CHAPITRE îllî
DRANDIVR Bt CHUTfi BBS OlttoDDOXlkS
Ùne fois délerhninées les conditions générales où se trouvent les orlhodoxies» nous devons examiner de quelle manière et par quels moyens elles se propagent et parviennent à établir leur domination^ L'bis* toire comparée des nombreuses églises orthodoxes de Tantiquité et des temps modernes permet de réduire à trois ces procédés : ce sont l'enseignement, les rites caractéristiques et les alliances. Là où l'enseignement a fait défaut^ Torthodoxie a manqué de son principal point d'appui, la classe sacerdotale n'a pu s'organiser en un véritable clergé. C'est ce qui eut lieu, par exemple, chez les anciens Hellènes et même chez les Latins : les collèges sacerdotaux y furent toujours très-multipliés et indépendants les uns des autres, même lorsqu'il y eut à Rome un souverain pontife et que le prince fut devenu une sorte de pape, de tsar ou de ministre des cultes. Mais lorsque les églises chrétiennes se formèrent et s'abouchèrent entre elles, que les cotibileé donnèrent atak àniclës dd foi utie expression décisive, l'orthodoxie s'accrut rapidement.
L'unité de croyance fut puissaounent soutenue par le mode d'enseignement religieux qui était suivi, et qui obligeait les néophytes à passer par des degrés successifs d'initiation avant d'être déclarés chrétiens.
L'église bouddhique suivait la même marche depuis plusieurs centaines d'années, lorsque Jésus, commença sa prédication ; elle la suit encore dam toutes les contrées oii cette religion est en vigueur. Le recueil (1) où les règles de l'enseignement sont énoncées fut traduit dans les langues de tous les peuples chez qui les missionnaires bouddhistes vinrent s'établir, et comme il comprend aussi les lois relatives à la hiérarchie ecclésiastique et les formules développées de la métaphysique et de la morale, les croyances orthodoxes furent identiques dans toute la partie du monde vouée à la religion du Bouddha. Les divergences qui se produisirent plus tard dans quelques pays, par exemple au Tibet, ne furent que les conséquences locales de certains dogmes, dont les formules primitives n'avaient pas été sufiîsamment développées.
Nous savons aussi, par les recherches fiâtes dans
ces dernières années, que les dogmes chrétiens ne furent pas tout d'abord aussi explicites qu'ils le sont aujourd'hui. Par conséquent, l'enseignement des premiers siècles n'avait pas la précision qu'il a eue •
(1) Ua eismplaire complet de ce recaeQ^ coaaa aoos le usai
de TripitaJca, extsie depuis pen de temps à la Bibfiothèque na*
tionale et attend un traducteur français.
GRANDEUR BT GHUT£ BBS ORTHODOXIBS. 345
plus tard. Les premiers temps du cbrisUanisme lurent les plus féconds en hérésies ; chaque hérésie aboutissait à quelque formule de foi qui n'existait pas auparavant. Il est bien remarquable que le dogme ne fut définitivement arrêté qu'à Tépoque de Constantin, lorsque l'enseignement commeufa de se donnër en public, en présence d'hommes pouvant appartenir à quelque religion^que ce fût. Si les empereurs romains avaient toléré la religion chrétienne un siècle plus tôt, l'orthodoxie aurait eu beaucoup plus de peine à s'établir, parce que les dogmes, n'étant pas encore arrêtés, seraient devenus un objet vulgaire de discussion pour les païens et les philosophes, au lieu d'être uniquement discutés par des ûdèles, par des docteurs ; mais lorsque Constantin eut reconnu le christianisme pour une des religions de l'État, l'enseignement, devenu public, fut donné dans d'autres conditions et comme une orthodoxie indiscutable. Depuis lors, il n'a subi d'autres changements que ceux qui ont été imposés par les conciles et admis officiellement par les églises. Â présent, il ne change pour ainsi dire plus, et il est porté par les missionnaires chez les peuples éloignés tel qu'il est donné par les clergés européens.
L'enseignement est, comme on le voit, le moyen ordinaire de propagation des orthodoxies ; pourtant, il ne se suffit pas à lui-même. Non seulement il peut être froidement accueilli pu promptement oublié de ceux qui le reçoivent, mais il court le risque de se
Ci^iO GRA^DËDU ET CUUIK D£S OAXUODÛXIES.
lieuFter contre des doctrines antérieures qui eu détraisent tou| T^ffet. Qe choc est dû 4 l'inflexibilité des formules orthodoxes. Ëu voici m{ exemple : lorsque les missionnaire^ catholiques vinrent en Chine prêcher leur religion parmi des booddbisles^ iU enseignèrent le Palef et désignèrent Dieu comme « le roi des cieui ; > ces derniers mots sont précisément cem par les(}uels dans tou^e Téglise bouddhique on désigne Indra, qui est une sorte d'ange de beauco\ip inférieur au Bouddha lui-même ; le catholicisipe parpt une idolàiriei et I9 prédication n'eut point de si^ççés. Les missions protestimtes, n'ayant pas commis celte fau(^, réussirent mieux. L'enseip^nement peut donc non seulemept rester impuissant devant la tiédeur des hommes, mais encore s^écarter, par la rigidité de s§s for(nuleS| du bi)t qu'il se propose d'atteindre.
Les rites donnent une très-grande énergie à m \ action. Je ne parle p^s seulement de ceux qui pei- J gnent aux yeux les formules de la foi, et qui, s'accomplissant autour de l'autel» sont comme une Iao|[ae idéographique intelligible aux ini^s; je parle des cérémonies qui s'adressent à Thomme individadia* menti le prennent à sa naissance, le marquent d'un certain caractère et le rangent dans une orlliodosie, de celles qui s'accomplissent sur lui à des époqqes | marquées de son existence, qui raccompagnent j derniers moments, qui le suivent même après qu'il 1 est mort. Chaque orthodoxie a les ^iennef . il f ^ i dans les hymnes du Yèd<i des rites fort beaux et fort
simples pour la naissance, poui: le nianage et pour 1;^ (iM>r(. 1^8 Grec9 $uivaie|^( des rites analpgaes; jl y en ^vait aussi clip^ les Latine, les Celtes, les Geripains, les Scandinaves. Nous connaissons le rituel fiméf ilire 4«« %yptie9$ e( plusieurs de jeurs céré*
r^iû^ies pef§piïne}}ps. L'orthodoxie brahmani(j}:jp sn^
eii organiser poiir les difiér^t^S castes de Wfii^\é io^t^P^ ; le boudd^i${][}^ en introduisit de nouvelles. Chez lea chrétiens, toute la vie de l'individu fut c(HïliQ^ enlacée dans un réseau 46 cérémonies d'Mne âigniilPâtif:^^ idéalei fiuxque|ies l'église ca^}iQlique si|t
ajouter ppmp^ ^ ^ ip^est!^ incpnnnc» h ré^lis§ d'OfieAJ.
La plupart de ces rites, appelés sacremmisy n*ap^ parUmipeat pas e^i pfopre au christianisme ^ui sont 4@ heaupoup ^(itérieurs ; ils sont presqi)^ tQ^s
védiques et çontieiUMnt la théorie londamentale 4e toutes l^s religions âryepfies. Quant 9m former qu'ils ont revêtues, elles sont propres à chacune des ortho-
doiies : ^nsi le baptême catholique ressemée trèspeu ^ celui des Qieps, quoiqu'il ait la même Qrj|[ine et le même sens ; il en est ainsi de la communion, d|i mariage^ de la messCj de l'inhumation. Cepeur dant c'est par ces rites, quels qu'ils soient, que V'wr divida est, à cbaf^nn des actes solennels de sa vie, ramené dans |e giron de ^ propre église e\ comn^e forcé d'en reconnaître Tautorité. Ces liens sont ordi* nair«men( irés-doux, et n'imposent pas à l'hnnnn^ de gr^4s ^jficrifipes : pour pfjx dp quelques^ priya-
tioas sensuelles, il recueille une somme de voluptés idéales et pures, qui lui rendent « le joug trèsléger ; » ces actes, où il lui semble que sa volonté demeure absolument libre, parce que la pente où elle glisse est sans aspérités, sont accompagnés d un enseignement de plus en plus profond qui illumine son intelligence et conquiert son assentiment, ses promesses et ses serments. Une grâce divine pénètre ses sens et sa raison ; il la goûte, il la proclame, U la confesse ; son âme est renouvelée ; il a dépouillé le vieil homme ; il marche dans la gloire de son église ; il est prêt à combattre et à mourir pour elle, jusqu'à l'heure où les misères de la vie et la lutte pour l'existence le ramènent à la triste réalité.
C'est celle-ci qui use et souvent brise les chaines adorables de Torthodoxie. Le manger et le boire, le labour, le commerce, les métiers, les professions plus nobles de l'homme de loi, du politique, chassent loin de nous le bonheur mystique des élus et des saints. L'Inde, qui l'a bien compris, a trouvé contre ces misérables occupations des hommes un remède héroïque, la mendicité: le vrai yôghi renonce à toutes choses ; il n'a point de domicile ; il se couvre d'un lambeau d'étoffe, ramasse dans les balayures de la rue une écuelle brisée* et va de maison en maison qnèter sa vie. Au fond, c'est un oisif, qui se fait nourrir par les gens de labeur; si tout le monde l'imitait, tout le monde et lui-même mourraient de faim, en méditant c sur les, perfections du yoga, t
' Ce sont là des déviations d'orthodoxie^ dont toutes
les religions fournissent des exemples, el dont la folie homaine peut seule être responsable ; mais comme la réalité, à laquelle on prétend échapper par cette mé-
! thode,' pèse sur chacun de nous el nous tire bon gré mal gré en sens contraire de la religion, qui est tout idéale, celle-ci, quand elle a passé à Tétat d'orthodoxie, a toujours été conduite à contracter avec la réalité des alliances avantageuses. De là le fait que f ai signalé plus haut, le caractère politique qu'ont pris tour à tour la plupart des religions.
Dès l'époque du Véda, sans parler de TÉgypte, dont les documeiUs smi antérieurs à ceux de linde et de la Perse, l'alliance du sacerdoce el de la royauté s'accomplissait dans linde ; cependant la séparation des castes est un fait postérieur à la période des hyixmes ou qui en marque tout au plus les derniers temps : fiât bien digne de remarque, car il prouve que l'institution politique du hràhmanisme s'estfondée
j au même moment que son orthodoxie religieuse.
! Calte-ci devint, dans les lois de Manou que nous possédons, le plus ferme appui du système social el
I politique, et ce système à son tour assura une durée pour ainsi dire iiUmitée à Torlhodoxie indienne.
D'après les documents hiéroglyphiques, les croyances de l'Egypte ne semblent pas avoir été fixées et systématisées avant la lin de la iv^ dynastie ; elles durèrent jusqu'à la conquête de ce pays par Gambyse, et à partir de ce temps elles tombèrent dans une décadence
rapide. Voici la peinture que f$tit de son état pu aut^r latiii dtt U« «éd#: « Itiolre terr» ^ I0 timpl^ 4u monde enlier, et pourtant uajogif viendra où toulô la piété tombais stérile. L'Égyptf sera délaUnée. fies éU^aogers remplissant pe p^ys, ies cuUas «eroi^l négligés, et, ce qui est plus dur, la religion, le cuUe divin verroat décréter celle peiae : la probibitioii. Alorsceile terre, où s élèvent des sancluaue^ et des temples, sera pleine de tombeana et denuiris. 0 Egypte, 1 liigypt», de tes religions il ne restera plus qn» dee \ fables, incroyables même à noi descend an ts ; il ne ' reilsri qua des moto gravéssnr des pienrpe ^ raeon* UnU tes aotes pieu)(. Les k)mlmua dépasseront de beanconp en nraibre les vivants ; et si quelqu'un survit» À son langage on le reenanaitra pour égyptien» à se^ actes il semblera tto étranger, a (Âpuléa, Az^l., 24.) Nom eavoni qa*en virta de sa eonstitatim cérébrale le peuple égyptien était peu apte à s'élever dans Tordie * des idées au delà du terme qu'il avait de bonne heure atteint et eii il s'était arrêté. La longue durée de son orthodoxie, qui comprend peut-être quarante siècles, doit être attribuée an système poUtiqoe mupuA eUe s'était inféodée. 1
Le brâhmattfnie, quoique cbea line race progressive et par conséquent plus mobile» était fondé au moins douze ou quinze siècles avant Jésus-Christ, et il est encore plein de vie ; il est sons nos yeux ; c'est comme une antique et puissante ipHff^pi^ d'un mécanisme très^régulier^ au fonotiwinttnent de laquelle
GiîiADËllft fer etlUTfe DfeS OllTltODbilÉS. 3&i
ittrtts asèiétoM. Or, à qiioi k'fttlaQtf ënt It» {iropagatéiirs dé la civilisation d'Occident pour préparer dans l'Inde racceptation des idées chrétiennes ? Au système des castes, c*esl-jNiire à une institution politique. A quoi lé bouddhisme a-t-il dû les rapides succès qu'il a nemportés dailu sés premiers siècles? Aux codpsdcttit il frappait cette même institution. C'est donc elle dont ralliance a maintenu l'orthodoxie reUgieuse, et c'est contre cette alliance que les forcés intérieures comme celles en dehors sont venuesjusqu'à présent se briser.
NOils ne jpoùvdlis ^asëer en tevtie Thistoire de toutes les ôrtbodoxies. Disons seulement quelques mots de l'église chrétienne. Elle partage elle-même son histoiré ën it(À6 périodes, la lutte, la sottfIMnce, le triomphe, et elle fait dater celui-ci de Constantin/ Ce n'est pas qUé cet entperéur Ilit proscrit lès àtiti^es religions ; mais, chrétien lui-même, il lit asseoir la nouvelle rehgion sur le trône, remplit de chrétiens les fonctiomi politiques et civiles dans tout son etnpire, et donna à sa foi une liberté d'action et de propagande dont elle n'avait pas joui auparavant. Gë prince fut pour cela vénéré dans l'église, quoiqu'il ne méritât, comme empereur, qu'une médiocre estimé. Le bouddhisme avait de même, six sièclès àiH paravant, trouvé son Constantin dans le grand roi converti, Açôka. L'alliance de Torthodoxle et dé tâ ' politique consommée par l'empereur romain n'a plus cessé, ni dans l'église d'Orient ni dans cellé d'Occident.
Soi GRANDEUR £T CHUTE DES ORTHODOUfiS.
Nous n'avons pas à raconter une histoire que tout le monde connaît. Remarquons seulement que Téglise a suivi les mouvemenls de la politique et s'y est accommodée^ soit que la société fût féodale, soit qu'elle changeât cet ancien état pour s'organiser en monar* chies. Les princes de l'église trouvèrent à ce changement quelque avantage, puisque les premiers pairs qui devinrent rois ne pouvaient réussir qu'avec l'appui j de réglise, déjà centralisée dans Rome. L'orthodoxie . romaine fut quelque temps la puissance politique prépondérante^ et jouit d'une autorité que l'union des pouvoirs entre les mains d'un seul étendait également sur les ToiSf sur les seigneurs et sur les peuples. Depuis lors, l'alliance a été en s'ailaiblissanl, parce que les rois, pour reconquérir leur indépendance, qu'ils avaient aliénée, furent obUgés de s'appuyer sur le peuple, c'esl-à-dire sur cette foule des profanes qui représente le principe de la liberté individuelle. La réforme lui porta un second coup en détachant d'elle des populations entières. Le troisième coup lui fut porté par la révolution française.
Qu'est-ce aujourd'hui que l'orthodoxie latine eu égard à son passé? Elle est en présence de peuples qui ne lui doiveut rien et qu'elle a longtemps déprimés, d'institutions laïques qui la contredisent, de sciences qui tendent à la refaire, c'est-à-dire à la défaire, de peuples germaniques qui lui sont hostiles, • d'un mouvement général de civilisation sur lequel la barque de Pierre est portée comme une nacelle sur
GRANDEUR £T CHUTE D£S 0RTHÛD0X1£S. 353
la mer. Le clergé romain sent néanmoins que la possession de quelque pouvoir politique lui est nécessaire, et croit que le salut de son orthodoxe est à ce prix. Ën réalité, ce n'est pas Talliancequi se brise, c'est Tallié • qui disparaît. Les peuples ne peuvent pas être les alliés de Rome, parce que Kome est dans le sanctuaire et que le peuple est hors du temple ; il cherche ailleurs la lumière» qui a cessé de lui venir de ce côté. Ët nous, ne prenant parti pour personne dans cette lutte qui se passe en dehors de nous, nous voyons d'un point de vue libre tomber tour à tour les étais qui soutenaient Talliance du trône et de Faulel. Combien en reste-t-ii aujourd'hui ? En France, la royauté n'est plus ; l'empire s'est écroulé. En Italie, le peuple a pris Rome pour sa capitale. L'Autriche, sans changer de roi, a changé de royauté. L'Espagne se débat contre l'un et l'autre. Un mouvement général semble entraîner tous les peuples vers le gouvernement de soi-même. Ainsi les peuples se retirent tour à tour de l'église, et le pire est qu'ils ne cessent pas pour cela d'être chrétiens.
L'alliance de la religion et de l'état, en prêtant à l'enseignement sacré et aux rites une force prépondéranLe, en est donc venue à régler la durée des orthodoxies ; mais ces trois moyens de propagation se sont diversiliés selon les races, les peuples et les temps. J'ai déjà rappelé au lecteur que dans l'Inde, par exemple, les parts de religion données aux hommes étaient inégales : les dogmes et les rites for-
so.
niaient un trésor dont les brahmanes seuls avaient la clé; ils en distribuaient à la caste royale nne itte&. sure assez grande pour s'assurer son alliance et pour la maintenir dans sott devoir iris-ft-ns d'ëtu^ CD» me dans sa supériorité à Tégard des autres castes. De même ce que la caste des marchands et des laboufeurb feeetait de religion suffisait pour ift dtaintéiiir au-dessus dès malheuieux çûdras dont le rôle était de kervif, tnftis non poni* régaler à ses linpéHëttrs. Quant aux çûdras^ ils n'avaient aucune part à la religion âryenne et demeuraient dans leurs grossières SuperstitiotiSi J'ai expliqué comment la cônsMiratioii de r orthodoxie brahmanique fut liée à ce système: il fest bien mirieoi que la morale brfthmaniqiie sdit d'tiilë beauté admirable, et que pourtant elle soit jointe à une orthodoxie politique profondément inhumaine.
Lft science n'a aujourd'hui ancuttfe peiné à expli^^ quer cette contradiction, car elle repose tout entière sur la différence dès raees. Il est à p6a ptés dé^ montré qu'à leur arrivée sur Tlndus les Aryas for> maient déjà une société mêlée où les classes supérieures seules étaient pures, tandis que la troisième contenait une proportion peut-être assez grande de sàtig touranlen ; mais comme celle-ei était pourtant très-supérieure aux pauvres barbares (varvara) qu'elle trouva devant elle, tout le peuple conquérant n'eut pas àb peihe à les reléguer datas une Quatrième caste et à s'en faire des esclaves. Un fait analogue se passait dans YkfAë centrale, 6fi les Mëdeii, fpéiiplé
URÀftDËUR ET tiiiJTË D£S OAlUODOXlËS. 355
Mêlé, finirent yûï së trouver cidèses au-deàsous des Perses, piirs Arifaé, qui rdittll te» ffrttrts ët tes sei* peurs de Tempire de Gyruâ. La même chose eUt lieu dans de mitiimes proportions le long de TEurolas fipféi le Vëtdtir des DoHens ; ttisds TabseUce db races infimes y réduisit les castes à trois, Spartiates, Lacôriiéns et Ililôles (1).
L'église latibë et les sdciétés modernes sé trouvèrent, quant aùK races, dans des conditions bëaucoup pini (!èln)tlbiës, âprès lëè iilYàâliibs èt la toUTersidii des barbares; cependant on voit c^Ue rorihodoxie romaine fit alliâtieë àvec les cori(|uéfaiil8, poUr assUirër Sa pt^époiidèrdtice sut* lës âiicieiaiiiës populations. Plus tard les mésalliances, le progrès de la puissancé poptHftife ét lë pnûfApe tùèùïé dii chrifttlattisttle, qui ést l'égalité des hommes devant bien, .tendirent à ëttflfoûdré lës ràCes. La conquête toùte récente encore du NôUvëàu-Mohde mit tes ràces itlêlées ët presque unifiées de l'Europe en face des peaux-rouges et des floirs', ët il fâllut 6ës rëVolutiotlS «ànglàntes dodt nous àvons été témoins, pour empêcher des orthoddxies oppresstvès de côHsàcrer drlHs la politique et dans la religioft rinégalité nàlttrelle des ràces éil AméHque. Aujourd'hui la fusion s'opètë et ne s'ar-
rêtéjk plus.
Ainsi la propagation des orthodoxies a varié sui-
(1) Voyei sur les temps primitifs d'Athènes notre Légende athénienne.
vant les races : ici elle les a subordonnées entre elles eu les maintenant séparées, là elle a tendu à les .
croiser et à les fondre les unes dans les autres. Des ^ conséqiMaces analogues sont nées de la différence des peuples dans une même race. L'église chrétienne, , après s'être brisée pour s'accommoder aux conditions ! si différentes des peuples grecs et des peuples d'Occident, n'a jamais pu contracter chez les premiers une union complète et durable avec Tétat. ii)lle n'a donc exercé sur celui-ci qu'une action en quelque . sorte latérale, prenant son point d'appui dans la famille et dans sa propre organisation patriarcale. L'explication de ce fait n'est pas bien difficile à découvrir, car le christianisme grec^a succédé très* exactement aux cultes païens, qui ne reconnaissaient aucun dief suprême; les peuples chez lesquels il s'établissait, loin d'arriver à la vie nationale coaune ceux de l'Occident, étaient des peuples vieillis qu'il avait la prétention de rajeunir, et qui n'avaient jamais eu, politiquement du moins, une unité, une cohésion qui pût se transmettre à l'organisation sacerdotale. La conquête musulmane sauva, par Tanta*: gonisme de religion, l'union hellénique, mais elle n'apportait aucun élément social nouveau ; de plus, en ùtant aux peuples vaincus leur existence politique, elle forçait l'orthodoxie à vivre sur son propre fonds, c'est-à-dire sur son enseignement eJL ses rites. Pendant ce temps, l'église d'Orient se développait au nord dans des conditions toutes différentes, et produi-
sait chez les Touraniens et les Slaves une orthodoxie
au triomphe de laquelle la politique des tsars était intéressée ; ralliance du pouvoir et de la religion y devenait aussi étroite qu'elle l'était à Rome ; le tsar était comme le pape de cette grande église, et concevait l'espérance de l'être un jour de tous les chrétiens d'Orient. L'indépendance qu'une longue guerre^ et Vappui de l'Europe n'ont donnée qu'à une partie (les Hellènes rend très-bonne à cet égard la situation (le rorlhodoxie russe si, en se faisant protectrice effective du reste des Grecs, elle s'achemine vers leur absorption politique et religieuse à la fois. Si au contraire une existence nationale eût été donnée à temps aux populations helléniques, elles eussent été bientôt aussi ennemies du tsar que les Allemands ont pu l'être du pape, car l'influence du tsar n'eût pu être que nuisible à leur autonomie politique et religieuse. La guerre de Crimée eût été inutile, et ses funestes suites, dont la France et la civilisation viennent d'être victimes, eussent été conjurées.
Les époques chez un même peuple ne sont pas non plus indifférentes à l'œuvre et au succès des orthodoxies. L'Inde et l'Occident fournissent là-dessus des faits décisifs. Quand les Aryas débouchèrent dans les vallées de l'indus, ils n'avaient pas encore les éléments de brâhmanisme qui sont dans le Vêda, car ces hymnes furent en majeure partie composés sur ce fleuve et sur ses affluents. Les conquérants s'étendirent sur le Caboul. et jusqu'à la Saraswati, qui,
^8 elUkliJIBUII BT CUUTB DBS OBTttOOOUn.
entre ('Indus et le Gange, va du nord au sud et perd ses eaux dans le désert. Leur établissement orthodoxe eommença donc à se faire après la eotaquéte,- naqeut avec leur puissance territoriale, grandit et se consolida avec elle. H ne semble pas que pendant un millier d'années il y ait eu dans la société brâbmaniqoe aucune lutte sérieuse causée par l'orthodoxie âryenne. Celle-ci an contraire, par la netteté de ses formnles et des prescriptions énoncées dans ses codes, fut une garantie de paix intérieure et de progrès vers le midi* Ce fat seulement à Tépoqne du Bouddha que le pHn^ cîpe de la liberté individuelle et de l'égalité religieuse ftat proclamé et iiitrodoisit, dans une société paciliéé à la manière romaine, un trouble auquel le boud^ dhisme succomba. Quand une di^thodoxie naît avec une dvilîsation placée, cottime le fUt le bràhmanisme, • dans des conditions très-simples, elle en devient naturellement et sans effort la fbriiie principale, d'après laquelle toutes les autres fonctions sociales se combi* nent et s'harmonisent. Parvenue à son âge adulte, ^ elle est l'expression même de la civilisation d^on peuple ; et quand celle-ci vient à déchoir, elle la suit | dans sa décadence. La chute da brâhmanisme a oom^ mencé depuis longtemps, précipitée tour à tour pai* le bouddhisme et par les invasions mongoles et arabes; mais sa dernière période ii'a éommeneé qu'à l'arrivée des Européens, qui sont armés d'un principe supérieur de civilisation.
Le christianisme survint en pleine civilisation gréée- \
romaioê. Lt0S priûcipeâ qu'il appariait, ca contradic-^ tMi manifMte avec l'état soeial et religîeu da Vmt-^ pire, jetaient dans la société un ferment puisfiant de disowda et des causes de dissolution. Celte société étoît aéd «t avait grandi dana daa firoyanaas dont l^origine étaii la même que celle du cUrislianiâmei pniaqu'^leavaiiaieiit, corome Ini, deapraraiers dogmes 4ryaaa ; maia eji ^'accommodant au reste de la civilisjOioa pélasgique, hellénique et latine, elles avaient
bné une sorte d'wtbQdoiie poly th^te, qm la doe*
trine cbr^tienn^ venait contredire. Comme ce problèioa se préswtail en pleine mvilisation, il a-étaii paa poiai^la qu'iinp Itttte violente ne se prpdniidt
poiat. AmW) durant les premiers siècles, les commuiMBiéa ebrétieiwes eachaientrelles leur enseigneBieBt et leurs rites, afin de les soustraire à une puissance politique qui leur était hostile. U leur fallutuQe grande énergie d'action et de volonté^ une confiance singulière dans Tavenir, pour soutenir un pareil combat saaa astres secours qu'un enseignement encore ?agtte et des rites sans solennité* U est juste aussi de dire que, dés le eommencemeat) la prédication chrétienne trouva des points d'appui fort utiles (dies des hommes ri^^es et influents de l'empire romain ; c'est ce que prouvent l'histoire des pmécuticws et la qualité des martyrs (1). Le nombre de ces adhérents de bonne
(1) Vèyes sur ee point la JiMie fslterrenée de M. de Roisi^
sinaL résuoié par AUard.
360 GRANDEUR £T CUUT£ DES OETUUDOXIfiS.
famille alla en croissant; les communions chrélieûnes en étaient remplies, lorsqae Constantin adopta, la foi nouvelle.
Une lutte toute semblable fut soQtenae dans Tlade par le bouddhisme, réaction sans causes extérieures que nous sachions, et qui venait porter le trouble dans une puissante et séculaire organisation politique et religieuse. Quand le hls de Màyâ, Çâkya-Mouni, surnommé le Bouddha, fils de râja et râja lui-même, entraînait hors des cités les peuples avides de Tentendre, il ne leur enseignait qu'une morale très-pure, confirmée par des miracles étonnants ; maïs lorsqu'à sa mort le premier concile se réunit pour iuer , les principaux points du dogme et organiser une église, on vit nattre une orthodoxie qui, en appeiant au sacerdoce non seulement les castes aryennes, mais encore les castes les plus infinies, bouleversait la société et la sapait dans sa base. Le bouddhisme fut , donc, lui aussi, une semence de discorde jetée au sein du bràhmanisme : on enseigna au milieu des pmécutions ; on eut des renégats et des martyrs, des confesseurs, des missionnaires et des saints, jusqu'au jour où la vieille orthodoxie, plus forte que l'orthodoxie naissante, l'expulsa de son sein et la força de chercher fortune au dehors. Le christianisme eut plus de succès dans l'empire: il conquit tout TOcci- > dent et s'étendit fort loin en Asie ; mais comme ie ce coté il ne sut pas s'organiser en une puissante orthodoxie soutenue par toutes les forces séculiére^i
GaAMDfiUH £T CHUTE OUiUODOXiKS. âtil
les populaLions uoa aryennes de ces conU ées retouraàrent sans beaucoup de peine à des dogmes mieux appropriés à leur race, quand rislamisme vint s'ofirir à elles. Aujourd'hui il serait plus facile d'oter toute religion aux mnsidmans que de leur fiiire adapter le christianisme.
11 nons reste à exposer comment finissent les or* tiiodoiies et à délinir les lois générales de leur déca* ileuce et les causes de leur chute. Ces causes sont moins compliquées qu'elles ne le paraissent, et peuveat même se réduire à une seule ; mais leur action se diversifie selon les temps et les cireonstances. (iuand s'est londé le premier dogme admis en commun par deux ou plusieurs hommes, leur pensée, qui l'avait conçu librement, conservait nécessairement après raccord la liberté dont elle avait joui et qu'elle ne pouvait aliéner. Il en résulte que dans toutes les religions il y a deux éléments psychologiques, dont l'un représente le consentement et engendre rauLorité des assemblées, tandis que l'autre représente les dissentiments et donne naissance aux opinions individuelles. On comprend que c'est par le consentement que se fondent les orthodoxies, et qu'elles ont pour point d'appui Fautorité.
D'un autre côté, puisque les religions procèdent d'une source commune et reposent sur une observation juste, quoique vague, des phénomènes naturels, il y a entre toutes les orthodoxies de la terre une somme de dogmes communs qui représente la reli-
âOS GRAHDgOR n CHUTE DBS ORTSODOllBS.
gion primitive, et e'eet par les développements oa
par les déviations locales de ces premiers dogmes qu'elles en sont venues è diffl&rer entre ettes et même à se oomiMittre. Les points sur lesquels tout le monde est d'accord ne tardent pas à se ranger aux arrièreplans et en quelque sorte à s'effacer; l'atlentiMi se porte sur les points des dissidences. Ainsi rAllah des Turcs ne diffère pas absolument du Dieu des chrétiens ; celui des eatholîques est à peu près le même que celui des Grecs ou des protestants ; mais les développements perticaliers de eheenne de ces orthodoxies ont mis aux prises les uns avec les autres les hommes qui les ont adoptées. C'est donc l'élément propre de chacune d'elles qui les constitue, comme en his«* toire naturelle c'est la différence qui constitue l'espèce.
L'élément commun des religions, étant pur de tout mélange étranger et d'ailleurs n'étant guère soumis aux discussions, se transmet à travers l'humanité et se conserve indéfiniment ; il n'est sujet ni à l'acorma* sèment ni à la diminution ; il peut seulement à de longues périodes recevoir des expressions de plus en plus scientitiques. Âu contraire, l'élément propre qui constitue les orthodoxies est soumis aux mêmes lois générales de développement et de décadence que toutes les autres formes créées par la nature ; il parcourt dans chaque pays une période qui peut être représentée par une courbe géométrique. A mesure que la doctrine fondamentale se revêt de formules orthodoies plus précises et mieux appropriées am
GRANDEUR ET CHUTE DBS 0RTU0D0X1E8.
conditions locales, la réaction de la liberté individuelle se manifeste avec une énergie croissante par la contradiction ; les hérésies se produisent pendant toute la période de formation dTnne orthodoxie. <}uand celle-ci est parvenue à son développement complet^ on ne y(Âi plos nattredliérésies, parce que les sujets de discussion sont épuisés ; mais le principe de la liberté individuelle, étant indestructible^ commence dès lors à se manifester d'une autre manière, c'està-dire par la science. J'exposerai plus bas comment I celle-ci procède par périodes ; disons dés à présent j que ces périodes répondent k la décadence des ortho* doxies. La science grecque a commencé vers Tépoque de Solon par une raiUerie contre Panthropomorpbisme, quand un savant vint dire aux Hellènes que si les chevaux se créaient des dieux, ils leur donne* raient des figures de cheval ; or, Tanthropomorphisme était la forme spéciale de l'orthodoxie des Hellènes* Quand a été inaugurée la science occidentale, sinon à l'époque où fut achevée révolution de Torlbodoxie romaine? Galilée ne naquit-il pas l'année qui suivit le concile de Trente ? Ces dates d'ailleurs ne sont que des points de repère dans un mouvement continu dont les moments sont indiscernables ; car d'un côté les derniers progrès d'une orthodoxie sont très-lents^ comme ceux d^uix animal^ou d'une plante qui vont toucber à leur âge adulte ; de Vautre^ la naissance de la science est insaisissable; ses premiers progrès sont très*lents ; elle n^arrîve h précipiter sa marche
;j64 grâmdeuk kt cuutë dës uivriiODoxuss.
(|u au temps où l'orthodoxie elle-même précipite sa décadence.
Or, de même qu'eu se iormaat cette dernière a peu à peu coordonné autour de son principe tous les éléments sociaux» qu'elle les a soumis ou a fait alliance avec eux, de mcme, à mesure que la science grandit, elle tend à reprendre tous ces éléments» à les pénétrer de son esprit» à leur communiquer son principe de liberté et sa mobilité. Ainsi pea à peu la société se transiorme dans un sens opposé à l'or* thodoxie, de sui te que la science* profile de tout ce que perd cette dernière et contribue elle-même à ces pertes successives. Il est donc inutile de vouloir le ! nier, le pallier ou le dissimuler, science et orthodoxie se sont exclues dans tous les temps et chez ' tous les peuples où elles ont coexisté. Pendant la période plus ou moins longue d'une décadence sacerdotale» la société est livrée à une lutte dont les actes offrent les personnages et les scènes les plus variés» quelquefois comiques» souvent tragiques. Des deux côtés, on crie à l'oppression, à l'injustice. On j montre aux peuples l'abhne de Tincrédulité où ils se j fourvoient; on leur montre les avantages qu'ils retirent du savoir et Tâge heureux où la science les conduit. Les orthodoxes font voir la société se désorganisant, les temples désertés, les dieux outragés» riniquité et le crime établissant leur rogne et livrant les hommes séduits à une damnation éternelle. Les j libres-penseors» les sages» comme disaient les Grecs,
les bommes de science enfin, s'appliquent à dissiper les terreurs de l'autre monde; ils appellent les hommes à la liberté, à Teffort personnel, à l'instruction qui élève rintelligence, au travail qui adoucit et orne la vie, à l'économie qui assure l'avenir de la famille, à l'exercice des droits civils qui font la force des états, h la paix enfin, bien suprême de l'humanité, que les orthodoxies ont toujours empêché. Voilà ce que l'on dit de part et d'autre, avec des ap^ parences déraison.
A ce point de sa durée, une orthodoxie paraît une force oppressive ou du moins coercitive, qui retient un peuple dans Tignorance pour le dominer; la science parait une force impie, un principe de dissolution et d'immoralité tourné contre la religion. Mais si Ton fait attention que c'est l'élément commun des orthodoxies qui constitue cette dernière et qu'il n'est jamais en cause, un esprit sincère, exempt de terreurs et de préjugés^ s'aperçoit bientôt que la chute des orthodoxies n'intéresse pas la religion, non plus que la vague* qui monte et s'abaisse n'intéresse l'existence de la mer ; il ne voit dans l'antagonisme des éléments sociaux que cette lutte pour l'existence à laquelle rien n'échappe, où les ressorts de la nature viennent incessamment se retremper. Il faut donc que l'orthodoxie et la science se combattent; mais le vrai terrain de la religion reste neutre; il est' toujours possible aux bommes de s'y donner la main. L'obstacle vient de la première; ainsi les
Latin» et les Greos ont encore pron?é tout récemment qn'iU ne peuvent s'aecorder sur les ([uestioiiâ d'or*
thûdoxie. La science au coûU*aire réunit les homniQè d'un môme pays et d'nn pays à l'autre ; car d'une part elle ne procède que par le raisonnement et ne fonde la convietîofi que mr révidence pmoimeUe» | ment acquise ; de l'autre elle n'a aucune forme arrclée ; elle modifie sans cesse et librement ses expressions. La science est abscdument la même à Athènes, à Berlin et à Rome.
Il résulte de là que, partout où la science est en progrès^ l'orthodoxie est en décadence; elles marchent en sens contraire d'un pas égal. S'il venait un jour
où la science eût rallié à elle tous les éléments d'une
société^ l'orthodoxie locale disparaîtrait en même temps. C'est ce qui est arrivé pour le polythéisme, & la chute duquel la science grecque a plus contribué que le christianisme naissant. De nos jours^ prest^ue , toutes les orthodoxies sont en décadence, sans qu'an* cune d'elles soit sur le point de s'anéantir ; le brahmanisme dans rinde perd du terrsdn devant le progrès de la science européenne et de ses applications ; il en est de môme de l'orthodoxie hellénique, de celle des Latins et même des demi«orthodoxies protestantes des peuples germaniques ; les églises musulmanes» malgré le dédain de la science qu'elles ont inspiré aux populations, voient leur force diminuer à Constantinople et au Caire. La Russie est à cet égard l'un des pays du monde les plus arriérés, grAœ à l'on-
GHANDEUa £T CliUTK D£S OUI HODOXIES . 367
gtne touranienne de ses liabilants et à rautocralie spirituelle et temporelle du tsar; mais le jour ne semble pas éloigné où elle sera elle-même entraînée sans retour dans le mouvement général du monde. ^
La chute des orthodoxies est plus ou moins accélérée par des causes dont raclion varie avec les milieux. La race est encore une de ces causes. U y a en effet des races humaines sur lesquelles la science a peu de prise, et même dont les idées religieuses ne s'élèvent pas bien haut Dans la partie nord-est de la Russie, le christianisme est une pure idolâtrie ; la science non plus n'y a pas encore pénétré. Il n'en est pas (le même dans le sud-ouest de cet empire, et cette différence n'est pas due seulement au voisinage des peuples civilisés ; elle est due surtout à la différenée des races, Test étant habité par des races toura* niennes et l'ouest par des Aryas. Les fellahs d'Egypte et les peuples qui habitent au sud de ce royaume appartiendront longtemps à des orthodoxies, parce quils sont peu capables de science. Il en sera de même de tout le sud de Tlndoustan, occupé par des races éthiopiennes ou dravidiennes, qui ne sont pas plus aptes à comprendre la loi de la gravitation que la théorie du Brahnia neutre et indiscernable. Au contraire les races progressives, et surtout celle des Âryas, à la tète desquelles marchent la France, l'An- Jfleterre et rAUemaj^ne, tendent à s'affranôhir de leurs ortiiodoxies respectives, à effacer leurs différences par l'abandon du passé, à s'unir dans la science et
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la liberté, aidées par les applications qu'elles savent en &iré. Nous les voyons suivies dans leur marche par une foule d'autres nations de même origine ou de races mêlées, et le mouvement qu'elles impriment aux idées tend à se propager par toute la terre.
Il est aisé de comprendre que l'abandon des ortbodoxies commence toujours par les classes élevées, c'est-à-dire instruites» puisque le savoir» qui affranchit un homme de l'orthodoxie, le range en même temps dans ces classes. Un roturier pauvre et instruit est d'une classe plus élevée qu'un noble ignorant et crédule. Mais la science possède, elle aussi, l'enseignement comme moyen d'action» et aux rites sacrés correspondent chez elle les applications qu'elle fait de ses théories. Par ces deux voies» elles descend des hommes supérieurs à ceux que leur capacité ou j les circonstances de la vie ont élevés moins haut ; et par i degrés elle pénètre jusqu'aux derniers rangs du peuple. Telle est la marche progressive de la science ; la retraite des idées orthodoxes s'opère dans la même proportion.
La lixité des formules orthodoxes est pour elles une troisième cause d'abandon. Cette immobilité les empêche de suivre les transformations sociales qui | s'opèrent en dehors d'elles, soit dans la théorie, soit dans la morale et dans ses applications. Par exen^le» les premiers chapitres de la Genèse furent donnés jadis comme fondement & la doctrine catholique ; on répéta et l'on enseigna dans toute l'église que Dieu avait créé le monde en six jours» et l'on entendit par
là. des jours solaires. Quand la science eut démontré que la seule fonnation de la terre a^ait exigé un temps beaucoup plus long, l'interprétation dut rétrograder. On conserva du moins Âdam comme souche primordiale de rhumanité, et Ton assigna une certaine antiquité à l'espèce humaine ; mais les inscriptions de l'Egypte la reculèrent de plusieurs siècles ; les découvertes géologiques la reléguèrent dans un passé beaucoup plus ancien, et, d'accord avec la philologie, firent voir dans les personnages d'Adam et d'Ëve des mythes au heu de réalités. La Genèse, battue en brèche, reste comme un monument fort obs^ cur et qui, loin d'éclairer la science, en requiert luimême toutes les lumières.
Autre eiemple : la morale a cheminé comme la science ; l'universalité des lois qui en découlent a été démontrée ; elle ne recbnnaît plus de lois d'exception ; les philosophes pensent en général que Tétat normal de l'homme et de la femme est de s*unir, parce que I leor union est la condition de la durée de l'espèce ;
on considère comme une déviation des lois de la na- > tare et de la morale la multiplication des commu- ' i^tttés de célibataires bouddhistes, qui forment des villes entières dans l'Asie centrale et ont envahi la société siamoise. Cependant le concile de Trente a proclamé le célibat supérieur à l'état de mariage et déclaré anathème celui qui dirait le contraire. De là chez nous un antagonisme d'idées au siiyet des couvents et de la vie religieuse, et une divergence entre