I.A SCIENCE DES RELIGIONS
dispersion de son peuple, les deux autres, le mode et les conditions d'expansion de leurs idées transportées à travers le monde par la masse toujours plus compacte des chrétiens et des musulmans.
Ce que les prophètes d'Israël ont été pour le judaïsme, ce que saint Paul a été pour le christianisme, Aboû Bekr et Omar l'ont été pour l'islamisme. Ceux-ci ont réalisé et rendu viable la pensée du maître. De même que le législateur chez Mahomet s'était doublé d'un guerrier, ses deux premiers vicaires (c'est le sens du mot arabe khalife), s'inspirant de son exemple, ont fait concourir à la propagande les deux forces de la parole et de l'épée.
La conquête de la Syrie par Aboû Bekr, la conquête de la Perse par Omar, ne constituent pas seulement des extensions de territoire pour le khalifat naissant, c'est le centre de gravité de l'islamisme déplacé, c'est la religion de l'Arabie débordant au-delà de ses frontières naturelles pour envahir successivement le sud-
ouest de l'Asie, le nord de l'Afrique et toute l'Europe méridionale. Le phénomène qui, par la fusion d'éléments ai iens.
a transformé le judaïsme exclusif, raide et national en une religion comme la religion chrétienne, largement accessible, souple et universelle, s'est reproduit au jour où l'islamisme s'est trouvé en contact avec la Perse. 11 a failli sombrer dans le mouvement que l'ingérence des vaincus a imprimé à la marche des idées que les vainqueurs leur apportaient. Mais le Coran interprété, peut-être dénaturé, est resté debout. Les écoles théologiques se sont fondées, des opinions divergentes ont été opposées les unes aux autres, mais sans que les partisans d'Alî eux-mêmes, les schî'ites, sortissent du giron. D'une part, l'alphabet sémitique des Arabes a détrôné la vieille écriture zende dans la transcription d'une langue indo-européenne, mais, d'autre part, dès le ii e siècle de l'hégire, les Persans avaient gagné la maîtrise des sciences religieuses et des sciences profanes, y compris la direction