DEUXIÈME PARTIE
déreu Pacte extérieur ou la manifestation extérieure de la force comme un élément nécessaire de toute beauté. Mais il y a dans l’homme telle beauté qui n’existe réellement que par la complète production de son effet physique: telle autre qui. bien que complète avant toute manifestation au dehors, ne jette son éclat aux yeux des autres hommes, n'en est connue et n’en est admirée que grâce aux mouvements corporels qui l’expriment. Il nous reste encore a examiner la beauté humaine sous ces deux derniers aspects.
Il est en nous une force dont on ne peut nier l’existence sans absurdité : force mystérieuse qui , au moment de la conception, s’empare du germe, le développe, l’enrichit d’une partie de la substance maternelle, l’informe, le sculpte selon un modèle certain jusqu’à la naissance: le développe- encore, le nourrit, le sculpte, l’achève, le conserve de la naissance à la mort, avec une énergie réglée et infaillible, avec un art incomparable et conformément à un plan, à un ordre, à une loi dont l’esprit le plus simple aperçoit l’invariable constance. Cette force est essentiellement une : l’imité et la parfaite harmonie de son œuvre l’exigent impérieusement. Elle est immatérielle, sans quoi elle ne serait plus une et indivisible. Sur ces deuxpoints. le doute n’est pas possible, et la science spiritualiste n’hésite plus. Mais cette force, appelée tantôt force vitale, tantôt principe vital, tantôt âme végétative. est-elle substantiellement identique à lame intelligente, libre et sensible, et dans cette âme n’est-elle qu’une faculté comme les autres, avec celte seule dif-
LA NATURE ET DIEU
férence que l ame n'a qu’une conscience très-confuse ou à peu près nulle de son action, sans que' cette inconscience soit un motif de la séparer du principe psychologique? C’est là une question singulièrement délicate, à la solution de laquelle la science moderne n’a pas encore appliqué toutes les ressources de la méthode expérimentale, il nous déplairait autant qu’à qui que ce soit de multiplier les êtres sans nécessité et d’affirmer la présence de deux âmes là où une seule àme peut suffire à expliquer tous les phénomènes. Il nous répugnerait d’enlever à l’âme l’une de ses énergies, inférieure aux autres en dignité, il est vrai, mais active et féconde. Nous sommes prêt à rendre au principe pensant tout ce qui lui appartient. Mais, disciple fidèle de Descaries, nous n’accepterons et ne proclamerons comme certain que ce qui aura été mis en pleine évidence. Eh bien! sur la question de l’identité de l’âme pensante el du principe vital, les plus habiles et les plus clairvoyants sont encore trop loin de l’évidence pour nous avoir convaincu. Deux points seulement, je le répète, nous semblent hors de contestation; le corps humain est l’œuvre d’une force unique; cette force est immatérielle '. Nous partons
1 Après dix années de réflexion, après la publication de l’ouvrage considérable de M. F. llouilüer: Le principe vital et l’âme pensante ; après la polémique suscitée par ce grand travail, polémique à laquelle j’ai pris part moi-même (V. mes Eludes de philosophie grecque et latine, l>e étude, Paris, 1864, Aug. Durand), je me retrouve exactement au même point qu’en 1860, et je n’ose, sur la force vitale, affirmer un mot de plus que ’dans la première édition de ce traité d’esthétique. Mais je n’affirme pas un mot de moins.