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LIVRE V. DE LA DÉCORATION. 5oy

mières pièces se font pour l'ordinaire moins riches que celles qui suivent,

a Enfin, si Ton veut donner toute la perfection à son ouvrage, il ne faut pas se contenter de donner aux ouvriers un dessin bien lavé et coté pour chaque pièce; on doit le faire crayonner en grand sur le lieu même où doit être posé le lambris, et y faire dessiner le plus exactement que Ion pourra tous les ornements qu'on voudra y mettre, afin de pouvoir corriger, augmenter, ou diminuer les parties qui paraîtront trop fortes ou trop faibles ; car on juge bien autrement de ces sortes d'ouvrages quand on les voit dans leur grandeur naturelle , qu'on ne fait sur un dessin réduit en petit; ce que l'expérience apprendra beaucoup mieux que le discours.

« On peut voir déjà par le peu de remarques que nous avons faites jusqu'ici, que les connaissances nécessaires à un bon architecte ont plus d'étendue qu'on ne s'imagine, et qu'il ne suffit pas d'avoir exercé la fonction de dessinateur pendant quelques années , pour en mériter le titre, comme cela n'est que trop ordinaire; car, bien loin d'avoir acquis la plus grande partie des sciences qui sont absolument nécessaires , on prend cette qualité sans avoir même la pratique, ni cette expérience consommée dans les bâtiments , et qui ne s'apprend point dans le cabinet , mais par des travaux pénibles et non interrompus. Il ne faut donc plus s'étonner si l'architecture a perdu beaucoup de son premier éclat depuis un certain nombre d'années , et l'on doit même appréhender que ce mal n'augmente, si l'on n'exige point d'autres dispositions de ceux qui se prévalent de cette qualité. »

Comme ce discours de M. Courtonne renferme plusieurs choses instructives, je n'y ai rien voulu changer. J'ai supprimé seulement un article où il m'a paru qu'il marquait un peu trop d'aigreur contre quelques personnes de sa profession, qu'il ne nomme pas à la vérité, mais dont l'application est à craindre. Au reste , je reviens à l'explication de quelques sujets qui doivent finir ce chapitre.

On fait toujours un perron aux grands bâtiments, comme à l'entrée d'une église, d'un palais ou de tout autre édifice considérable. Un perron, comme on sait, est élevé par plusieurs marches ou degrés , dont le palier, pour bien faire, doit s'étendre sur toute la largeur du portail. Les marches, selon Vitruve, doivent être en nombre impair, de 5 à 6 pouces de

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hauteur au plus, sur lo à la pouces de gîron, cest-à dire qu'il faut leur donuer pour largeur environ le double de leur hauteur, afin de rendre la montée plus douce et plus facile.

Quand un perron est élevé de treize à quinze marches, il est a propos d'en interrompre la suite par un ou deux repos , afin de n'avoir pas tant de degrés à monter de suite, et que la vue ne se trouve pas blessée, en descendant une si grande hauteur sans appui. Maïs il faut surtout prendre garde que le perron soit toujours pratiqué dans la hauteur du socle ou soubassement de l'édifice , observant que, quoique le soubassement tienne lieu ici de piédestal continu , il ne doit avoir ni base ni corniche.

Pour faire aussi mention des balustres et balustrades qui se pratiquent si utilement dans les édifices, soit pour la commodité, ou seulement pour la décoration , comme quand on en fait au-dessus de Ja corniche des entablements pour égayer une façade et la terminer avec grâce, on saura que les baslustrades ne sont autre chose qu'une suite de balustres composés d'une ou de plusieurs travées , terminés par des piédestaux de même hauteur, le tout portant une tablette en manière d'appui. Ces travées doivent finir par des demi -pilastres joints aux piédestaux* Les balustres se font de plusieurs figures, mais les ronds et les quarrés sont préférables à tous les autres.

Au lieu de balustres, on fait quelquefois des entrelas, qui nonl pas moins d'agrément. On les rend plus ou moins délicats suivant les lieux oii ils doivent être placés : par exemple , ceux qui sont élevés au-dessus d'un bâtiment qu'on ne pourra voir que de loin , doivent être plus massifs que ceux qui sont faits pour être vus de près.

Les trophées composent encore dans l'architecture un ornement fort noble : leur figure est un tronc d'arbre chargé et environné d'armes de toute espèce. Leur origine vient des Grecs qui dressaient sur le champ de bataille un tronc chargé des dépouilles des ennemis pour marquer leur victoire. Ces monuments étaient consacrés à Mars, et Ton n'y pouvait toucher sans sacrilège , si l'on en juge par ce que rapporte Vitruve dans le huitième chapitre de son second livre, où il dit que la reine Artémise ayant pris la ville dé Rhodes, dressa un trophée dans le milieu de la place avec deux statues de bronze, dont l'une était élevée à sa gloire, et l'autre marquait la ville de Rhodes sous des signes de servitude , et

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