‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 151 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tables autorités nous arrêtent. « L ame des brutes, dit Descartes, n’est rien autre chose que leur sang, à savoir, celui qui étant échauffé dans le cœur, et converti en esprit, se répand des artères par le cerveau en tous les nerfs et tous les muscles \ » — « Comme la substance spirituelle, dit Buffon, n'a été accordée qu’à l’homme, et que ce n’est que par elle qu’il pense et qu’il réfléchit, que l’animal est, au contraire, un être purement matériel, qui ne pense, ni ne réfléchit, et qui cependant agit et semble se déterminer, nous ne pouvons pas douter que le principe de la détermination du mouvement ne soit dans l’animal un effet purement mécanique, et absolument dépendant de son organisation. » Et plus bas, Buffon dit encore : « Le sens intérieur de l'animal est, aussi bien que ses sens extérieurs, un organe, un résultat de mécanique, un sens purement matériel. » Enfin, toujours Buffon : « Le cerveau de l’animal est donc un sens interne, général et commun, qui reçoit également toutes les impressions que lui transmettent les sens externes, etc., etc. 1 2.

Voilà donc l’àme refusée aux animaux par le père de la métaphysique moderne et par le plus illustre promoteur de l'histoire naturelle dans ces derniers temps. Quoi qu’en ait pensé.M. Flourens, en son livre De l’instinct et de l’intelligence des animaux % et comme l’a montré M. F. Bouillier, dans son Histoire

1 Descartes, édition Ad. Garnier, t. IV, p. “213, lettre LIX.

2 Buffon, De la nature des animaux. Œuvres choisies, édition F. Didot, t. Du p. 473-474.

LA NATURE ET DIEU

de la philosophie cartésienne ', Descartes est absolu sur l’automatisme des bêtes, et l'animal machine est une conséquence nécessaire de ses principes métaphysiques. Bufîon est moins rigoureux, et aussi moins d’accord avec lui-même, li concède aux animaux tout ce que Descartes leur enlève : « Si je me suis bien expliqué, dit-il, on doit avoir déjà vu que, bien loin de tout ôter aux animaux, je leur accorde tout, à l’exception de la pensée et de la réflexion ; ils ont le sentiment, ils l’ont même à un plus haut degré que nous ne l’avons; ils ont aussi la conscience de leur existence actuelle, mais ils n’ont pas celle de leur existence passée; ils ont des sensations, mais il leur manque la faculté de les comparer, c’est-à-dire la puissance qui produit les idées ; car les idées ne sont que des sensations comparées, ou pour mieux dire des sensations de sensations 2. »

Laissons de côté les sensations de sensations qui n’existent pas et qui ne sont qu’un mot inintelligible ; mais recueillons soigneusement cet aveu par lequel Bufîon attribue aux animaux le sentiment et la conscience de leur existence présente. Rendons, de plus, à certains d’entre eux la mémoire qu’il leur ôte, la faculté de comparer qu i! leur dénie, le pouvoir direct de se mouvoir, qui, aux yeux de Bufîon, n’est qu’un ébranlement mécanique, et faisons voir qu’avec l’ instinct ils ont l’intelligence, et avec toutes ces facultés une âme sans laquelle toutes ces puissances sont impossibles.

1 Tome Ier, p. 154-155.

* BulTon, édition citée, I. I"', p. 4N4.

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