‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 29 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

d’air et d’espace : il a la mine embarrassée de quelqu’un qui est dépaysé. Sa beauté, encore cette fois, n’est point altérée, mais elle n’a pas son libre épanouissement, et est moins complètement manifestée qu’au jardin, en pleine terre, en plein air, avec le ciel pour seul abri.

Ou bien ce lis a par hasard poussé et grandi au fond d’un trou, près d’une eau verdâtre, parmi des décombres et d’immondes débris. Là, dans ce lieu indigne, il est beau cependant, beau par le contraste, d’une beauté solitaire relevée par la laideur de son entourage sordide. Néanmoins, je souffre de le voir dans cette fosse. Je sens et je dis qu’il n’est pas à sa place. Sa beauté aurait éclaté tout aussi bien ailleurs, et mieux peut-être. Je l’enlève donc et le transplante au sommet d’un tertre arrondi, où son pied s’entoure d’un triple cercle de pensées, de giroflées de Mahon et de gazon fin. Ici, sa haute taille, relevée par la petitesse des fleurs qui l’encadrent, semble grandir encore ; ses vives couleurs tranchent sur celles des fleurs voisines. Il y a contraste encore ; mais il y a harmonie aussi. Le lis se compose avec les plantes qui raccompagnent, et celles-ci se composent avec lui. Il les orne, mais il en est orné. Il couronne et achève heureusement le massif dont il fait partie, et, au faîte de ce bouquet vivant, sa beauté s’étale dans toute sa splendeur.

Il y a donc des conditions de lumière, d’air, d’espace, d’association avec les fleurs et les objets environnants, qui font éclater toute la beauté du lis. Ces conditions, par conséquent, conviennentàcette beauté. Réciproquement, la beauté du lis convient à certaines

THÉORIE

choses qu’elle pare et embellit à son tour. Ainsi, le lis a un huitième caractère de beauté que ma raison reconnaît et proclame, et qu’elle impose à toute l’espèce ; et ce caractère, c’est la convenance. La convenance est celle harmonie extérieure qui met la plante d’accord avec la nature et la nature d’accord avec la plante, comme l’harmonie propre de la plante en met toutes les parties d’accord entre elles et avec elle-même.

Si le lis avait un neuvième caractère de beauté, je n’hésiterais pas à l’ajouter à la liste des précédents. Mais je ne découvre [tas ce neuvième caractère. Serait-ce la magnificence ? La magnificence n’est que la grandeur vivement manifestée par les couleurs éclatantes de la fleur, c’est-à-dire la réunion de deux caractères déjà comptés. Serait-ce la simplicité? La simplicité n’est que l’absence d’un luxe inutile d’ornements, que la sobre variété des couleurs et des formes, diversifiant l’unité, mais s’y soumettant et la laissant apparaître. Serait-ce l’élégance exquise? L’élégance n’est que la grâce sensible jusque dans les plus fins détails. Quant à la majesté, .à l’orgueil, à la fierté, ce sont des caractères moraux que nous attribuons au lis sans qu’il les possède réellement, parce que cette même grandeur, ce port superbe et celte tête haute de la plante expriment ordinairement chez l’homme la majesté, l’orgueil et la fierté. 11 sera question plus tard de ces caractères moraux, de la puissance à laquelle ils appartiennent en propre, et des formes visibles qui en sont les signes expressifs.

Puis donc que la beauté du lis ne nous offre plus aucun autre caractère à constater, considérons encore

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