I.eopold von Rauke, Weîtgeschichte, Y, I
p. io3. La mort de l'illustre historien qui. en dépit de son grand âge avait entrepris la rédaction d'une Histoire universelle et l'avait poussée jusqu'aux environs de l'an iooo. a surpris ses admirateurs, qui ne se consoleront pas de voir ce monument iuachc\ j.
l.A SCIENCE DES RELIGIONS
aujourd'hui la résistance que l'islamisme oppose à nos idées, à notre langue, à notre domination.
Pour être en état d'affronter la lutte à armes égales, il faut que les représentants de la France, à tous les degrés, soient initiés non seulement à l'idiome, mais encore à la religion de ceux qu'ils prétendent gouverner. Le concours des interprètes, pour excellents qu'ils soient, ne suppléera jamais à l'entretien spontané, intime, familier, entre deux hommes qui, tout en conservant les distances, échangent directement leurs idées et les modifient l'un au contact de l'autre L'action de nos fonctionnaires, préfets, sous-préfets, administrateurs civils, commandants militaires, conseillers, juges, percepteurs, etc., etc. , ne s'exercera d'une manière vraiment décisive sur les indigènes que lorsque ceuxci senti. ont en eux à la fois la supériorité de la force et de la science, lorsque, pour employer une expression vulgaire, ils trouveront en eux à qui parler en toute circonstance. L'isolement des exilés, qui
vont maintenant en Algérie ou en Tunisie comme des disgraciés, cesserait comme par enchantement si, instruits par l'exemple de ce que l'Angleterre pratique avec succès aux Indes, nous assurions le recrutement d'un personnel prépaie à l'administration de nos colonies musulmanes et, en raison des avantages dont il serait comblé, énergiquement résolu à y commencer, à y poursuivre, à y terminer sa carrière.
La connaissance de l'arabe devant être la première condition requise de ceux qui posent leur candidature aux fonctions officielles en Algérie, en Tunisie, peut être également au Sénégal, comment la métropole pourvoira t-clle à ces besoins reconnus, comment formera-t-elle ces contingents d'un nouveau genre, cette troisième armée destinée à organiser les conquêtes delà deuxième, de l'armée coloniale?
Une solution a été proposée par un maître en linguistique qui, bien loin de composer une apologie « pour sa maison », a fait une tentative pour la démo-
Hr, et a indiqué, devant un nombreux auditoire, comment on apprend les langues étrangères, sans avoir recours aux procédés scientifiques qu'il a lui-même mis en vogue dans notre jeunesse française «. Impitoyable pour « l'école des mots et des dictionnaires », M. Bréal, qui a si souvent expliqué les uns et feuilleté les autres, lorsqu'il ne les a pas composés, s'est déclaré partisan de l'empirisme, de l'éducation de l'oreille, de Ja pratique à outrance, de la conversation, " fût-ce avec des gens inférieurs en intelligence et en éducation, de l'acclimatement dans un pays pour s'y instruire, non sur des pages inanimées, mais dans des relations constantes avec les habitants, des voyages, où l'air ambiant que l'on respire
i. La conférence d; M. Michel Bréal a été faite à l'Association scientifique, le 27 février 1886. Elle a paru dans le Bulletin de l'Association (1886), p. 39.1-412; dans la Revue bleue du i3 mars 1886, p. 32r-33 4 ; enfin dans la Revue internationale de l'enseignement du t5 mars 1886, p. 235-255.
ET L'ISLAMISME bq
apprend mieux que tous les maîtres la prononciation des mots, la construction des phrases, le maniement de la langue.
Si celte méthode est la meilleure, si l'accumulation du bagage grammatical et lexicographique ne peut engendrer que des mésaventures analogues à l'odyssée lamentable de M. Fr. Gouin, comment se fait-il que d'un côté, si j'excepte de remarquables exceptions, la grande majorité des fonctionnaires envoyés en pays musulman, comme des diamants bruts qu'on a négligé de polir d'avance, aient vécu à côté des Arabes, les aient frôlés et côtoyés sans se mêler a eux, sans partager leur vie, sans comprendre jamais autre chose qtie des bribes de ce qu'ils disent, sans devenir aptes à discuter leurs idées; comment se fait-il, au contraire, que vos aines, vos camarades d'hier, ceux à la suite desquels vous emboîtez le pas et qui viennent de quitier mon enseignement théorique pour se lancer dans la vie pratique, n'aient eu à traverser qu'une très comte période de 'tâtonnements, deux ou
trois mois à peine, pour se monder capables de rendre des services justement apprécies, pour être en état de consacrer utilement leurs connaissances patiemment acquises au maintien du prestige que Ja France a conservé et conservera e°n Orient?
Les expériences faites par Je Ministère des Affaires étrangères me paraissent avoir trop bien réussi pour ne pas tenter le patriotisme du Ministère de l'Intérieur du Ministère de la Justice, du Ministère' des Colonies, du Gouvernement général de l'Algérie, du Protectorat de la Tunisie.
Le système préconisé par M. Bréal convient aux entants pour leur fournir cette première couche d'un vocabulaire élémentaire, dont on élaguera plus tard les éléments de mauvais aloi, au moment où on l'enrichira, mais dont on profitera dans la recherche d'une culture supérieure.
L'enseignement secondaire a déjà d'autres exigences. En Allemagne, m'assure-
t-on, les gymnases, ne pouvant attirer à eux l'élite de nos maîtres, ont renoncé à faire enseigner le français et l'anglais par des Français et par des Anglais.
L'enseignement supérieur s'accommode encore moins de collaborateurs qui allèguent comme titre principal le hasard qui les a fait naître dans tel ou tel pays. A l'Ecole des langues orientales, l'accession de répétiteurs indigènes n'a pas réalisé les espérances qu'avaient conçues les partisans de cette innovation '. Ces auxiliaires n'ont commencé à nous seconder avec efficacité que du jour où ils ont adopté nos habitudes pédagogiques.
Me sera t il permis de noter ici une impression personnelle? Pour ma part, j'ai constaté un phénomène inverse de celui qu'a signalé M. Bréal. Les mots s'impri-
i. Le gouvernement allemand me paraît se créer d'étranges illusions à cet égard dans les projets qui ont été élaborés et soumis au Conseil fédéral au sujet du Séminaire oriental, qu'il se propose de fonder à Berlin.
r.A SC1ENXE DES RELIGIONS
ment dans mon intelligence moins par une perception de l'oreille que par une mise en mouvement des veux, et la mémoire me les fournit dans une image plutôt que dans un son. Est ce une infirmité démon optique individuelle ? Je ne sais, mais une langue, qui n'a pas son alphabet, ne tracera jamais dans mon esprit un sillon profondément creusé. J'ai toujours regretté que le latin et le français n'eussent point de caractères distincts, et le contre-sens commis par l'application des lettres arabes à l'orthographe du persan et du turc m'a fait de bonne heure renoncer à posséder les trois langues musulmanes.
Je n'aurais jamais pu apprendre le zend ni dans le Manuel de Justi, ni dans la Grammaire de Hovelacque, parce que l'un et l'autre font usage de transcriptions. Les formes seules des lettres, avec la variété de leurs combinaisons et de leurs compositions, me rappellent les mots, comme on rattache les théorèmes à des ligures géométriques.
La prononciation, qui a précédé l.'écri-
ET L ISLAMISMK
tufe, mais qui, après s'être cristallisée en elle, n'a pas cessé de s'altérer par le jeu des organes et l'usure du langage, sera peut être enseignée par un professeur imbu de ces principes d'une manière un peu idéale et plus conforme aux lois de la phonétique qu'aux caprices de l'usage.
Mais rassurez-vous : vous vous serez bien vite approprié la manière de prononcer et de s'exprimer usitée dans les milieux divers où vous serez appelés à vivre. Seulement, renseignés avec précision sur les conventions et les artifices, par lesquels la langue littéraire s'est déformée et abâtardie, vous vous arrêterez à temps sur la pente où vous risqueriez de glisser, et vous maintiendrez sans pédantisme votre langage sur des hauteurs qui ne le rendront pas inaccessibles, mais qui feront rechercher voire société et respecter votre autorité par les indigènes bien élevés, par les Arabes instruits.
L'étude du Coran, à laquelle nous allons nous livrer ensemble, sera pour vous