‹ La science du beau, ses principes, ses applications et son histoireChapitre 33 sur 183 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de quelques autres objets beaux, d’une nature autre que celle des fleurs, et rechercher si mon intelligence en est, ou non, pareillement affectée.

Un enfant, beau comme celui qui se tient debout aux pieds de la Belle Jardinière de Raphaël, et du même âge, dort étendu dans son berceau. Les formes de son corps ont toute l’ample grandeur qu’elles doivent avoir à ce moment de sa vie. Une exquise unité rattache ses membres à son corps et son corps à sa tête. Une variété non moins ravissante divise celte unité en parties symétriquement correspondantes, et toutes ramenées à l’unité par leur similitude et par leur position à la fois inverse et pareille des deux côtés d’une même ligne centrale. Par là, tous les membres de ce corps charmant sont en harmonie. La proportion y règne aussi, non la proportion virile, — j’en serais choqué, — mais les proportions molles et rebondies de l’enfance. Le plus frais coloris anime sa peau délicate et transparente. Dans la pose de sa tête sur son bras ; dans sa poitrine alternativement soulevée et abaissée au gré de la respiration ; dans les mouvements doux et ondoyants par lesquels il change de position; dans b abandon de toutes ses attitudes éclate une grâce naïve qui attire le regard et l’ enchaîne. Enfin, dans ce berceau, comme en un cadre fait pour la rehausser, son innocente beauté reluit tout entière.

Sa beauté serait ou moindre, ou détruite, s'il y manquait un ou plusieurs de ces caractères. En puis-je douter? Maigre, petit et chétif, serait-il aussi beau? Le serait-il autant si, par une cruelle méprise de la

THÉORIE

nature, il n’avait qu’un bras ou trois jambes? Sa beauté se passerait-elle impunément de cette parfaite harmonie qui met en lui toutes choses d’accord ? Avec un corps énorme et des jambes grêles, avec une petite tête sur un cou épais et court, c’est-à-dire en l’absence de toute proportion, aurait-il encore sa beauté? Pâle et livide, l’admirerais-je tout autant? Enfin, sur un tas de fumier et de boue, sa beauté brillerait encore, mais elle y serait déplacée ; cette couche sordide la déshonorerait. Une convenance naturelle veut que sa beauté s’épanouisse sur la blancheur de ses langes ou sur le sein de sa mère. Là, elle orne ce qu’elle entoure, et elle en est ornée. Là, elle se compose avec des objets qu’elle embellit et dont la beauté l’embellit elle-même et l’achève.

La beauté visible de cet enfant apparaît donc à mon intelligence marquée des mêmes caractères que la beauté du lis.

Mais ces formes visibles de l’enfant sont-elles belles par elles-mêmes et seulement à titre de formes ? Voyons. X côté de cet enfant en est un autre, modelé en cire, et qu’un prodige de l’art a rendu tout semblable au premier. Même, un secret mécanisme imite, à s’y méprendre, le jeu régulier de la respiration. J'y suis pris et j’admire. Mais bientôt je reconnais que cette figure n’a que l’apparence de la vie. Tout aussitôt mon admiration se déplace et s’affaiblit. Maintenant, ce que j’admire surtout, c’est l’adresse consommée de l’artiste; et si je donne encore quelques éloges ii ce travail, c’est que I enfant de cire ressemble au premier. Or, pourquoi trouvais-je celui-ci beau? C’est

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