PREMIÈRE PARTIE
une fois tous les phénomènes suscités par celte beauté dans notre intelligence, et voyons quels rapports ils soutiennent entre eux.
En premier lieu, ces huit caractères visibles sont l’expression d’autant de caractères invisibles, lesquels ne sont que les modes d’action d’une certaine puissance vitale invisible, modes tellement essentiels à I action de cette puissance que, faute d’un seul de ces modes, cette puissance n’est ni tout elle-même, ni belle de toute sa beauté. Et si j’en juge ainsi, c’est que dans chaque lis particulier ma raison conçoit invinciblement une certaine puissance vitale qui le crée et s’y exprime, elle et tous les caractères qui lui sont essentiels.
Ce n’est pas tout. A mesure que je considère plus attentivement les huit caractères de la forme visible du beau lis, j’en vois trois, la grandeur, l’éclat des couleurs et la grâce extérieure, se rapprocher, composer un groupe et se ranger sous une seule et même idée. D’autre part, je vois les cinq autres, l’unité, la variété, l’harmonie, la proportion et la convenance, se rapprocher aussi, composer un groupe distinct du premier et se ranger à leur tour sous une seule et même idée distincte de la première. En effet : qu’est-ce que la pleine grandeur de la forme? C’est la forme se déployant sur une étendue déterminée. Puis, qu’est-ce que l'éclat des couleurs? C’est la forme manifestant vivement son déploiement sur tous les points de l’étendue que cette forme circonscrit. Qu’est-ce enfin que la grâce extérieure? C'est encore la forme se déployant librement, richement, aisément sur toute 1 étendue
THÉORIE
de la plante, au moyen de contours arrondis, flexibles, et d’un développement plus grand et plus souple que ne le serait le développement de lignes droites et roides. En sorte que ces trois premiers caractères se ramènent naturellement à un seul : le déploiement de la forme, grand dans tous les sens, comme est grand en tous sens ce qui est large, énergique et aisément multiple. Ainsi ces trois premiers caractères se rangent d’eux-mêmes sous l’idée unique de la grandeur.
De même s’appellent et se réunissent sous une seule idée les cinq autres caractères de la forme visible. Voyez plutôt : l’unité de la forme visible, n’est-ce pas la forme totale se concentrant, se maintenant, se renfermant, ou, d’un seul mot, s’ordonnant dans les limites générales constamment les mêmes, qui dessinent le plan et l’unité de la forme idéale du type? La variété de la forme visible, n’esl-ce pas la forme totale divisée en parties, et ces parties se maintenant et se renfermant, bref, s’ordonnant dans des limites uniformément variées comme les limites des parties du type idéal? On voit aisément que l’harmonie de la forme visible c’est, d’une part, la forme totale, d’autre part, les formes partielles, se coordonnai] lies unes parrapport aux autres. Quant à la proportion, ce sont les dimensions de la forme visible se coordonnant les unes par rapport aux autres. Enfin, la convenance dans la forme visible, c’est la forme du lis et les formes diverses des objets voisins, se coordonnant entre elles au profit de la plus éclatante manifestation de la forme du lis.