‹ La science des religionsChapitre 25 sur 31 · SI · texte numérisé non relu

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les prQiestaaU et les catholiques. U est évident que rarlicle du concile de Trente sera rapporté ou tombera en désttétade, si la dûotnne philosophique vient à prévaloir. Remarquons que ce point d'orthodoxie romaiiie n'intéresse pas le ohnstianisme, puisqu'il n existe nichez les protestants ni dans Téglise d'Orient^ où* tes prêtres sont mariés. li' dénHxitre donc que l'immobilité des dogmes est une cause de déeadeaoe pour les églises locales; et comme celte fixité règne dam toutes les orthodoiies, cdles-ei tendrai à s'anéantir faute de se pouvoir transformer. Si elles se môdifiaieiit pour siihrre le mouvement des esprile» elles tomberaient en contradiction avec leur propre principe et périraient plus vite encore.

An contraire, ifiiand une fonnule de foi est passée à l'état d'orthodoxie» elle^ devient un principe» qui tend oomme tout autre à produire ses conséquences extrêmes. Celles<-ci se produisent toujours dans un sens défini et créent des forces nouvelles ou des faits sôeiaoi parfois eitraordinaireB* On en pourrait citer des exemples à l'inûni ; j'en rappellerai seulement deux ou trois. La contemplation de kt vérité est l'état le plus pariait de l'âme : faites de cette idée fort juste un principe d'orthodoxie^ et donnez-lui ses consé* quinces» vous* engendrerea des sociétèi oontemplati*» ves qui détermineront les conditions les plus favorables à la contemplation ; parmi ces dernières sera l'immobilité du corps» et vous verres dans l'Inde des hommes qui, pour se la procurer, se feront attacher

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par les pieds et les mains u des troncs d'arbres et y passeront leur ?îe. L'excès du boire et du manger trouble les fonctions de F intelligence : principe vrai qui conduit à la formule de Tabslinence et du détachement ; eelle-ci, à son tonr^ considérée comme nn principe et appliquée en toute rigueur, amène des ermites sur les promontoires, sur les pics escarpés, sur les colonnes isolées d'édifices en ruine, et fait tourner sur un pied, dans Tattitude de l'extase, les dérvicfies blancs de Gonstantinople. Ge ne sont point là des aberrations ; ce sont des conséquences trèslogiquement tirées de principes fort humains, mais étroitement formulés par des orthodoxies; s'il en était autrement, ces péniLenls seraient repoussés comme des fous par leurs propros églises, tandis qu'elles les tolèrent, souvent les louent, quelquefois . en font leurs saints. Voilà pour la pratique.

La doctrine, une fois devenue orthodoxe, suit nne loi semblable ; en voici un exemple. Le feu avait été

I allumé par le frottement de deux morceaux de bois .

I choisis exprès et habilement taillés, l'un en fossette, l'autre en pointe. L'homme qui les avait préparés le premier fut un grand artiste, qui transmit son invention à ses successeurs et qui fut appelé ainsi qu'eux, par excellence, -le « charpentier » (twasf yi). Quand on vint à réfléchir que l'opération accompUe par lui une première fois avait engendré le feu, il en fui justement nommé le père. Bientôt la théorie, s'emparant des faits, dégagea le principe igné qui vit dans

le végétal, et constata qu'il a son origine dans le so» leiL Le feu de Tautel fut dès lors conçu comme ayant deux pères, l'un céleste ou divin, Tautre humain. Quand la théorie du Feu fut devenue la théorie du Christ, c'est-à-dire de ïoiul (akla, en latin imdusjy et qu'après avoir longtemps subsisté en Asie, elle se transmit à l'Europe par l'orient de la Méditerranée, l'antique charpentier prit des Sémites le nom de lousouf ou Joseph, et se retrouva dans le père nour» ricier du ûls de Marie. L'orthodoxie catholique a^anl consacré ce personnage, qui n'est presque rien chez les chrétieus d'Orient, Joseph obtint chez elle des honneurs particuliers ; il devint comme un second médiateur, il eut des autels à lui et des communautés d'hommes et de femmes spécialement attachées à sa personne.

Il arrive donc un moment où les dogmes religieux, en passant à l'état d'orthodoxie, commencent à perdre la valeur théorique qu'ils ont eue d'abord. A mesure que le temps s'écoule et que se déroulent les conséquences du dogme arrêté, la signification primordiale s'elface de plus en plus et huit par disparaili^e entièrement. On se trouve alors en face de conceptions fantastiques ou d'êtres idéaux, auxquels on attribue une existence surnaturelle et une action pi épondérante dans l'univers et dans l'humanité. C'est lik l'histoire de tout le paganisme ancien et moderne. Lorsque la science a grandi et qu'elle lève les yeux vers ces figures, créées par les orthodoxies, ne pou-

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vaut les saisir par aucune de ses méthodes, elle les nie on les néglige, comme des fantômes de l'imagination populaire. Elle s'en éloigne d'autant plus qu'elle part elle-même de la réalité, et que, sans jamais la perdre de vae, elle marche vers des formules

; de plus en plus abstraites et de moins en moins

I saisissables à rimagination. Si Ton vient alors à rapprocher ces formules des figures sacrées qui en sont les équivalents, celles-ci sont jugées inutiles par les hommes de seienee, qui à leur tour sont condamnés

' par les orthodoxes comme des impies, car ce n'est ni Indra, ni Japiter, ni saint Sigisbert qui font tomber la pluie; elle résulte d'un .ensemble de lois que la mé-

I téorologie détermine. Cependant les figures sacrées ne 86 renouvellent pas, et la science se renouvelle

j toujours; dans sa marche, elle les repousse devant elle, les confine dans l'adoration d'un groupe de croyants qui diminue sans cesse, et ii vient un temps où Ton peut dire que les dieux s'en vont avec les orthodoxies qui les ont créés.

1 Je viens d'exposer, d'après les faits que la science

I a rassemblés dans ces derniers temps, les lois auxquelles toutes les orthodoxies obéissent depuis leur naissance jusqu'à leur fin. Ces lois ne s'écartent en rien des lois générales du monde : elles n'en sont que l'application à un ordre particulier de phénomènes. Il n*y a ni à les louer, ni à les blâmer; elles sont ce qu'elles sont, et l'humanité leur obéit d'instinct, sans le vouloir et sans pouvoir s'y soustraire. Quand

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un homme ou un peuple se sépare d'une orthodoxie» il aoeomplit égal6iiient sa loi : s'il y restait attadié lorsque sa raison lui dit qu'il se trompe, il mentirait à lui-même et aux antres. C'est peur cela qae les persécutions religieuses sont aussi stériles que cri* minelles, et que les martyrs ont toujours eu raison de leurs bourreaux. Les orthodoxies sont libres de s'établir et^ si elles le peuvent^ de s'étendre, mais non de s'imposer par la violenee. Les seieiicet ont le même droit et le même devoir, parce que leur point de départ et leur raison d'être sont les mêmes. D'aiU leurs, les ortbodoxies et la reUgion sont deux choses fort diûérentes; celie-ci demeure toujours un fonds commun inépuisable où tout le monde peut wrre ; elle est comme la grande voie de l'humanité, où cba* cun avance selon ses forces, et sur laquelle aucun péage ne doit être établi. Pareille à celle de la acienee, cette voie doit conduire ceux qui la parcourent à la possestton d'eux-mêmes, à la paix dû ccsnr et à la liberté. *

AKLIGION £T SUfiNCfi.

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