‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 180 sur 183 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

visible, tantôt s’exprimant à mes yeux par des signes sensibles, tantôt saisie directement dans sa spiritualité pure au fond de ma conscience, tantôt se révélant à ma raison par des notions dont ma raison 11e peut 11e pas subir 1 ’ irrésistible empire. Cherchons, dans notre troisième partie, si la beauté, telle que l’ont représentée les maîtres de l’art dans leurs chefsd’œuvre, est bien cette même et immatérielle beauté de la force et de l’âme.

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EXTRAITS DU RAPPORT PRÉSENTÉ, AU NOM DE LA SECTION DE PHILOSOPHIE, A L’ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLI- TIQUES, SUR LE CONCOURS RELATIF A LA QUESTION DU BEAU, PAR M. BARTHÉLEMY SAINT-HILAIRE.

(Lu dans les séances des 10 et 20 avril 1859.)

Messieurs,

Dans la séance du 7 février 1857, et sur la proposition de la section de philosophie, i’Àcadémie a mis au concours, parmi les prix dus à la générosité éclairée de M. Bordin, la question suivante :

« Rechercher quels sont les principes de la science du <c Beau, et les vérifier en les appliquant aux beautés les « plus certaines de la nature, de la poésie et des arts, « ainsi que par un examen critique des plus célèbres sys- « tèmes auxquels la science du Beau a donné naissance « dans l’antiquité et surtout chez les modernes. »

Cinq mémoires ont répondu à votre appel avant le terme fixé par vous au 31 décembre de l’année dernière; et parmi ces mémoires, il en est plusieurs qui sont dignes

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de votre estime et des récompenses dont vous pouvez disposer. Nous allons les examiner devant vous, conformément aux usages de notre Académie, selon l’ordre inverse de leur mérite. Mais d’abord, nous vous présenterons, sur la question proposée, quelques considérations qui seront en quelque sorte les principes et la justification des jugements que nous aurons à vous soumettre.

La question du Beau est presque aussi vieille que la philosophie elle-même, et il était bien impossible que dans la Grèce, où l’art a produit tant de merveilles, la théorie ne naquit point à côté des chefs-d’œuvre admirés de tous, que les siècles n’ont point encore surpassés. De bonne heure, les philosophes ont rivalisé avec les artistes, et Platon est contemporain de Phidias. La philosophie grecque n’a jamais négligé ces nobles traditions, et le mysticisme alexandrin lui-même, tout éloigné qu’il était du monde des arts et de la réalité, n’a pas oublié la question du Beau, qui tient une place éclatante dans ses obscures doctrines. Mais tout ancienne qu’est cette question, et malgré les théories profondes dont elle a été l’objet, l’antiquité n’avait point songé qu’elle pût former à elle seule une science particulière; et Aristote, qui a détaché tant d’autres sciences du tronc commun, n’avait point délimité celle-là en lui donnant des formules spéciales, comme il l’a fait pour la logique, pour la rhétorique, pour la métaphysique, etc. Il n’y a guère qu’un siècle que la science du Beau proprement dite a pris un rang distinct dans la philosophie; c’est Baumgarten qui. en 1750, lui a donné son nom dans un ouvrage devenu célèbre à ce titre; il l’a appelée Esthétique. Il faut bien, aujourd’hui, accepter cette dénomination que l’usage a consacrée, toute défectueuse qu’elle peut être; et quand on parle maintenant d’Esthétique, personne n’ignore qu’il s’agit de la science du Beau, et

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des principes les plus généraux des arts qui s'efforcent de représenter la beauté sous les formes diverses qui leur appartiennent.

C’est donc une science neuve en philosophie que la science du Beau; et il n’y a pas de nos jours une seule grande école qui n’ait eu, sur ce difficile et charmant sujet, sa doctrine plus ou moins originale. L’esthétique de l’école écossaise n’est pas celle de l’école allemande, et celle-ci diffère également de l’esthétique de l’école française.

Par suite, c’étaient des études théoriques que nous demandions surtout aux concurrents. L’histoire, sans doute, devait être consultée aux différents points de vue que recommandait votre programme; mais elle ne figurait ici qu’au second plan; et la critique des systèmes, qui, dans d’autres concours, était l’objet essentiel, n’était dans celuici qu’un accessoire. Pour nous conformer au programme adopté par vous, nous avons dû attacher la plus grande importance à la partie spéculative des mémoires que nous avions à juger. C’est aussi la partie dont nous vous entretiendrons le plus longuement; et nous insisterons sur les méthodes qu’ont suivies les candidats pour résoudre les délicats problèmes qu’ils devaient discuter.

Nous ajoutons que les qualités nécessaires pour bien traiter de la science du Beau sont à la fois celles d’un philosophe et celles d’un artiste.

Pour en découvrir les vrais principes, l’analyse doit être aussi pénétrante qu’exacte; et comme c’est à la psychologie qu’on les doit demander, il faut être familiarisé avec ces observations intérieures où la psychologie puise toutes ses lumières. C’est là que le philosophe découvrira les fondements de la science, et c’est sur cette seule hase qu’il pourra élever un ferme édifice. Mais la réflexion attentive

el patiente ne suffit pas; et si l’âme du philosophe ne sent pas vivement les puissantes impressions de la beauté, s’il n’en est pas ému et enthousiasmé presque autant que l’artiste lui-même, il court risque de ne point parler assez dignement de la science et de ne point l’approfondir dans toutes ses parties. C’est là ce qui fait que les philosophes qui ont le mieux traité du Beau sont ceux aussi qui l’ont Je plus ardemment senti : Platon et Plotin dans l’antiquité grecque, et de nos jours Schelling. Nous devrons donc savoir beaucoup de gré à ceux des concurrents chez lesquels un amour passionné de l’art sera venu se joindre au talent philosophique. Il fallait ces deux conditions réunies pour conquérir votre couronne.

Les cinq mémoires dont nous avons à vous entretenir sont d’inégale étendue aussi bien que démérité inégal.

(Ici l’éminent rapporteur examine successivement les mémoires inscrits sous les numéros 5, 1, 2 et 3; puis, et en dernier lieu, il arrive au mémoire portant le numéro 4-, qui était le nôtre.)

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