‹ La science des religionsChapitre 22 sur 31 · NAISSANCE D£S ORTHODOXIES · texte numérisé non relu

NAISSANCE D£S ORTHODOXIES

tages^ ils furent par là soustraits aux obligations de famille et aux malheurs domestiques.

Quelles qu'aient été son organisation et la distance établie entre lui et les profanes, le sacerdoce se trouva seul chargé du soin de développer et de défendre r orthodoxie, c'est-à-dire la croyance commune, avec ses rites et son symbolisme. C'est donc au sein des petits collèges de. prêtres, plus tard dans les grandes réunions sacerdotales et dans les conciles, que les formules de foi furent discutées et fixées. Aucune des autres classes de la société n'eut été dans aucun temps en état de soutenir de pareilles discussions, parce que la tradition, la science sacrée et les méthodes manquaient à la fois aux classes laïques. Elles furent, par leur condition morale et par la nature de leurs fonctions sociales, obligées d'accepter comme des vérités indiscutables les formules de foi émanant des collèges de prêtres et des conciles. J'ajoute qu'elles y trouvaient leur avantage.

Ainsi, nous savons que les migrations âryennes, à mesure qu'elles s'éloignèrent de l'Asie centrale, perdirent le souvenir de leur ancienne patrie. ÉtabUes dans des contrées séparées les unes des autres par de vastès territoires, par des fleuves, des montagnes et des mers, elles s'étaient quittées dans des temps où la foi commune ne possédait encore que ses formules les plus générales, et n'avait pas même une langue à elle pour exprimer les choses sacrées et les noms de la Divinité: il n'y avait

tioiiit eiiéoH d'orlhodoxié. Mais quand elles se Tii*

rent organisées politiquement chacune chez elle, lës pHttcipes dë Ift isciéiice sàcréë cotnméiicérent ft se développer dans des conditions variées et à des degrés inégaux. L'immense cothprèhension ou, comme nous disions plos haut, la t^lasticité de ces piincîpm lèur permit de s'approprier dans leurs conséquences à chaediié des i^ntréés bfecopéés par dés Aryas. Ainsi fto formèrent autant dé langues sacrées» de systèmes de rites, d'organisations sacerdotales, enfin d'orthodëities, qti'il y eut de sociétés àryennes en Asie» en Europe, et plus tard en Afrique et dans le Nouveau- Mbildé. Oifj là sëiëiîce a déiiidiitré èt cdnstab pftr des découvertes toujours nouvelles que ces sociétés se superposèrent à d'autres qui existaient auparavant, qu'feUes subjuguèrent, i|u'élles màintini*ëùi dans îin état d'ahaissement, et avec lesquelles elles s'eflbrcérent de ne pas se mélel*, parce (fu'ellès étaient d'an autre sang. Le pays sur lequel iious avons à cet égard le plus de renseignements est l*inde. Lorsque les Aryas y descendirent par la vallée du Caboul» ils étaient peu nombreux, et leurs adversaires, de race inférieure, Tétaient beauoonp. LWhodoxie, en s*y fondant sur un système de castes d'une solidité merveilleuse, mit le sacerdoce à une si grande distance des barbares asservis, que la pureté de la race aryenne, dans ses castes supérieures, lut préservée ' et n'a pas encore disparu. Toute celte dertiiére trouvA donc un avantage à défendre un système protecteur.

KAiSSÂNCB DES ORTHODOXIES. S31

ttns lequel elle eût bientôt vu son sang se mêler et se pétété dans eeltii des c dasytius impies et mangeurs de chair crue. » Ce qui s'est passé sur T Indus dans d'immemes propottidns t'est produit partout ailleurs dans des proportions moindres et dans des conditions différentes; mais partout Torthodoxiea été la forée protectrice et rélémeut oonsenrateùr des

races. N'en avons-nous pas aujourd'hui même une

préiifA tiVanle âatis Voriént dé l'Europe^ oh les Hellèûesy après avoir adopté une orthodoxie chrétienne^

n'ont pas répugné à se mêler avec des hoiaiucs du

nord et même avec des gens de race tonranienne,

cotnme les Bulgares^ lesquels avaient, eux aussi, adapté eëlte orthodoiié, tandis tfàè m mêmes Hellèiies soilt restés invinciblement séparés des hommes de celle même race fouranJenne qui, souô le nom de Tnres, «Iraient adopté Tislalttisme? Gé ne sont donc pàs toujours l6s races qui séparent les orthodoxies, œ sont Aussi tes orthodoxiês qui maintietiAânt la sé* paration des races. Si, au temps où nous vivons, il était démontré que Tavenir de l'humanité repose sur " la tiision des races, te premier intérêt des peuples serait de renoncer d'abord à leurs orlhodoxies privées. La eWilisatiott d'Oecident sembte mareber dans té sens ; mais les habitants du reste de la terre sont encore bien loin de penser ainsi.

L'exempte qué je viens de citer montré que l'ortbo* doxie n'agit pas seulement dans le sein d'une société pour en tenir, eomme dans l'Indo, tes étements sépa-

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rés et subordonnés, mais qu'elle agit de même de peuple à peuple. Il y a eu, en Orient, deux systèmes orthodoxes très-voisins l'un de Tautre et liés par une commune origine, qui pourtant ont poussé Tantagonisme de deux peuples frères jusqu'à la guerre : ce | sont ceux de l'Inde et de la Perse. Y a-t-il deux I ortbodoxies moins divergentes que celles des Latins et des Grecs ? Cependant les croisades les ont montrées i s'animant l'une coiilic Taulre jusqu'à la fureur ; et aiqourd'bui que ces temps de délire sont loin de nous, nous vouons de voir repoussée par des raisons sacerdotales une convooation adressée par le pape des Latins à des évèques d'Orient^ qui acceptent de rester sujets des musulmans (1). Les histoires sont remplies de pareils exemples ; c'est une suite de luttes entre des orlhodoxies se défendant les unes contre les autres ' et entraînant les nations sous leurs drapeaux.

Quand une orthodoxie s'est constituée au sein d'une ! société, sa condition inévitable est une double lutte, lutte intérieure contre les forces sociales qui peuvent • lui opposer quelque obstacle, lutte extérieure contre les ortbodoxies étrangères. Il y a des peuples chez qui l'orthodoxie ne tend pas à manifester son action au dehors, parce que ce sont de yiaiiiles sociétés fortement établies, qui n'ont guère besoin, pour vivre

(1) Voyez les réponses faites par les patriarches d'Alexandrie et de Gonstantiaople à rinvitalion d'assister au concile de Rome, que le Pape leur avait adresaée. Les raisons de refàser émises

par ces prélats sont toutes tirées de leur orthodoj^ie.

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