NAISSANCE DES 0RTH0D0X1ES
Toutes les religions qui ont paru sur la terre jusqu'à ce jour ont revêtu la forme d'orlhodoues. Un ensemble d'idées, de symboles et de rites auquel se rattache une organisatiou sacerdotale plus ou moins complète, voilà bien ce que Ton entend parce mot; nais il implique en même temps l'exclusion de toute doctrine, de tout culte et de tout sacerdoce étranger : chaque orthodoxie a pour opinion qu'elle est la seule bonne et la seule vraie. On n'a presque pas vu d'églises pour lesquelles l'intolérance, ainsi entendue, n'ait été un principe fimdamental et une condition d'existence* Quelques églises bouddhiques, celle de Siam par exemple, ont professé une certaine tolérance à l'égard des communions étrangères ; mais si le sacerdoce bouddhiste a pu servir de type et de modèle à d'autres organisations cléricales^ les doctrines du bouddhisme, ses rites et ses symboles sont si philosophiques et sa morale est si humaine que, seul peutêtre de toutes les religions^ il n'apportait dans le monde aucun élément idéal d'hostilité. 11 aurait pu
la
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ea élre de même du christianisme, si, demeurant fidèle à son origine orientale et à la pensée du maître, il n'avait pas contracté avec les éléments mondains i et passionnés de la société gréco-latine une perniciense alliance. Devena dans presque tonte l'Europe un établissement politique, non moins qu'une institution religieuse, il a entratné, au milieu du bien | qu'il faisait, des maux dont nous sommes aujourd'hui encore les victimes, et qui ne semblent pas prés de finir. 11 est donc important peur la thème des reUgions de savoir comment naissent les orUxodoxiefii dans quéDes conditions elles grandieeenl, par quels moyens elles se propagent, et comment 4a ibroe <les choses les conduit fatalement à leur lin.
n est démontré que la religion natt d'un phénomène psychologique, et que la doctrine fut primitivement individuelle. En cela, elle n'a différé en rien des opinions que les hommes peuvent se faire sur qwl* i que sujet que ce soit. Ces opinions ne se laissent or- ^ dinairement apercevoir que quand elles ont ccnqu» des prosélytes, que les snfirages de plusieurs pei^ sonnes en ont fait une sorte d'opinion commune. Mais si toute pensée est un phénomène iudividiidi, toute opinion est née d'abord de l'esprit de quelqu'un, avant d'être Topinion d'un plus grand nombre. Ces! ce qu'a prouvé cent fois dans ces derniers temps la marche des théories scientifiques: presque toutes sont nées dans l'esprit de qocdque samst obecur, à la vue des faits dont il cherchait l'expUcation ; ce pre^
mi» chejrchêuy a «oiomuAiqué «m idM à d'autres qui l'ont accueillie, modifiée, agrandie ; et le plus sosfeafc elle n'est parvraue à vue certaine notcmété qu'après avoir cheminé lentement, aprèâ avoir été patronnée et mise en lumière par quelque savant déjà oomau.
Cette marche des idées est clairement démontrée par k belle étude publiée récemment par M, de ûna«^ ireiages sur les antécédents de la théorie de Darwin. Toutefois, ce savant ne pouvait pas et personne ne pourra jamais découvrir dans l'e^t de quel homme inconnu a germé la première pensée de la transforiMtioii des espèeee. On peut seulement affirmer qu'il y a eu jadis un tel homme, et que l'idée ne ^est montrée à son esprit que dans un état tout à fait ru- AimeotaMPe ; puis elle a grandi ; elle a m différentes phases marquées par des noms plus ou moins célébras; enfin elle s'est formulée en s'étendant à tout l'ordre des êtres vivants* Aujourd'hui elle a pris rang dans la science, et à travers les discussions et les eontradietiiHis elle ramène tour à tour à elle les es» prits les plus divergents^
On ne voit auoune raison pour qu'il en ait été au* trament des religions» passées à l'état d'orthodoxies» Au contraire, si la religion, comme nous le démon^ trerons plus has^ est une forme antique de la seienoe^ et si elle a résumé le travail scientiûque de plusieurs gteératMms, il est impossible de ne pas admettre que la première notion d'où elle est sortie a été indivi-
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duelle ; de plus, elle a dû être radimentaire, tfès-
vague et incapable d'être représentée par aucune formule précise. D'au autre côté, elle a dû être très-compréhensive, c'est-à-dire recéler en elle une force de développement assez grande pour pouvoir servir d'aliment à plusieurs géoérations. Une idée étroite est bientôt épuisée : quand elle a cessé de produire et qu'elle est devenue inutile^ elle cesse de se transmettre et tombe dans un éternel oubli. L'idée aryenne, que j'ai préicédemment exposée, avait une puissance de développement et en quelque sorte une plasticité merveilleuse, puisqu'elle a simultanément produit la religion de l'Inde et celles de la Perse^ de la Grèce, de l'Italie, des Celtes, des Germains, des Scandinaves, et que dans les temps qu'on peut appeler modernes elle a ragendré les communions bond* dbistes et les églises cbrétiennes.
Si, partant de ces formes dernières et de plus en plus variées, on se reporte au temps où elles n'existaient encore qu'en puissance dans les dogmes âryens des vallées de l'O&us, on approche de leur commune origine, mais sans pouvoir atteindre dans sa naissance la notion première d'où elles sont sorties. Cette notion a pu être conçue le jour où le feu u été allumé pour la première fois et à jeté une première intellîgence humaine dans la perplexité. La théorie du feu est déjà très-développée, et lés formules en sont trèsnettes dans les hymnes du Véda, dans les parties Itt plus anciennes des livres de Zoroastre. Comme ces
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docaments sont pour la race ftryenne les plus anciens qiiQ nous possédions et que nous puissions espérer de posséder jamais, nous devons nous résoudre à ne remonter que par des inductions aux époques qui les ont précédés.
Ces temps antérieurs ont été une période d*élaboraiion. Le travail intellectuel qui s'y est accompli n'a pu s'opérer suivant des lois différentes de celles qui ont été saivies dans les âges postérieurs, puisque la nature ne brûle pas son code à un moment donné, pour s'en créer subitement un autre. Les inductions qui se fondent sur des foits subséquents bien constatés peuvent s'appliquer avec une égale certitude à ceux qui ont eu lieu auparavant. C'est là un principe de science incontestable. Or, les bymnes du Véda nous I font toucher du doigt le dernier acte du travail intel- ' lecluel d'où est née la théorie védique du feu« de la vie et de la pensée ; on ' y voit l'effort individuel d'hommes supérieurs apportant quelques pierres au commun éditice. Le brahmanisme nous montre le même phénomène, que nous retrouvons encore avec des proportions plus grandes et des caractères plus saillants dans les conciles bouddhiques et dans ceux des églises chrétiennes. Il n'est donc pas douteux que la même marche ait été suivie par les hommes qui I «rt précédé Tépoque du Vêda et de «rAvesta. D'ailleurs, il est à peu près établi que les migrations Aryennes venues en Europe ont quitté le centre comnun de la race avant les époques correspondant à
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ces livres sacrés. La comparaison des andens dogmea
des tribus européennes avec ceux des tribus aryennes de l'Asie nous reporte donc à des temps fort reenléa. L'élimination des différences qu'ils présentent les ramène à une croyance commune, plus simple que chacun d'eux et plus proche de leur origine. On peut donc affirmer que, si dans la suite des siècles les recherches individuelles ont été le point de dépari de chacun des développements particuliers de la religion et par conséquent la cause de la diversité de ceux-ci, des recherches individuelles ont de même donné naissance au dogme primitir, et qu'enfin il y a eu une première idéed'oii ce dogme lui-même est sorti.
Quand ce premier homme apporta sa découverte à ceux de sa race, elle put être ou acceptée ou combattué, puisque c'est là le sort de toute idée, fille eut, eYIe aussi^ à soutenir la lutte pour l'existence. Toutefois, comme elle se présentait avec une haute supérioritéy ce qui suivit démontre qu'elle attira un grand nombre d'esprits, car elle finit par devenir le dogme commun de toute notre race, et elle se transmet encore à des hommes de races inférieures et étrangères à la nôtre. Il y eut doue une période, dont la durée est inconnue, où, d'individuelle et de privée qu'elle était, elle devint commune et publique. C'est ce que nous pourrions' appeler la période d'incubation de l'orthodoxie.
Si l'on admet, avec quelques savants, que ladoetriae
fut révélée tout entière et explicitement à ce premier
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homme, on admet on même temps que tout ce qui a été ajouté depuis en est une déviation, procède de volontés mauvaises et d'intelligences dévoyées ; on condamne d'un seul mot toutes les religions issues de la souche primitive; enfin on se jette dans une foule de contradictions et d'hypothèses dont aucune n'est compatible avec les méthodes scientifiques les plus élémentaires. Une pensée beaucoup plus juste avait été émise déjà par plusieurs poètes védiques, et parait avoir été celle de Jean Tévangéliste, ainsi que de beaucoup d'hommes très^instruits et très«4iinoère8, soit de l'antiquité, soit des temps modernes. Us peu-* saient que la révélation s'opère en chacun de nous. Cette doctrine été l'apparente contradiction de la religion et de la science; elle rend compte de tout le passé des ortfaodoxies, en éclaire Tétat présent, et permet d'en prévoir l'avenir.
Ainsi l'ordre de la nature, qui veut que toute forme ait des commencements très-petits, s'applique ici comme partout ailleurs. Du moment où un homme communique sa pensée à un autre homme, il la lui livre pour qu'il la féconde par sa propre initiative. Si la pensée est juste, loin de se perdre comme un embryon mal const^itué, elle grandit par voie d'ana* lyse; chaque fois qu'une intelligence d'élite Tadopte pour la faire sienne et y applique ses forces individuelles, l'idée prend un accroissement nouveau. En effet, il est à peu près incontestable que la théorie du feu n'a d'abord embrassé que les phénomènes
âiO NAISSANCE DES ORTUODOXIKS.
matériels les plus immédiatement perceptibles, et
même que Torigine solaire du feu ne fui aperçue que plus tard. 11 fallut ensuite beaucoup de temps et de réflexion pour que Ton vit en lui l'agent psychologique et qu*on lui demandât rexplication des phénomènes de la vie. C'est à l'époque védique seulement qu'il fut identilié avec le principe de la pensée : on peut en acquérir la certitude en lisant les seuls hymnes attribués aux poètes Viçwàmilra et Diigbatamas. Enfin la grande théorie métaphysique, concentrée autour du nonà neutre de Brahma, est postérieure à la période des hymnes. Le même travail des esprits s'accomplissait dans l'Asie occidentale , car le principe absolu des Perses connu sous le nom d'akaratm ou € d'être inactif » est postérieur à la doctrine presque dualiste d'Ormuzd etÂfariman, qui Test elle-même aux parties les plus anciennes duZend-Avesta ; cellesci renferment une doctrine à peu près identique à celle des hymnes indiens. Ce sont là des faits élémentaires connus de tous les orientalistes.
Il est donc historiquement impossible d'admettre que les dogmes aryens, sur lesquels se sont fondées successivement les orthodoxies; soient venus au monde tout formés. On voit au contraire^ que les faits sont ici d'accord avec l'analyse, et que l'action individuelle dans la formation des dogmes ne peut laisser aucun doute. C'est par des découvertes personnelles, dont s'enrichissait successivement la communauté, que se sont développées les croyances pubUques. £Ues por-
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iaient d'abord sur des phénomènes naturels, produits soit spoDtanément) soit par des procédés humains : une partie des doctrines les plus antiques relatives aù leu ont en vue les feux naturels ; mais du moment où rhomme put à son ^ré faire apparaître cet agent si puissant, il vit son existence soustraite à Tancienne laisèi e, et ce feu devint le principal objet de sa contemplation et de son culte. Je ne veux pas rappeler ici les cris d'enthousiasme qui échappent aux vieux poètes^ (ju^nd ils célèbrent la puissance merveilleuse du feu. Ces cris, chacun peut les entendre encore : il suriil pour cela de parcourir nos villages aux fêtes de la Saint-Jean et de voir an tomber du jour les danses, les éclats de joie de nos campagnards autour de leurs bûchers flamboyants. Les hymnes védiques en l'honneur d'Agni sont beaucoup plus beaux et plus instructifs pour nous.
En effet, la première doetrine naquit des réflexions qui furent faites sur l'extraction du feu, sur les matières dont il s alimente et sur les effets qu'il produit. La faculté qu'on eut de le renouveler chaque jour et de reproduire dans le même ordre tous les phénomènes qu'il engendre, permit de refaire aussi sans cesse les mêmes remarques, de les rendre par des noms expressifs et d'énoncer les formules qui purent être répétées par les lils et- passer aux arrière»ueveux. Ces formules, sans les phénomènes, prenaient une valem^ abstraite et poétique; mais elles n'avaient un caraclère positivement religieux que quand elles étaient
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proooncéfts en face du foyer sacré ; saas loi, ea efiél, elles n'étaient plus qu'un simple souvenir. Âu contnire» quand rbomine sopérienr, cpii dès cas andeoa temps portait le nom de prêtre., se trouvait en pré- Mms d'Agni caché dam tes uranî, quand par le frolteinent des deux morceaux de bois il le faisait apparaître, quand il le déposait sur Therbe sèche et sur laal^^otsde rautel, loi dmisait Toaction du beurre, rallmentait de liqueurs spiritueuses et de gâteaux saerés, le i^yyait lançant des flammes ^ers le ciel, illuminant toute la nature et révélant les Sonnes des objets plongés dans la nuit, alors les réflexions se pressaient en foole dans son intelligenoe» émoovaieal son âme, et la forçaient à se répandre en actions de grftoes et en chants d'allégresse. Ses paroles, entea» daes des assistants, portaient la lumière et la convietion dans leurs cœurs ; ils a s'unissaient d'intention % avec le prêtre, et t ne faisaient aveeloi qu'une seole pensée > dans plusieurs corps.
Nous extrayons ce tableau et la plupart de oes ei* pressions des hymnes indiens les plus antiques. Les auteurs ne faisaient, comme ils le disent, que répéter l'œuvre que leurs ancêtres avaient fondée. On ea peut aisément déduire que la religion se présenta dès l'origine sous la double forme d'une doctrine et d'un culte ; mais comme le feu était un ag^nt néces^ saire à tous les hommes, et que chaque père de famille pouvait l'allumer ch«iue jour en présenee de sa femme, de ses enfants, de ses amis et de ses ser*
li H ini , il dhÉ se tormer des cestrei élraili et imltH
pliés» aou de calte, laaiâ d'interprétaUûu al théorie* C'art ee q«e prMfe la diversité des iieins par fesqueU oa déiigaa le {uriiiape actif du feu^ de ia via et deiâ pensée. Celte diversité est grande d'un hymne à l'autre àuM ie Véda ; mais elle est bîeii pins eaisissairte ett« cQi^ d'ua peuple à Tautre daus la race àryeaue. Ou m bnmmra nn exemple dans le mythe d'Agni elles ks ladienfty mythe dont cehii de Pirmuéthée Soam le pendant chez les Hellènes. La formation de centres / religieux îaûlés fut prâsanamU favortsie par l'état iacuUe où se trouvait la terre, par rahseuce de routes et par la vie plus <ni moins nomade de populations d'ailleurs rares et dispersées. Ainsi les doctnoes de* meurèreut longtemps coniinées dans la famille ; la reUgion eut «a.caFaolère do m ee l i qu e ou lo«t m plus patriarcal, . qu'elle a souvent eucore dajis le • Vêda.
Il u'm M plue de même lorsque les peuplades
errantes se fixèrent dans leurs pays respectifs^ et y famèraiil des eomoHUNtutés soeûUes et politiques. Les ciiefs religieux oommencèreut presc;^ partout à se rapprocher les uns des autres et à se réunir dans des lieux déterminés. Dans i'lude, ce fut principale* ment au bord de certains lacs et au confluent de cer* taines rivières ; en Grèce, des moti£i pour la plupart iaconnus les amenèrent vers quelques lieux restés célèbres, à Dodone, à Délos, à Delphi, à Olympie et aMaufi* Là ail les cMsee ^ J'ai pfféeédemmeut ei»
NAISSAHGB DES 0RTH0D0XIB8.
gualées poossèrent les peuples vers Tunilé des doe-
trines, ces centres de réunions virent les espriu d'iUle mettre leurs thèmes pmonnelles en face les unes des autres, les discuter, les rectilier, les étendre, et, tombant enfin d'accoi J, constituer des dogmes eommims. Gomme la base du culte était d'ailleurs la même pour tous, depuis que le feu était devenu la chose sacrée, les deux éléments de la religion se trouvèrent également adoptés dans chaque peuple par toute une communauté d'hommes: le dogme et le culte prirent un caract^ public et natbnal.
11 est donc hors de doute que les ortbodoxies n'ont pas apparu subitement sur la tertey mais qu'elles oot été l'œuvre du temps. Lorsque les cliels de lamille se rapprochèrent et s'entendirent pour l'établissement des dogmes communs, c'est alors seulement que se forma entre eux celle communion de doctrine et de culte à laquelle les Latins ont donné le nom de» religion. Ce mot, en eilet, signiiie non pas le lien de riiomme avec Dieu, comme on se plait à le dire très* faussement, mais lien qui réunit plusieurs hommes dans un même système de dogmes et de cérémoaies sacrées. Il est donc en ce sens presque synonyme d'orthodoxie; seulement cette dernière expressioa renferme une idée d'exclusion, sur laquelle uous df^^Tons nous arrêter.
Uuand une opinion se déclare droite et vraie, cela signifie que toute opinion diffifirente n'est ni l'un ni l'autre. Une telle déclaration de principes embrasse
NAISSANCE DES 0RTH0D0X1£S. âib -
Aoa seulement la doctrine fondamentale, mais encore le rile sacré d'où elle est née et les symboles qui la représentent. L'orthodoxie porte alors sur tous les éléments de la religion. Il peut y avoir des religions gans orthodoxie, on dans lesquelles Torthodoxie est moins rigoureuse que dans d'autres : ce sont celles où une certaine latitude est laissée aux dévots dans rinterprtotion des théories abstraites et métaphysiques ; tel fut pendant des siècles le brahmanisme ; telle a été la religion de l'ancienne Grèce , et telles sont encore à beaucoup d'égards la plupart des sectes protestantes. Quand l'orthodoxie porte sur les principes mêmes de la doctrine» elle embrasse nécessairement lout ce qui en découle, c'est-à-dire les rites, les symboles et bientôt après la morale et toutes ses applications. Quand ce phénomène psychologique se produit dans sa plénitude, la religion dispose alors de toutes les forces humaines, et devient pour ainsi dire irrésistible; toutes ces forces se trouvent dirigées dans le même sens, coiAme les gouttes d'eau d'un fleuve qui tombe en cascade ou comme les molécules de rair dans un ouragan.
Telle est la nature première des orthodoxies et la manière dont elles sont nées. Leur point de dépait pour la race âryenne a été l'Asie centrale ; mais elles n'ont pris leur forme délinitive et ne sont arrivées à leur développement respectif que dans divers pays et à plasiears époques: leur histoire est parallèle à celle de la religion. Disons maintenant les conditions
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où elles se sont trouvées dès les premiars iQiuy^ el ou aUgg M trouvettl encart ai^ourd'hui.
Allumer le feu et exécuter autour de lui certains mMfMDMnU détonninét n'a rira qui as soit aMaatifali à tout bomma Joui&ftaal dfts facultéfi pbysiqttaâ at ioû* raies les plus communes; mais composer ua hymne u'aat paa iloacà à tout le moada. Hi oêi hygma doit éU^e etï même temps une description, uuù iii^WïQ fil i|n cbaal, l'art da le eomposar da?iaiU Q^eaMif enaal le partage d'ujai petit nooibre. À Tiopapacité uaturaUe da la plupart des hommes se joignent les nécessités da la ¥Îa et laa ocaupatioM ^uotidiamaa aana las? quelles re^ûâtance ne peut se soutenir. La divisiea daa awnnimaQtéa rattgiaiiaea an deux dawea» \m prôtpea et mix qui ne Tétaient pas, est doat^ ua iait irés^ancÎM et pour ainsi dire primilir, parce qu'il têgoÊù sur la aatura des abosas. Aussi la trouvoas* nous établie non seulement dans les plu$ ancieunes légendes dont le Véda fiasse mention, mais dans des duaumenls égyptiens historiques qui remonteitt à plus de cinq mille ans avant notre ère. Les mots qui désignent la classe des prêtres ont eu des signiûaatioos diverses selon les langues et les pays : ils furent ap' pelés saorifieatanrs^cheE les Latins et \m Graes ; dans l'Asie centrale^ ils portèrent le même nom commun que les dieux, celui de dêvas ou d'êtres brillants, à cause de leurs ornements sacrés et de V&dài dont la lumière <lu feu les entourait. LursqiiQ les ^acriAces publiai avraot été institnés et que le nombre des
Ni^lÇSàNCjB DES ORTHODQXIES. ^7
prêtres officiants çvt été porté d'abord à quatj'e, puis à sept, çh^ptjft d'epîf prit m ûpï» f^pproppé i l» iaaçlîpn qu'il renoplissait dans l'enceinte du sacrifice. 4 partir de œ ifùov(\&[\if il y eut luie sorLe 4e Plwgé pr-
ganisé §t|lûurd6 c|)^que autel.
Noqs avons, dans le Rig-Vèda» dans le Sâipa-Yêda et dans les ^utfes livres Y^^^^^^t dé^i|9 ^e
cette prganisatiQp, qui contient en germe celle des cérémonies modemeis. Saqs p^tr^ là-dessus dauf d^ détails étrangers à notre âvu§t, poi)s ferons ^eulen^egl remarquer qu'il y eut une enceinte sacrée, répondant (fl)Our de nos églises, ^wb^ laquelle n'étaient ado^s que les prêtres et les personnages qui faisaient (}§ns de3 circpnstaiiGes solennelles les frais du la cérémonie. Lea % portes é^erpeiles i s'ouvraient ppur i^ispter entrer f le roi glorieux, 3> c'est-à-dire le feu resplen4iss!ant| pi|is $e retermaient et laissaient au dehors la fpule <( prpf^pç ^ef^ assistants*
Ainsi, de bonne hv^^tey chaque communauté, dont lea membres étaient unis par upe même r^ligipAt se trouva partagée en deux classes de personnes, les prêtres et les laïques ou gens dn peuple* L'accomplissement des cérémopies fut le lot exclusif des pre* miers. Us eurent par conséquent aussi, à l'exclusion dea laïques, |a fonction et bientp^ \e droit d'ipterpréter les cérémonies, de commenter les anciens hymnes, de donner les noqvelles formules métaphysiques que leur science dépouvrailj enfin de tirer l^s conséquences morfiles et ppUti<{ue9 qui pot^vaient en dépouler. Les
âS8 NAISSANCE JL»Lb OHTUODO\1£S.
prèlres lurent les savants, et. les autres hommes furent les ignorants.. Du nombre de ces derniers, il ne fkut pas même excepter les rois, dont la richesse et le métier des armes étaient Tapanage et relevaient assez la position. Cet état d'ignorance des rois et des princes dura longtemps, car nous le retrouvons chez les Grecs dans ï Odyssée^ à Rome jusqu'au temps des Scipions, et chez nous durant toute la période épique du moyen Age ; aujourd'hui même, dans rinde« la caste des ràjas est trés-ignorante, et s'est récemment encore fait avertir par des gouverneurs anglais qu'elle perdait bientôt sa fortune et son prestige au milieu de sujets qui s'instruisent et s'enrichissent.
L'exclusion Ait donc complète, et il se forma sur toute la terre une classe d'hommes qui d^ns chaque pays eurent le privilège de connaître des affaires sacrées, de fixer et de maintenir l'orthodoxie. Leur place dans les sociétés fut avantageuse : outre le dépôt de la science confié à leurs mains, ils avaient les fonctions les plus douces et les plus considérées ; ils jouissaient d'une grande sécurité et se voyaient mis, par la protection des rois et les labeurs du peuple^ à Tabri de presque toutes les misères de la vie. Lorsque, dans le bouddhisme d'abord et plus tard dans le catholicisme, on voulut supprimer à jamais toute idée de caste sacerdotale et livrer le sacerdoce au peuple entier en créant le célibat des prêtres, la condition de ces derniers se trouva encore améUorée, puisque, sans perdre aucun de leurs autres avanta-