‹ La Science des religions et l'islamisme, deux conférences faites le 19 et le 26 mars 1886, à l'École des hautes-étudesChapitre 20 sur 24 · I.A SCIENCE DES RELIGIONS · texte numérisé non relu

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même des études relatives à la grammaire arabe.

Cette prépondérance, qui rappelle l'in - Huence grecque sur Rome, ne pouvant être contestée, on avait imaginé de la faire annoncer par le Prophète lui-même dans ce hadîth apocryphe : « Si, aurait-il dit, la science était suspendue aux voûtes du ciel, il se trouverait parmi les Persans des hommes pour l'atteindre '. »

Les discussions dogmatiques, qui arment les sectes les unes contre les autres, sont des guerres civiles peu dangereuses pour un empire religieux solidement constitué. Le troisième khalife, Othmân, avait senti la nécessité d'établir une rédaction officielle du Coran Frappé de 1 inconvénient que présentaient l'incertitude des leçons et la multiplicité des variantes, Othmân chargea Zaid ibn Thàbit et quelques Koraischites de fixer le texte canonique, immuable, seul authentique,

i. Ibn Khaldoûn, Prolégomènes (ir. de Slane), 111, p. 3oo.

du livre sacré. Les documents originaux tracés sur des étoffes, sur des feuilles de palmier, sur des omoplates de chameau, sur des pierres, furent anéantis, comme des témoins contradictoires. Les éditions parallèles furent supprimées. La légende nous a conservé le souvenir d'un immense autodafé.

Une fois l'unité du texte consacrée, il pouvait sans risque être livré en pâture à la subtilité et aux investigations des théologiens. La vaste littérature des commentaires et des traités de jurisprudence est intéressante pour les historiens du droit canon ; car les musulmans réunissent dans un même code la loi civile et la loi religieuse. Mais les fidèles s'inquiètent peu de savoir si le Coran a été créé ou bien a existé de toute éternité '. De pareilles controverses ne sortent pas de l'enceinte des écoles.

1. Ibii Khaldoûn, Prolégomènes (tr. de Slane), lit, p. 57; A. von Kremer, Geschichte dev herr-

schenden Idecu des Islams, p. 233 et suiv.

Pendant que l'on agite ces questions théoriques, les mosquéss offrent l'hospitalité de leurs voûtes et de leurs arcades aux âmes pieuses qui se recueillent dans la lecture par excellence.

C'est par un acte de dévotion individuelle que le musulman vient réciter à voix basse le texte sacré. Il parcourt le cycle entier du Coran, soit en quarante, soit en trente, soit en sept, soit même en trois jours. Cette récitation ne fait pas double emploi avec le culte public, où l'invocation du début (sourate i") et l'affirmation du monothéisme (sourate 112I ont seules été admises dans la liturgie.

C'est un supplément facultatif;! la prière, qui n'est l'objet d'aucune injonction, c'est un luxe plus accessible que ie goût si répandu de rendre hommage à la parole d'Allah en consacrant son temps et ses veilles a des copies artistiquement écrites, brillamment enluminées. L'exécution de ces merveilles calligraphiques n'est pas à la portée même des plus ardents : ils se sont contentés de lire, de relire et d'ap-

prendre par cœur la collection des cent quatorze sourates.

Si des prescriptions aussi compliquées avaient été placées comme des obstacles sur le chemin de l'islamisme, la foule ne s'y serait pas pressée aussi compacte, les adhésions eussent été plus tièdes et moins nombreuses, le prosélytisme ne continuerait pus à grossir sans cesse les rangs des populations musulmanes.

Par quelles qualités spécifiques expliquer la merveilleuse fortune de la religion dont Allah est le dieu, et Mahomet le prophète? Aujourd'hui encore, les populations à demi-barbares de l'Afrique centrale, placées entre l'Evangile et le Coran, se laissent plus facilement gagner à l'islamisme qu'au christianisme. D'où provient cette force d'expansion, qui défie les rivalités, qui triomphe de haute lutte dés qu'elle trouve l'occasion de se déployer?

C'est là un problème auquel les conversions récentes, non seulement en Afrique centrale, mais encore au Tibet, en Chine,

dans le Tui kestan oriental, en Abyssinie, donnent un regain d'actualité.

Nous pensons que l'extrême simplicité des éléments constitutifs de la religion musulmane en a favorisé dès l'origine la diffusion, en assure encore aujourd'hui les progrès. Dans ce cadre vaste, flexible et mobile, chacun peut faire entrer, sans le rompre, ses idées, ses convictions et ses espérances, sans trop les violenter, pourvu qu'elles ne tiennent ni de l'athéisme, ni de l'idolâtrie.

Les cent so-rT^lfc^Tûitee millions de musulmans se distinguent par des conceptions très diverses sur ce monde et sur l'autre. On ne compte pas moins de soixante-treize sectes ', dont quatre orthodoxes, celles des Hànifltes, des Schâfi'ites,

*fr

i. Do/y. Essai sur l'histoire de l'islamisme, traduit du hollandais par Y. Chauvin, p. 196. J'ai cherché à meure en relief mon point de vue sur le manque d'originalité et sur la souplesse de 1 islamisme dans un article consacré au livre de l'ozy; voir Revue critique d'histoire et de littérature, 1882, I, p. 148-149.

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des Mâlikites et des Hanbalites. Ajoutez à cela les gens suspects de ces tendances schi'ites avouées ou latentes, qui, avec les Fâlimides d'Egypte, ont revendiqué jusqu'au titre de khalifes. Ce sont encore les soûfîs absorbés dans leur mysticisme, ce sont aussi les affiliés d'associations secié tes aux ramifications étendues '.

Mais, en dépit de ces classifications parfois arbitraires, de ces frontières variables et mal dessinées, le faisceau de l'islamisme a résisté. L'arbre ne renie aucune de ses branches, même de celles qui, à distance de la racine, ont décrit lescouibes les plus tortueuses.

Le mot arabe islam, signifie « soumission, abandon complet ». Il exprime Pab-

1. P. cTEstournelles de Constant, Les sociétés secrètes che% les Arabes et la conquête de V Afrique du N01 d dans la Revue des Deux-Mondes du 1" mars [886, p. 100 et suiv.; Eriust Meyer, Les associations musulmanes dans les Annales ae l'École libre des Sciences politiques du i5 avril 1886, p. 2014-306.

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dication de la volonté humaine devant la volonté divine. « Aujourd'hui, dit Allah, J ai complété pour vous voue religion, parlait sur vous ma bienveillance, et agréé en votre faveur Visldm comme religion '. »

L idée de la prédestination divine absolut es» comme impliquée dans ce dogme primordial ; car « Allah, qui est la lumière deb deux et de la terre, dirige, grâce à sa lumière, qui il veut » '-.

La toute-puissance d'un Dieu unique, la faiblesse de la créature, mise en demeure d'opter entre la résignation et la révolte, voilà le fond de l'islamisme.

Dans des régions brûlées par le soleil, où la fatigue des corps produit un affaissement général, l'élite des esprits sentira seule ce qu'a d'humiliant pour l'homme le renoncement de soi-même, la négation de la liberté, l'absence de la responsabilité. Des philosophes, des penseurs chercheront à concilier la conscience de leur

i . Coran, v, b.

2 Coran, xxiv,

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dignité morale avec l'interveniion constante de la Providence dans leur marche aveugle. Mais ni la dissidence des Mou- 'tazilites, ni les démonstrations successives d'un Avicenne (Ibn Sînâ), d'un Gazâlî, d'un Averroès (Ibn Rotchd), n'empêcheront les princes de trouver dans la doctrine du fatalisme une excuse pour leurs fautes, un appui pour leur despotisme, les sujets un prétexte pour se laisser aller à leurs passions, pour s'abandonner mollement au courant d'une vie dont ils ne sont pas les arbitres.

Le musulman ' est tenu d'accepter comme des vérités préétablies, trois dogmes fondamentaux :

i° L'unité d'Allah, le seul dieu;

1. En arabe, mouslim '< celui qui se soumet ». Les Persans ont ajouté au terme primitif leur finale au, ont modifié la prononciation des voyelles à l'intérieur du mot, et sont arrivés à diremus»/»ufii,fe-ue nous leur avons emprunté mm*s «*#■* '

chanqemen

2° La prophétie de Mahomet, l'envoyé d'Allah ;

3° La résurrection au jour du jugement dernier.

Ces trois axiomes ont pour corollaires :

i° Les études ^métaphysiques sur « le maître tout-puissant, qui n'a point entamé et qui n'a pas été enfanté, qui n'a point d'égal ' » et sur ses « excellents noms 2 » ou attributs, au nombre de quatre vingt-dix-neuf ;

2° Les recherches sur les moindres paroles attribuées au dernier et au plus grand des prophètes, afin de constituer avec l'ensemble de ces hadîth, comme on les appelle, des recueils destinés à combler les lacunes du Coran par une sorte de tradition complémentaire, appelée la sounna, et dont l'autorité, acceptée par les orthodoxes, nommés pour ce motif sommités, est rejetée par les schî'ites ;

3° Les tableaux plus ou moins imagi-

i. Coran, cxir, 2-4.

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