PREMIÈRE PARTIE
Plotin, sculpter sans cesse en lui sa propre statue h l image de l’idéale beauté. S’il le fait, il prendra goût à la vie: il allumera en lui-même un flambeau dont les clartés au dehors projetées embelliront devant lui sa route; les joies bornées, il est vrai, mais vives pourtant, <pi il puisera dans le sentiment de sa propre beauté morale, le rafraîchiront, le réconforteront et lui donneront le courage d’aspirer patiemment aux immortelles joies. Bien plus : dans les satisfactions intimes de sa conscience, il reconnaîtra un acte rémunérateur infailliblement et divinement juste; il sentira par conséquent en lui-même la présence effective et agissante de la suprême justice, laquelle n’est autre que la suprême beauté. Ainsi, il aura pour quelques instants fait descendre l’idéal dans son âme; il aura mis dans le présent même cet avenir où tendent ses douloureuses aspirations; il aura pris un à-compte sur les félicités idéales de la vie future.
Si tout cela est difficile à tous, rien de tout cela n est impossible à personne. Le beau, quand nous le voulons, a donc pour nous plus de joies que de peines. Ou plutôt il n’a point de peines : nos peines esthétiques viennent ou de son contraire, ou de son absence, ou de nous-mêmes ; jamais de lui. Par luimême, comme nous l'avait appris notre analyse, il ne fait qu agrandir, régler, ordonner et satisfaire cette double puissance de jouir et d’aimer, qui est la sensibilité.
THÉORIE