PREMIÈRE PARTIE
que ses formes étaient l’expression de la puissance idéale de la vie. Il était plein de toutes les beautés de la vie en sa lleur : voilà ce qui me ravissait en lui. Ma raison, sous les formes de son corps, avait donc, par une infaillible intuition, conçu la présence de la vie dans la plénitude de son action puissante et ordonnée.
Je n’ai que faire de répéter pour l’enfant ce que j’ai dit pour le lis. Qui ne voit que cette adorable petite créature a suscité dans ma raison les mêmes idées que le lis, et provoqué le même jugement de beauté fondé sur les mêmes conceptions?
Mais peut-être celle seconde analyse n’est-elle pas assez concluante. Peut-être suis-je resté dans un ordre de faits trop analogues, car un enfant de cet âge et qui dort, c’est, dit-on, une fleur qui végète. Entre les deux exemples que j’ai choisis, la différence ne semble pas assez grande. — Soit. Eh bien ! agrandissons-la.
L’enfant ne dort plus. Il ouvre les yeux; il cherche autour de lui. Sa mère est là qui épiait son réveil. 11 la regarde, l’appelle, se lève, jette ses bras autour de son cou et presse de ses lèvres les lèvres maternelles. Il est bien beau ainsi, et d une beauté nouvelle et supérieure, d une beauté que le lis ne saurait revêtir. Analysons celte nouvelle beauté.
Les formes visibles de l’enfant n’ont pas changé, et j’admire en lui quelque chose de nouveau : ce ne sont donc passes formes visibles que j’admire à présent. Est-ce du moins la puissance vitale? Mais cette puissance, ouvrière des formes visibles, n’est en ce moment que ce qu’elle était pendant le sommeil de l’en-
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faut. Ce qui est beau en lui maintenant, c’est donc autre chose que les formes visibles et autre chose que la puissance vitale.
L’enfant est beau évidemment à cette heure par la puissance de sa tendresse filiale. Or, cette tendresse est une de l’unité même de son cher objet et de l’imité même du petit être qui la ressent. Elle est variée aussi, car elle s’associe la volonté de l’enfant qui meut tout son petit corps vers le même objet, et l’intelligence par laquelle l’enfant a distingué sa mère de tout ce qui l’environne. Et comme tout en lui obéit au même sentiment, tout en lui est en harmonie. Sa tendresse ne va^pas au delà du but et ne reste pas en deçà : il aime sa mère de toute sa force, et ce n’est pas trop, car l’excès de son affection ne fait juste que remplir la mesure. Sa puissance d’aimer est donc proportionnée. Ardente et vive, elle éclate comme un chaud rayon de soleil. Déplus, il aime sans effort, sans dessein même; il aime comme il respire. Aussi, rien au monde n’a plus de grâce que son affection. Enfin, de tous les êtres de la terre, il n’en est aucun, pas même son père, auquel son affection s’adresse aussi bien ; il n’est personne à qui sa tendresse convienne au même degré et dont le cœur réponde au sien avec une égale harmonie.
Ainsi, la puissance d’aimer que montre cet enfant est belle, et elle est belle premièrement parce qu elle est aussi grande qu’elle peut l’être à cet âge; elle est belle secondement parce qu’elle a certains caractères dont l’ensemble compose ce que nous avons appelé l’ordre. L’enfant est donc beau en ce moment, parce