu'ils ont 3o ou 32 pouces de diamètre, on peut en tirer environ 5 pieds quarrés ; ainsi un panier où il n'y a point de plat rompu peut fournir 120 pieds.
Ce sont ordinairement les marchands verriers qui se chargent de faire voiturer les paniers de verre aux différents endroits où les vitriers en demandent/ et il y a une convention généralement reçue entre eux, qui est que les marchands verriers, n'indemniseront les vitriers des plats de verre qui pourront se casser en chemin, que lorsqu'il y en aura plus de sept d'endommagés ; c'est-à-dire, que s*il n'y en avait que cinq ou six, le vitrier doit recevoir le panier comme si tous les plats étaient entiers, mais si au contraire il s'en trouvait plus de sept de rompus, alors les vitriers ont une indemnité de 20 sols par plat, de sorte que s'il y en a neuf ou dix de rompus, c'est 9 ou 10 livres que le marchand doit diminuer.
Il y a encore une autre sorte de verre pour la vitrerie que l'on tire de Lorraine, qui n est pas à beaucoup près si beau que celui de Normandie, parce qu'il est plein de pustules et très-rude ; mais il est plps
•4ao LA SCIENCE DES INGÉNIEURS,
épais que le précèdent ; c'est pourquoi on ne laisse pas de 8*en âfervir dans les endroits qui ont beaucoup à souffrir du vent, et qui ne sont pas de conséquence. Ce verre se vend ^a ballot, et dans chaque ballot il y a ao liens; chaque lien contient six tables ou plats de verre ^ dont on ne peut guère tirer de chacun plus de 2 pieds ^t demi de verre en quarré : ainsi le ballot ne fournit qu environ 36o pieds quarrés.
Moyennant toutes ces petites connaissances, il sera aisé de juger du prix que doit valoir le pied quarré de verre ; en quelque endroit du royaume que Ton soit, puisqu'étant prévenu de ce qu'il se vend sur les lieux, de ce qu'il eu peut coûter pour la voiture, et de ce que chaque plat peut donner, il n'en faut pas davantage pour savoir si le marché que l'on veut faire est raisonnable ou non ; il est bon de prendre garde que tous les vitriers du royaume, excepté ceux de Paris, ont en usage parmi eux un pied qui n a que f o pouces de roi, et que par conséquent on doit avoir égard à cette difTérence dans les marchés que l'on fait, afin de n'avoir pas de difficulté pour le toisé; mais il faut remarquer que la valeur du pied quarré de verre doit dépendre aussi de la grandeur des carreaux ; que quand ils sont d'une belle grandeur , comme par exemple de 10 pouces sur 8, on n'en peut tirer qu'un petit nombre du même plat^ et que par conséquent il faut entrer dans le déchet, qui sera alors plus considérable que si les carreaux n'étaient pas si grands ; car je suppose toujours qu'il n'est point question des panneaux, et qu'il s'agit des croisées comme on les fait aujourd'hui : enfin j'ajouterai que quand on toise une ou plusieurs croisées, on ne s'amuse point à compter les carreaux, mais que l'on mesure la largeur et la hauteur des fenêtres, sans y comprendre les châssis, et qu'on toise tant plein que vide , sans diminuer la différence que causent les croisillons ou petis bois^
Pour empêcher que l'air ne passe entre les carreaux et les croisillons ^ l'on a coutume d'entourer de plomb les carreaux, ou de les coller avec du papier, dont^on se sert plus volontiers, parce que les carre:mx en sont plus clos ; cependant, comme le papier se détache à la pluie, ce qui oblige de les renouveler de temps en temps, on se sert depuis peu d*un mastic excellent pour cela, et qui y ^tant une fois appliqué, se conserverait des siècles entiers saqs être renouvelé, ayant la propriété de se durcir à l'air ; et comme l'usage de ce mastic n'est connu que de peu de vitriers, en voici la composition qui est fort simple :