‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 17 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

raison. Ma raison conçoit donc une puissance d’être et de vivre absolue et idéale, absolument et idéalement belle. C’est d’après ce type idéal de vie qu’elle mesure le degré de beauté des puissances vitales bornées et finies. De là un quatrième fait intellectuel qui, comme les deux précédents, appartient à la raison.

Blais si la puissance absolue de vie est seule vraiment idéale, d’où vient que l’on dit parfois : Voilà un lis, une rose, une tulipe d’une beauté idéale ? Ce langage n’est-il pas inexact ? Oui et non : oui en ce sens ipie la beauté d'un objet fini ne saurait jamais être la beauté idéale elle-même, puisque celle-ci est l’être infini ; non, en cet autre sens qu’une fleur qui possède et exprime plus de puissance vitale qu’une autre est moins éloignée de la puissance vitale absolue. A ce titre, on est autorisé à dire qu’elle est plus idéale parce qu’elle ressemble un peu plus à l’idéal lui-même ou en diffère un peu moins. Blais il est évident que cette idéalité finie est toute relative.

Relative à quoi ? A l’absolu d’une part, et d’autre part au genre auquel appartient cette fleur. Chacun dit et pense, par exemple, que le lis le plus beau est celui dont la forme exprime autant de puissance vitale que semble en comporter le genre de cette plante. L’idée du genre entre donc comme élément essentiel dans l’idée de beauté et dans nos jugements esthétiques.

On s’en assurerait en essayant de séparer l’idée de genre de l’idée de beauté. Je ne conteste point qu'il nous arrive déjuger de la beauté d’un objet, vivant

THÉORIE

ou non, sans le comparer aux autres objets du même genre. Mais de tels jugements n’ont rien de réfléchi. Au contraire, les jugements réfléchis et analytiques portés sur de beaux objets expriment toujours plus ou moins quelque relation de genre ou d’espèce. Il en est surtout ainsi de nos jugements comparatifs. En présence de deux objets du même genre, je décide immédiatement lequel est le plus beau dans ce genre. Bien plus : en présence de deux objets de genre différent, je sais dire non seulement quel est le plus beau des deux objets, mais quel est le plus beau des deux genres.

Au surplus, voici un fait décisif. Connaissez-vous une beauté qui ne soit celle d’aucun genre? Pas plus que vous ne connaissez aucun être qui n’appartienne à aucun genre quelconque. Tous nos jugements sur la beauté impliquent par conséquent une idée plus ou moins confuse du genre auquel appartient l’objet jugé. A vrai dire, un objet qui ne serait d’aucun genre serait en dehors de l’ordre des choses, et nous verrons bientôt que l’ordre est inséparable de la beauté.

Cette idée de genre, élément essentiel de l’idée de beauté, provoque deux questions : 1° d’où vient l’idée de genre, c’est-à-dire, à quelle faculté la doit-on ? 2° en quoi consiste cette idée? est-ce une image parfaite, invariable, fixe, d’une complète clarté? Répondons sur le champ à ces deux questions.

Quant ;i la première, elle a été bien souvent agitée. Depuis longtemps l’analyse a établi que l’idée du genre présuppose nécessairement la connaissance

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