‹ La science des ingénieursChapitre 189 sur 306 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

OU LOK bî^SElGNE TOUT CE QUI PEUT APPABTENIR A LA DECORATIOIT

DES lÊDIFICES.

Lja kt de décorer les édifices renferme tant de choses intéressantes et utiles, que j'ai cru ne pouvoir me dispenser d'en donner un petit traité qui oontînt succinctement les maximes les plus approuvées des meilleurs architectes. Je sais bien que la plupart des ingénieurs s'y attachent peu, les autres parties de leur métier étant assez étendues pour les occuper entièrement. Cependant, si Ion fait réflexion que ce n'est 'que par la connaissance des ordres d'architecture qu'on peut acquérir le bon goût et cette grâce qui sied si bien dans les ouvrages même les plus rustiques , on conviendra qu'il se rencontre mille occasions d'en faire usage, comme pour orner les portes de villes, les guérites de maçonnerie et les édifices militaires en générai, puisqu'il faut nécessairement certains principes pour profiler selon les règles les parties d'un entablement et même celles de la moindre corniche. D'ail, leurs, quelle satisfaction n^est-ce pa» pour ceux qui se piquent d'avoir quelque connaissance au-dessus des autres, de pouvoir juger du mérite des superbes monuments qui maixfuent de toute part la magnificefice de nos rois! et que pourrait*on penser^ si on les voyait au milieu du château de Versailles y admirer comme le peuple les beautés qu'on y trouve, sans en avoir un sentiment plus éclairé ! Il est des choses que l'on ne peut ignorer sans se faire tort : on n'excuse point aisément un galant homme qui n'a nulle connaissance de la fable ni de l'histoire ; à plus forte raison serait*on en droit de trouver à redire, si un ingénieur ne savait pas faire la difîérence d'un ordre Toscan d'avec un Corinthien. Ce n'est pas que je pense qu'il y en ait beaucoup dans ce cas : je suis fort éloigné d'un préjugé si injuste, et les entretiens que j'ai eus

avec plusieurs sur cette matière, mont fait voir qui! s en trouvait d'aussi capables de construire un palais qu une demi-lune ou une contre-garde. Je veux seulement désabuser ceux qui veulent s attacher aux fortifications, de lopinion que Vitruve, Palladio, Vignole et Scamozzy, sont des auteurs qui ne les intéressent pas^ s'imaginaut qu'il leur suffit de savoir tracer sur le papier un front de polygone pour être d'habiles gens, et que tout ce qui ne tend pas directement à la manière de fortifier les places, regarde le ministère des architectes plutôt que* le leur. Il y en a même qui croiraient déroger s'ils s'y appliquaient, comme s'il y avait plus de gloise à faire bâtir un corps de casernes qu'un portique.

Malgré tout ce que je pourrais dire pour justifier les raisons que j'ai eues de parler de la décoration, ce n'a pas été sans peine que je me suis déterminé à écrire sur un sujet si délicat , les bibliothèques étant remplies d'une grande quantité de livres qui semblent avoir épuisé la matière. Car il faut avouer que cette science^ après avoir été long-temps ensevelie sous les ruines des édifices.antiques, est parvenue aujourd'hui à un degré de perfection qui la met au-dessus de son ancienne splendeur, et qu'il faut être bien habile ou bien téméraire pour ajouter quelque chose aux préceptes que tant de grands hommes nous ont laissés : aussi n'est-ce pas mon dessein, n'ayant eu en vue que de rendre mon ouvrage complet , en évitant aux lecteurs la peine d'étudier un grand nombre de traités , où il n'est pas aisé de faire un bon choii des règles- Ainsi, à le bien prendre, ce n'est pas moi qui vais parler, mais plutôt Vitruve, Palladio, Vignole, Scamozzy, Chambray, Perrault^ Blondel, Daviler, et tous les autres architectes dont les ouvrages ont de la réputation. Souvent même je me sers de leurs propres termes, n'ayant pas voulu imiter ceux qui changent les expressions d'un auteur pour s'en approprier les pensées. Cependant, comme la plupart des architectes ont leur méthode particulière de déterminer les proportions des ordres, j'ai suivi celui qui m'a paru le moins confus et le plus goûté du public, je veux dire Vignole, qui peut passer avec raison pour le plus célèbre d'entre les modernes^ Sa méthode est aisée , ses règles sont générales^ et ce qui eu augmente le prix, c'est qu'il les a tirées de ces grands originaux qu'on ne peut se dispenser de prendre pour modèles, sans tomber dans des défauts grossiers, comme cela n'est que trop

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