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LIVRE V. DE LA DÉCORATION

arrivé , à la confusion de' Tarchitecture gothiqae , qui sans avoir eu d'autre fondement que l'ignorance et un caprice ridicule , a rempli le monde d'une quantité prodigieuse d'édifices qui n'étaient ornés que par des colifichets, dont le mauvais goût fait tort à la mémoire de nos pères, qui ont pu admirer des choses si bizarres, tandis qu'ils rencontraient par- tout des vestiges de ces beaux monuments qui font tant d'honneur aux Grecs et aux Romains. Et peut-être serions-nous encore dans le même aveuglement, si le roi François P*" , en rappelant en France les sciences et les belles*lettres , n'avait occasionné le rétablissement de l'ancienne architecture. Mais ce ne fut poipt d'abord sans peine que les yeux accoutumés aux ouvrages gothiques purent se faire à de nouveaux objets; et, comme dit M. Blondel, « c'est alors que l'on vit qu'il est « bien plus facile de corriger les défauts de l'ignorance sans présomp- « tion , que d'apporter du remède à ceux qui viennent d'une fausse « capacité. y> Les nouveaux architectes méprisèrent tout ce que l'usage avait introduit de défectueux et d'impertinent, et ne songèrent plus qu'à s'instruire dans l'examen des anciens édifices qui restaient en Italie, et particulièrement à Rome. Ils en mesurèrent exactement les parties, et enchantés de l'harmonie qui régnait entre elles, ils mirent toute leur application à recouvrer les règles que les Romains avaient apprises des Grecs , et heureusement ils trouvèrent dans Vitruve de quoi leur abréger beaucoup le chemin. Cet auteur, qui est le seul qui nous reste des anciens , après avoir été bien néglige , fut enfin lu par les gens du métier ; et comme si la nature avait voulu dédommager l'architecture de l'injustice qu'on lui avait faite pendant tant de siècles, les rois successeurs de François P^ la reçurent avec tant d'accueil, et donnèrent tant de marques de leurs bienfaits à ceux qui la cultivaient , qu'on vit en peu de temps des morceaux dignes des plus grands maîtres ; et les choses en sont venues à ce point , que si les Romains du temps d'Auguste pouvaient renaître, ils viendraient en France pour y admirer ce qu'on ne trouvait autrefois que chez eux*

Quoique j'aie suivi Vignole par préférence , à cause de l'extrême facilité de ses mesures, je n'ai pas laissé, sans vouloir m'écarter de ses sentiments, de tirer des -autres ce qui pouvait corriger ou perfectionner certaines parties que cet auteur avait négligées ou rendues équivoques par le peu d'étendue qu'il donne à l'explication de ses principes. Je n'ai

pas voulu non plus comme lui me borner aux cinq ordres : j'ai cru qu'il était à propos de les accompagner de toutes les règles particulières qui pouvaient y avoir rapport, pour rendre ce sujet aussi instructif qu'on peut le souhaiter dans un ouvrage comme celui-ci , dont le principal objet n^est point de faire des architectes, mais des ingénieurs instruits de tout ce qui concerne leur métier.

Quoique le mot d'ordre en général puisse s'appKquer à une infinité de choses différentes, pour signifier qu'elles sont dans l'arrangement qui leur convient , les anciens l'ont affecté particulièrement à l'architecture, pour exprimer l'harmonie de plusieurs parties, qui par leurs dispositions font un tout qui plaît, et surprend agréablement le coupd'œil : comme les moulures et les ornements dont on se sert peuvent s'employer de diverses manières et en plus ou moins grande quantité, les ordres ont été réduits à cinq, savoir :1e Toscan, le Dorique, l'Ionique, le Corinthien, et le Composite.

Les Grecs, qui ont inventé les ordres, n'en ont jamais eu que trois ; le Dorique, l'Ionique et le Corinthien. Les deux autres, c'est-à-dire le Toscan et le Composite , ont été imaginés par les Romains , qui n'en ont pas fait eux-mêmes grand cas, puisqu'au rapport de plusieurs auteurs célèbres , il reste peu de vestiges de l'ordre Toscan , parce qu'ils l'ont trouvé trop grossier , et qu'ils n'ont point employé séparément le Composite, ayant toujours donné la préférence au Corinthien. En effet, il est bien mieux proportionné ; car, comme le remarque Scamozzi, le chapiteau de l'ordre Composite est trop massif, et ne s'accorde point avec la délicatesse des autres parties. M. de Chambray , dans son Parallèle de l'architecture antique avec la moderne , sépare absolument les trois ordres grecs des deux romains , et fait voir avec beaucoup de discernement combien ces ordres sont inférieurs à la beauté des autres, caf le Toscan ne peut être employé seul que dans les ouvrages massifs et grossiers , quoiqu'on puisse s'en servir sans répugnance aux portes des villes, ou à quelque endroit qui demande du rustique. Le Composite étant pris des autres ordres , et n'ayant rien de particulier, n'en devrait point faire un à part. On prétend même que la licence que les Romains ont prise en imaginant cet ordre , a été en partie cause de la confusion qui s'est introduite dans l'architecture gothique ; car Tamour de la nouveauté a f iit qu'on ne s'en est pas tenu la, les ouvriers les plus igno-

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