LIVRE III. DE lA CONSTRUCTION DES TRAVAUX
Touvrage comme des postules, parce que Tenant à s'éteindre plus tard que le reste de la chaux y elles rompent Tenduit et le gâtent. Il ajoute aussi que , pour savoir si la chaux est bien éteinte et suffisamment dé* trempée , il faut y enfoncer un couteau : s'il rencontre de petites pierres, c'est une marque qu elle n'est pas encore bien éteinte; de même , si on le retire net , cela signifiera qu'elle n'est pas bien abreuvée ; au lieu que, si la chaux s'y attache , on jugera qu'elle est grasse , gluante et bien détrempée.
Il y a cependant une excellente qualité de chaux qui ne se fuse point ; telle est celle de Metz et des environs , où il est arrivé que ()es gens qui n'en connaissaient pas la qualité, en ayant fusé dans des trous bien couverts de sable , Vannée suivante cette chaux s'est trouvée aussi dure que la pierre. Il a fallu la casser avec des coins de fer et l'employer comme du moellon. Pour éteindre cette chaux , on la couvre de tout le sable qui doit entrer dans le mortier , et Ton jette avec la main de l'eau dessus en arrosant , et cela à plusieurs reprises. Cette chaux s'éteint sans qu'il sorte de fumée au-dehors. Elle fait un si bon mortier, qu'à Metz presque toutes les caves en sont faites , sans autre mélange que de gros gravier de rivière; il n'y entre ni pierre ni brique, et cela fait un mastic si dur , que les piques les mieux acérées n'y peuvent mordre^ lorsque ce mortier a fait corps (i).
Dans toutes les observations qu'on a faites sur la chaux , on a connu que plus elle est vive , plus elle foisonne quand on l'éteint , porte une plus grande quantité de sable , et fait son mortier gras et bon ; qu'étant gardée long-temps après avoir été éteinte ^ pourvu qu'elle soit dans des fosses bien couvertes de sable, meilleure elle est. C'est pourquoi les Romains ne voulaient pas qu'on en employât pour leurs édifices , qu'elle ne fût éteinte depuis deux ou trois ans. On a remarqué encore que la chaux en poussière ne valait rien, parce que son sel ayant changé de nature et de vertu, elle n'avait plus celle de faire corps dans la maçonnerie.
(i) La chaux dont parle ici Bëlidor est une des espèces de chaux maigres les plus céièbres. On donnera plus bas une idée de la théorie de la chaux et de la composition des moîtiers (iV)«
igS LA. SCIENCE DES INGÉNIEURS,