PREMIERE SECTION
La Société civile et ses éléments.
La Famille :
Maître et esclaves, Mari et femme, Père et enfants.
La vertu de l'homme en société.
L'homme n'agit que pour se procurer un bien. C'est le principe fondamental de la morale d'Aristote. Tout acte se détermine par son but et sa fin. Il en est ainsi de toute société et particulièrement de la société civile qui comprend toutes les autres , et tend, par là même, à un bien supérieur. Pour le connaître il faut procéder par l'analyse, isoler les divers éléments dont se compose la société civile, et déterminer la fin qui est la raison d'être de chacun d'eux. Ces éléments sont la famille et le bourg.
La famille est la société primordiale. Elle consiste dans l'union de l'homme et de la femme, union naturelle et nécessaire puisqu'ils ne peuvent exister l'un sans l'autre. C'est aussi îunion, non moins naturelle, du maître et des esclaves, c'est-à-dire de l'intelligence et de la force. L'esclave est né pour servir, comme le maître pour commander. Les membres de cette association vivent ensemble dans la même habitation. Leur nom est « ceux qui mangent ensemble, » 6{jLO(7(7wuoi dans les lois de Charondas, 5{jL6xairoi dans celles du Cretois Épiménide. Le pouvoir y appartient toujours au plus âgé.
Avec le temps les générations se multiplient. Plusieurs familles se réunissent pour se procurer un bien-être qui
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quoi qu'il en soit de cette question particulière la règle générale est vraie quoiqu'elle ait été contestée en théorie. Aristote entreprend de la défendre par des raisons que nous nous abstenons de reproduire. Ne soyons pas trop sévères envers lui. Plusieurs siècles plus tard, les jurisconsultes romains, tout en voyant dans l'esclavage un fait contre nature, l'ont admis comme une institution du droit des gens, c'est-à-dire comme généralement accepté par toutes les nations civilisées*, et cette institution ne s'est-elle pas perpétuée jusqu'à nos jours?
Ce n'est pas tout que d'avoir des esclaves. Il faut encore savoir en tirer parti. C'est là un art, qui a ses règles. Le maître doit s'appliquer à instruire et à former ses esclaves en vue du travail qu'ils doivent accomplir, et à les employer suivant leur aptitude. L'esclavage ainsi compris et pratiqué profite également à l'esclave et au maître.
Ceci conduit à la théorie des biens et de la propriété en général, car les esclaves sont, en somme, un bien comme tout autre. A ce propos il convient de faire une première distinction entre l'acquisition des biens et l'usage que l'on en fait.
Nous touchons ici aux fondements de l'économie politique. Fidèle à sa méthode d'analyse, Aristote s'attache à distinguer deux choses très différentes, à savoir l'économie domestique applicable au régime familial , et la science de la richesse en général, développée par l'échange. Dans la période primitive, celle où chaque famille vit dans l'isolement, l'échange est inconnu. La famille produit tout ce qui est nécessaire à ses besoins, et ses besoins sont limités. 11 en est des hommes comme des animaux. La nature a pourvu à leur subsistance , mais par des moyens différents. Les animaux sont carnivores ou herbivores. Les hommes se
* Florentinus, libronono ImtittUionum , 1. 4, D. de statu hominum (1,5): « Servitus est constitutio juris gentium qua quis dominio alieno contra naturam subjicitur. »
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Malgré son admiratioa pour Finvention de la monnaie, Aristole n'en condamne pas moins le commerce, parce qae le gain du commerçant se fait aux dépens de Tautre partie; et l'intérêt de Fargent, qu'il déclare contraire à la nature, car par lui-même l'argent ne produit rien. Ce sont là des erreurs familières à la race grecque, qui considérait le loisir comme nécessaire à l'homme pour développer son intelligence et s'occuper des afTaires publiques, et qui méprisait par suite le commerce et la banque, même en s'y livrant. L'économie domestique comprend différentes parties, notamment l'élève du bétail et l'agriculture. L'industrie de l'échange, ou plus généralement de la transformation, se présente sous trois formes, le commerce, èfjizopCa, la banque, Toxiajjiiç , le louage de travail, [jiiffOapv(a. On peut encore distinguer trois softes de commerce, qui sont le transport par mer, vauxX73p{a, le transport par terre, çopxYjY^a, et la vente en boutique , xapà^jraffiç. Il y a enfin deux sortes de louage d'ouvrage, celui des gens de métier, Pavauaoi, et celui des simples manœuvres, àTs^vot.
Entre l'économie naturelle et celle qui transforme, se place, comme participant à la fois de l'une .et de l'autre, l'exploitation des richesses naturelles consistant en choses qui ne produisent pas de fruits mais ont une certaine utilité, comme les forêts et les mines.
Tout travail n'est pas également estimable. Il y en a de plusieurs sortes. Le travail intelligent, suivant Aristote, Texvix9) èpYaff(a, est celui qui ne laisse aucune place au hasard; il appelle mécanique, Pavauaoç, celui qui déforme le corps, servile, SouXixi^, celui qui ne demande que de la force, bas, aYsvv^ç, celui qui n'exige aucune capacité.
Pour compléter cet aperçu économique, Aristote renvoie aux ouvrages spéciaux tels que ceux de Charès de Paros et d'Apollodore de Lemnos sur la culture de la terre et des arbres à fruit. 11 engage aussi à consulter l'expérience et les exemples des hommes qui se sont enrichis par des spéculations heureuses, comme Thaïes de Milet.
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